Une crise sans précédent ébranle le pays. Mais les circonstances exceptionnelles où nous nous trouvons exigent de tout mettre de côté est de se concentrer sur la situation épidémique hautement grave qui secoue au moins quatre gouvernorats. Des vies sont menacées. Des gens meurent dans des conditions effroyables. Les témoignages des citoyens en détresse brisent les cœurs. Les réactions braves et spontanées proviennent des personnes qui ont le cœur sur la main pour porter secours à ces régions sinistrées.

En ces temps de grisaille, c’est l’occasion de faire montre de son amour à sa patrie, sa terre natale. Pour le prouver, il suffit de tendre la main à tous ces Tunisiens qui crient au secours. Leur venir en aide par quelques moyens que ce soit est un acte de patriotisme, de dévouement et d’engagement. C’est aussi une manière de porter haut et fort l’étendard de la nation et une marque d’estime à tous les martyrs qui ont arrosé de leur sang la terre de la patrie.

Car, aimer sa patrie, ce n’est pas uniquement être sous le drapeau, c’est aussi essayer de le conduire à bon port quand il est à la dérive. C’est montrer aux Tunisiens et prouver au monde que la Tunisie est capable de se transformer et que son peuple y est prêt. C’est que ces Tunisiens, qui aiment tant ce petit pays, attendent que leur nation avance dans tous les domaines et pour tous malgré toutes ces embûches et ces menaces qui montent et qui inquiètent, qui s’appellent terrorisme, chômage, érosion du pouvoir d’achat. Cela dit, ce n’est pas en cassant cette marche avec des grèves sauvages, des sit-in à n’en plus finir qu’on va redresser la compétitivité, qu’on va prouver son amour à son pays. Mais c’est en mobilisant tous les leviers économiques pour écarter la stagnation et c’est en impulsant une dynamique dans les régions et en engageant un combat contre les conservatismes — et ils sont nombreux — contre les populismes — et ils sont dangereux, qu’on va sceller ces liens.

A quoi donc sert de brandir son épée à la face de ses propres gardiens, ou de monter sur ses grands chevaux et de croiser le fer avec un Président qui se saigne aux quatre veines pour maintenir en place l’Etat ou un gouvernement déjà aux abois et un Parlement dans la tourmente ? Plus que jamais, notre pays a besoin d’apaisement, de réconciliation, de rassemblement. Certes, on mesure le poids des contraintes auxquelles tous les Tunisiens devraient faire face : une pandémie hors contrôle, une dette massive, une croissance faible, un chômage élevé, une compétitivité dégradée et une sécurité hautement menacée. Partant, les grèves et les contestations sociales, aussi légitimes soient-elles, ne font que lancer ce petit pays dans les ronces inextricables de l’horreur.

Aujourd’hui, aimer ce petit pays, c’est mobiliser pleinement nos forces et nos atouts. Société civile, partis, organisations patronales et syndicales et autres forces vives du pays devraient serrer les coudes pour surmonter cette nouvelle vague du Covid.

Certes, après dix années de calvaire, d’usure et de désespoir, insuffler aux Tunisiens la dose idoine d’adrénaline nécessaire pour leur permettre d’envisager l’avenir avec optimisme et ambition en leur garantissant un surcroît de progrès et de prospérité n’est pas facile. Mais on n’a pas beaucoup d’autres choix que la voie de l’apaisement et de la solidarité pour sauver des vies.

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