Les réserves nationales des arts plastiques sont une richesse artistique inestimable, un référentiel intellectuel et culturel et un indicateur fiable qui témoigne de l’évolution des mouvements et des écoles picturales en Tunisie à travers plusieurs époques et l’un de nos repères identitaires. C’est pourquoi le projet de leur sauvegarde constitue l’une des urgences nationales, un choix stratégique et une décision majeure qui répondent à l’impératif de la protection des intérêts suprêmes de l’Etat eu égard à l’importance de ces œuvres en tant que composantes de notre mémoire collective et notre identité tunisienne.
Initié par le ministère des Affaires culturelles à partir d’une vision participative faisant appel à des compétences techniques et scientifiques de haut niveau, ce projet est passé par plusieurs difficultés avant d’aboutir à bon port grâce à la volonté ferme et la détermination de tous les intervenants qui ont tout fait pour surmonter les obstacles et concrétiser ce rêve cher à tous les plasticiens d’autant que la détérioration des œuvres devient de jour en jour une menace réelle.
La réalisation de ce projet national a démarré avec huit rencontres préparatoires en 2017, suivies les 14 et 15 octobre 2017 des journées d’études organisées à Bizerte qui ont rassemblé les membres de la commission de sauvegarde des réserves nationales des arts plastiques pour réfléchir sur les mécanismes à mettre en œuvre pour la sauvegarde et la protection de ce patrimoine dans le respect des normes et des standards scientifiques internationaux. Plusieurs autres actions ont été engagées dont l’organisation de workshops dans le cadre d’une coopération tuniso-autrichienne au profit de plusieurs cadres de la direction des arts plastiques et de l’Institut national du patrimoine.
Mais il va sans dire que la concrétisation de ce projet n’a pas tardé à venir eu égard à la détermination du ministère des Affaires culturelles qui a mobilisé tous les moyens nécessaires pour sauver les réserves nationales qui ont souffert des décennies durant d’une dégradation continue.
Après cette période de préparation, deux espaces ont été aménagés à la Bibliothèque nationale pour recevoir les réserves des arts plastiques avant leur transfert définitif à l’occasion de l’inauguration du Musée national d’art moderne et contemporain à la Cité de la culture. Ces espaces ont été soumis à l’inspection des agents de la Protection civile pour approbation après avoir été équipés de moyens de lutte contre les incendies.
Cette opération a été réalisée dans le respect des exigences les plus sévères en matière de préservation et de sauvegarde dont l’équipement des espaces de conservation avec un matériel de stérilisation pour protéger les œuvres de toute altération, une surveillance électronique des lieux à distance avec une connexion internet haut débit à la Bibliothèque nationale comme à Ksar Saîd, outre   l’installation d’une unité de numérisation des œuvres qui a été réceptionnée en 2019.
Ce projet est devenu réalité quand le cortège de camions militaires, parti de la Bibliothèque nationale sous haute surveillance est arrivé à la Cité de la culture pour y déposer la première tranche des œuvres sauvegardées. Ce fut un symbole de triomphe contre les avatars du temps mais aussi une preuve concrète d’une promesse tenue d’une démarche aboutie et d’une politique sincère et patriotique.
1.500 œuvres ont été déplacées à la Cité de la culture au cours du mois de février 2018 sur un total de 13.000 œuvres acquises depuis les années 60. Plus, 1.537 œuvres ont été numérisées selon la méthode GOA, plus de 50 œuvres sculpturales ont été déplacées en septembre 2017 à la Bibliothèque nationale et 1.005 œuvres plastiques en février 2018.  Au total 2.162 oeuvres ont été sauvées du péril et placées dans des lieux répondant aux normes de conservation requises. Un travail titanesque réalisé dans le silence mais qui a transformé de fond en comble l’état qui fut déplorable de nos réserves nationales des arts plastiques.
Et l’œuvre des bâtisseurs des temps modernes continue avec le transfert prochain de 6.000 œuvres d’art des fonds de Ksar Saïd à la Bibliothèque nationale et le transfert de 2.000 œuvres de la Bibliothèque nationale à la Cité de la culture.
Ces œuvres seront présentées au grand public à l’occasion de l’ouverture prochaine du musée national d’Art moderne et contemporain à la Cité de la culture en apothéose à une démarche engagée depuis seulement trois ans et dont les bénéfices profiteront au pays tout entier et aux générations futures qui ne seront plus privées des repères identitaires ô combien précieuses.
S.R

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