Un laissez-passer a été délivré à la personne en question par notre ambassade en guise de document de voyage, comme c’est le cas dans ce genre de rapatriement. Aussi étrange, voire louche, que cela puisse paraître, à son arrivée à l’aéroport, la personne en question n’a pas été recueillie ni accompagnée par les agents de la PFE et a pu échapper à tout contrôle policier et douanier.

Chaque jour qui passe apporte son lot de surprises et d’inquiétudes dans le pays. Il ne s’agit pas de statistiques pré- occupantes se rapportant au marasme économique qui prévaut ou à la grave situation épidémiologique. Plus grave encore, c’est au moment où les menaces terroristes planent toujours sur le pays qu’un Tunisien condamné dans une affaire d’appartenance à une organisation terroriste a pu, en toute quiétude, quitter l’aéro- port de Tunis-Carthage, d’habitude bien hermétique dans les cas de rapatriement, sans être inquiété pour autant par les services sécuritaires relevant de la direction générale de la police des frontières et des étrangers.

Etrange, inadmissible et inconcevable

Selon l’avocat et membre de l’Observatoire de la transparence et de la bonne gouvernance, Nidhal Salhi, il s’agit du rapatriement de Jamel Rayhani, un terroriste classé dangereux, le 17 juin, de la Turquie suite à sa condamnation dans une affaire d’appartenance à une organisation terroriste. Un laissez-passer à été livré à la personne en question par notre ambassade en guise de document de voyage, comme c’est le cas dans ce genre de rapatriement. Aussi étrange voire louche que cela puisse paraître, à son arrivée à l’aéroport, la personne en question n’a pas été recueillie ni accompagnée par les agents de la PFE et a pu échapper à tout contrôle policier et douanier. A ne pas en douter, il y a anguille sous roche. Très étrange d’autant plus que tout le monde connaît la vigilance des services sécuritaire et douanier à l’aéroport de Tunis-Carthage. L’escapade du terroriste n’a pas trop duré puisqu’il a été arrêté le lendemain de son arrivée lors d’un contrôle de routine effectué par hasard, selon les dires de l’avocat Nidhal Salhi, par des agents relevant de la sécurité publique puisqu’il faisait l’objet de plusieurs avis de recherche dans des crimes terroristes. Si le dispositif sécuritaire n’a pas fonctionné à l’intérieur de l’aéroport de Tunis-Carthage, la vigilance des unités sécuritaires à l’extérieur a été au rendez-vous.

La même source n’a pas exclu «l’implication» de certaines parties dans cette affaire qu’il a qualifiée de très grave en raison de son impact sur la sécurité nationale du pays.

Pour sa part, le député Badreddine Gamoudi, qui préside la Commission parlementaire de la réforme administrative, de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, a, dans son statut facebook, dénoncé en termes virulents cet incident et a accusé des «parties influentes» au sein du ministère de l’Intérieur d’avoir facilité à dessein l’entrée du terroriste en question dans le territoire tunisien.

Des mesures disciplinaires et des sanctions doivent être prises à l’encontre des per- sonnes impliquées, a-t-il ajouté. Etrange, inadmissible et inconcevable, souligne un haut cadre du MI sous réserve de l’anonymat. Il n’arrive pas à donner une explication logique à cette affaire qu’il qualifie de très grave. Il est vrai qu’au vu des mesures et dispositions prises, nécessitant la coordination entre les services sécuritaires et consulaires des deux pays dans le cadre du respect de certaines normes internationales en matière de rapatrie- ment, l’erreur humaine est très difficile mais non impossible, fait savoir une autre source sécuritaire, ajoutant qu’une enquête a été ouverte à ce propos et des cadres sécuritaires pourraient en payer le prix.

Pour rappel, au début du mois de janvier, le ministère de l’Intérieur a connu une période bien difficile avec l’annonce de nouvelles nominations et leur annulation quelques heures après sur ordre du Chef du gouvernement. Jamais le MI n’a vécu un jour pareil. Le limogeage du ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine survenu après l’annulation des nouvelles nominations a jeté une lumière crue sur certains différends au sommet de l’appareil de l’Etat .

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