Le rapport, le 5e depuis 2016, s’inscrit dans le droit fil d’un combat continu. Un plaidoyer associatif plus souvent acharné contre toutes tentatives préjudiciables à l’honneur et à la dignité.

En ces temps de plein Covid et de montée de la violence policière, les libertés individuelles semblent être dans l’œil du cyclone.

C’est que l’année 2020-2021 est jugée celle de toutes les menaces. Soit un état des lieux en danger, sur quoi le Collectif civile pour les libertés individuelles a tiré la sonnette d’alarme. Son rapport annuel présenté, lors d’une conférence de presse tenue hier au Snjt à Tunis, a fait grincer des dents. Mais aussi il donne du grain à moudre, afin de mettre le doigt sur la plaie.

D’ailleurs, ce rapport, le 5e depuis 2016, s’inscrit dans le droit fil d’un combat continu. Un plaidoyer associatif plus souvent acharné contre toutes les tentatives préjudiciables à l’honneur et à la dignité. Tout ce qui touche aux droits de l‘homme dans leur acception la plus large.

Professeur de Droit à l’Université de Carthage, Wahid Ferchichi, membre de l’association tunisienne de défense des libertés, une des ONG fondatrices dudit collectif, en a su parler.

D’après lui, le rapport de cette «année  vient ainsi traduire toutes les craintes qu’on avait dénoncées l’année dernière, soit la recrudescence des violations et atteintes subies par les femmes, les enfants, les personnes Lgbt, les migrants et bien d’autres catégories vulnérables», relève-t-il. Un phénomène récurrent, pour ainsi dire.

Deux mille arrestations en dix jours

Dans la foulée, M. Ferchichi est revenu sur la violence policière dont la gravité atteint, ces jours-ci, son summum. Le cas du jeune de Sidi Hassine, roué de coups de poing, lynché et dénudé au grand jour, avait déjà défrayé la chronique. «Fin janvier-début mars 2021, l’on a enregistré deux mille arrestations en dix jours…», évoque-t-il. C’est du jamais vu, en allusion à ce climat de forte répression. Cela nous rappelle du coup de filet (séquestration, perquisitions…) qui avait aveuglement ciblé plusieurs islamistes, dans les années 90-91. Aujourd’hui, ces pratiques répressives qu’on croyait révolues refont surface. «Un risque bien réel qui menace la liberté d’expression, de manifester et d’association», dénonce-t-il. Encore plus grave, cette année le harcèlement sexuel à l’encontre des femmes journalistes. C’est là un constat à remettre en cause. Le bilan étant aussi scandaleux. 

Personne n’a été épargné !

Toutefois, cet état des lieux, dit-il, n’a pas surpris ce collectif, du fait que l’attention a déjà été portée, lors du rapport 2019, sur «les dangers des populistes», et bien sur l’impact de la pandémie. Ces deux facteurs, explique-t-il, ont entraîné une dégradation de la situation des libertés et la montée des agressions à l’égard de leurs défenseurs. La femme tunisienne, toutes catégories confondues, a souvent été la cible, sujette à tous les risques. La pandémie du Covid-19 accroît la violence faite à son égard.  Ses droits sexuels et reproductifs n’ont pas été respectés. «En 2020, l’accès à la contraception et à l’avortement a continué à connaître de plus en plus d’entraves. Et la crise sanitaire par laquelle passe le pays n’a cessé d’exposer de façon plus évidente les faiblesses de ces prestations fournies à la femme», lit-on encore dans le même rapport. Et pour cause ! Un appel fut déjà lancé, en avril dernier, aux autorités publiques pour assurer la continuité de l’accès aux services de la santé sexuelle et de la reproduction.

Le même sort fut aussi réservé aux personnes dites LGBTQI++, contre qui l’acharnement s’est accentué en période de la montée du populisme. «Le climat politique qui régnait a favorisé la haine, la violence, les arrestations arbitraires des Lgbt et même la violation de leur vie privée», dénonce-t-on. Selon le rapport, 2020-2021 est reconnue comme une année charnière, celle de la violence par excellence, où personne n’a été épargné.

Du reste, il est question d’agir pour la bonne cause. Car, la protection des libertés individuelles est une bataille de longue haleine.

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel FERCHICHI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire