«Haut et Fort» est son troisième film avec Nabil Ayouch. Cette fois-ci, le long-métrage figure dans la compétition officielle du festival de Cannes. Amine Messaâdi, dans ce prestigieux festival, représente le cinéma tunisien dans sa fibre la moins valorisée à l’étranger par l’administration tunisienne, à savoir les techniciens de talent qui travaillent sur les films étrangers.

Après «Much Loved» et «Razzia», vous voilà encore dans une nouvelle expérience avec Nabil Ayouch qui vous conduit cette fois en compétition officielle à Cannes.

Dans ce film, on retrouve le même thème qui agite Nabil Ayouch, à savoir les marginaux dans la société marocaine. Cette fois, il s’agit d’un rappeur qui dirige un centre «Positif School» dont l’objectif est d’enseigner le rap dans un centre culturel. Ce centre culturel existe réellement dans un quartier populaire à Casablanca et c’est le réalisateur qui l’a créé dans le cadre de sa fondation «Ali Zaoua». Mais cette fois-ci, la proposition cinématographique de Nabil Ayouch est différente, puisqu’il s’agit d’un docu-fiction avec un tournage qui s’est déroulé sur une période entre deux et trois ans et qui a été cosigné par une directrice de photo belge, Virginie Surdej. C’est un style nouveau que le réalisateur nous propose cette fois avec une caméra très proche des acteurs et qui leur accorde beaucoup plus de liberté.

Quel effet cela fait de travailler avec le réalisateur dont le film «Ali Zaoua» vous a marqué quand vous étiez à vos débuts ?

A sa sortie, «Ali Zaoua» constituait un souffle nouveau dans le cinéma maghrébin et arabe. Lors de notre première rencontre, j’ai parlé à Nabil Ayouch à quel point son film m’a marqué lorsque je l’ai vu pendant les JCC à l’époque. Je pense qu’il a pris acte de la passion qui m’animait ou plutôt de ce que son film a déclenché en moi et il a fait appel à moi dans «Much loved». Aujourd’hui, il y a un rapport de confiance qui s’est installé entre nous au-delà de l’aspect technique, même si le tournage du dernier film «Haut et Fort» n’était pas aussi évident…

Pourquoi ?

C’était un tournage beaucoup plus difficile que «Much Loved», parce qu’on travaillait avec des adolescents entre 13 et 18 ans qu’il fallait suivre sans cesse… Même sur le plan physique, ce n’était pas évident… Mais pour moi, c’est toujours un honneur de travailler avec un cinéaste comme Nabil Ayouch qui réalise un film en compétition officielle à Cannes… Depuis presque 40 ans, le cinéma maghrébin ne nous a pas fait cet honneur. C’est un cinéaste qui a sa propre vision et un projet sur lequel il travaille depuis des années. Je pense qu’il mérite sa place parmi les grands sur le tapis rouge de Cannes.

La participation d’un directeur photo tunisien à un film sélectionné à Cannes est un événement à inscrire dans le palmarès du cinéma tunisien.

Bien évidemment, mais malheureusement, les responsables du cinéma tunisien ne sont pas conscients des points que nous pouvons marquer en termes de communication. Pour le Cnci, par exemple, cela ne constitue pas un événement, puisque ma participation est sur un film marocain… Réponse étrange ! Or, je suis un technicien, il ne s’agit pas d’un couple «Réalisateur-producteur». Plusieurs techniciens participent à des productions étrangères de taille et qui font honneur à notre pays et qui ne sont pas mis en valeur. C’est vraiment désolant d’entendre ça de la part de l’administration tunisienne. Il n’y a aucune envie de capitaliser sur les efforts des techniciens. J’ajouterai que ce n’est pas la première fois que ça arrive… Avec Nadine Labaki, nous avons trouvé Safe Messadi ou Frida Marzouk à Cannes, sans aucune communication de la part tunisienne, comme si le cinéma tunisien n’était représenté que par un réalisateur ou un producteur… A mon sens, le rôle du Cnci est aussi de valoriser les techniciens tunisiens lorsqu’ils se distinguent.

Vous ne faites pas beaucoup de télévision et on vous retrouve à la direction photo de «Safih Sakhen», un feuilleton syrien tourné à Damas.

J’ai été séduit par le scénario et l’univers de Yamen El Hajali et Ali Wajih. Un feuilleton qui parle de la réalité sociale syrienne aujourd’hui avec un tournage qui a duré trois mois à Damas. C’est un feuilleton différent, dans la mesure où il n’a pas été écrit pour un acteur particulier ou une vedette. C’est un feuilleton qui rassemble une bonne catégorie d’acteurs, comme Salloum Haddad, Bassem Yakhour, Abdelmoneem Amaïri et Amal Bouchoucha. Un feuilleton qui a pris ce risque, mais qui a eu du succès auprès du public. Dans ma manière de travailler sur ce feuilleton, je n’étais pas dans une démarche classique, on était plutôt dans une démarche beaucoup plus documentaire avec une caméra portée. On voulait quelque chose de très réel.

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