Pour de mauvaises raisons, une mauvaise querelle, et surtout de mauvaises compréhensions, l’exposition hommage consacrée à Sarfati n’a pas eu l’impact qu’elle méritait. Et c’est dommage. Tout le monde avait à la fois tort et raison dans cette triste histoire, et connaissant les protagonistes, il est impossible de douter, ne fût-ce qu’un instant, de l’intégrité et de la bonne foi de chacun d’entre eux. Mais de tout cela, c’est Sarfati qui a le plus souffert, et cette très belle exposition ne le méritait pas. 

Retrouver l’univers de cet artiste qui fut un des plus prolifiques de sa génération, et qui maîtrisait avec brio la fluidité de l’aquarelle, demeure un réel plaisir. L’univers de Sarfati est celui d’une délicate plongée dans une Tunisie de jadis et naguère. Scènes de genre, paysages urbains, portraits, l’artiste avait un talent exceptionnel pour se fondre dans un décor et nous offrir son regard : nous sommes dans ce marché, face à cette discussion entre hommes, sur les pas de cette cohorte de femmes voilées, au milieu de ces tables de café. Nous sommes partie prenante de cette discussion animée, en admiration devant ces gracieuses jeunes filles en fleurs, ou encore à l’écoute de ce vieillard sage et chenu. Mais nous sommes aussi devant cette cavalcade échevelée, cette charge légère de chevaux, cette fantasia indomptée. L’art de Sarfati est de restituer, par la maîtrise du geste pictural et la fluidité de sa touche, le mouvement qui anime le voile d’une femme, le galop d’un cheval, le rythme d’une démarche.

L’aquarelle, quelquefois considérée à tort comme genre mineur par rapport à la peinture à l’huile, est en fait des plus exigeantes car elle ne permet pas de regrets, de reprises ou de retours en arrière. Sarfati en avait acquis la totale maîtrise.

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