Contrairement à la pandémie de covid-19, l’épidémie de choléra qui a sévi en Tunisie au XIXe siècle a été endiguée de façon efficace par les autorités de l’époque

Ce qui se passe actuellement à l’occasion de cette funeste pandémie, qui a déjà emporté bon nombre de nos concitoyennes et concitoyens, nous rappelle l’histoire des trois pêcheurs (sans jeu de mots) qui se retrouvèrent le même jour à l’entrée du marché pour louer un étal dans le rayon poissons. En fait, aucun des trois n’avait été poissonnier, mais croyant fort en l’adage «c’est en forgeant qu’on devient forgeron», ils ont foncé tête baissée dans ce métier bien difficile.

Ils ont acheté chacun une barque pour faire tourner leur commerce. Chaque matin, ils se présentaient derrière leurs étals et à la criée vendaient le poisson… qu’ils n’avaient pas encore pêché. Certains leur firent confiance et payèrent le prix au comptant, sans rechigner, étant donné que l’assurance et le bagou ne faisaient défaut à aucun des trois compères.

Mais, le poisson tardait à venir. Tous les jours, la clientèle, pleine d’espoir, venait pour prendre possession de son dû. Les excuses étaient les mêmes. Et pour cause…

Le premier avait bien acheté une barque pour aller à la pêche. Mais elle n’avait pas de moteur et restait au port alors que les autres embarcations quittaient le quai pour faire le travail.

Le second avait aussi acquis une barque. Elle valait ce qu’elle valait, mais le problème c’est qu’elle n’avait pas d’équipage. Ceux qui passaient dans les environs n’avaient ni expérience ni qualité pour s’aventurer en haute mer

Le troisième avait une barque qui tenait la mer, un équipage, mais avait besoin d’un capitaine, d’un timonier expérimenté et sachant dans quelle direction il devait voguer pour ramener cette cargaison qui se faisait attendre.

En fin de compte, ceux qui avaient accordé confiance commencèrent à perdre patience et semblaient prêts à renverser la table. Ils venaient chaque jour pour hurler leur défiance et leur colère et manifester leur profonde déception.

Un chiffre énorme

C’est exactement ce qui se passe alors que nous avons 14loàp franchi la barre des 15.000 morts. Un chiffre énorme pour une Tunisie qui a mal partout. Nous avons essayé d’établir une comparaison avec ce que l’histoire de ce pays nous a légué : lors de la conquête coloniale, celle qui concerne «la période de campagne militaire française— conquête du territoire du Nord au Sud—et de la résistance armée qu’elle a déclenchée, soit entre 1881 et 1883, on estime qu’il y a eu 2.557 Tunisiens et Tunisiennes tués. C’est le résultat d’une recherche menée en 2017 par Yamen Ahmed Hamdi, étudiant à la faculté des Lettres de Sfax, dans le cadre de son mémoire de master intitulé «La résistance armée». Il n’a pas été publié mais le chiffre dont il fait état nous a été communiqué par Amira Aleya-Sghaïer. La prise de Sfax, le 16 juillet 1881, semble avoir été l’événement le plus meurtrier de cette époque.

Ensuite, jusqu’en 1952, on dénombre plusieurs centaines d’actes de résistance aux colons, notamment en milieu rural, ainsi que les combats syndicaux. Leur répression a également fait de nombreuses victimes, mais seuls quelques événements marquants, à l’instar du 9 avril 1938 qui a fait 21 morts côté tunisien, ont fait l’objet d’une évaluation chiffrée. Sghaïer Salhi, ingénieur et écrivain ayant travaillé sur la période coloniale, ajoute que l’on pourrait également prendre en compte le contingent qui a intégré les troupes françaises lors de la Première Guerre mondiale.«Sur plus de 62.000 soldats tunisiens envoyés, on estime qu’environ 16.000 sont morts», nous dit-il. La bataille de Bizerte (1961) est le dernier grand affrontement postcolonial en Tunisie.

Il demeure cependant impossible de faire un bilan précis des victimes tunisiennes tuées lors de ces combats. Les chiffres officiels font état de 600 ou 700 morts, mais certains historiens avancent des chiffres supérieurs à 5.000 victimes». (Source Libération). Que dire alors que nous savons pertinemment que nous sommes encore loin de boucler ce chiffre ? La raison tient tout simplement dans cette désorganisation totale qui a caractérisé la gestion de cette pandémie.

C’était prévu !

Dans ces mêmes colonnes de La Presse, depuis des mois, nous avions donné l’exemple de l’épidémie du choléra qui avait sévi chez nous et que les autorités de l’époque, qui n’avaient ni internet, ni des dizaines de chaînes radios et de télévisions ont traitée de manière magistrale.

Nous avons mis des mois pour décider de mettre en place des unités sanitaires de campagne légères et qui ne demandent que le minimum d’équipements, mais rapides et efficaces, de lancer sur le terrain des équipes mobiles pour aller vers ceux qui n’avaient ni toit, ni télévision, ni portable.

Ce qui a été fait reste toujours utile, mais s’est avéré insuffisant, tardif, dénué de tout esprit d’initiative

On a fait confiance à l’intelligence, au civisme du Tunisien et à son sens de la responsabilité. Les plages bondées. Les bureaux de poste au coudeà-coude, les marchés livrés à leur sort, les mariages que l’on se trouve obligés d’arrêter en faisant intervenir la police ont prouvé que les choses les plus partagées dans ce pays sont l’indiscipline et l’égoïsme. Malheureusement, on s’est trompé et nous avons réagi trop tard. On savait que cela allait empirer, à l’occasion des fêtes et des mariages, des vacances, des retrouvailles familiales, nous avons faibli et la boule de neige n’a fait que grossir

Des décisions imposées par la force des choses

Aucun esprit d’initiative, alors que nous savons que le haut Comité scientifique est formé de femmes et d’hommes compétents qui savaient ce qui devrait être fait. Leur a-t-on forcé la main pour des raisons économiques ? Les langues finiront par se délier un de ces jours et il faudrait que chacun assume la responsabilité de ses actes. Ces milliers de morts resteront sur la conscience de ceux qui ont malheureusement plié sous l’influence des lobbies et de ceux qui se considèrent audessus des lois.

Des promesses non tenues

Si nous remontons le cours des différentes promesses qui ont été faites (la plupart non tenues au niveau du timing), surtout celle dans laquelle on visait la vaccination de cinquante pour cent de la population tunisienne (pour relancer et sauver la saison touristique), nous finirons par conclure que les différents responsables qui ont géré cette pandémie nous ont en fin de compte vendu du vent. La Tunisie a été absente au moment où toutes les nations prévenantes se sont positionnées pour avoir leur vaccin. Bon nombre de ces pays ne nous sont en rien supérieurs. En effet, même si des failles se sont révélées à l’issue de cette catastrophe nationale, notre système et personnel de la santé, notre logistique, notre organisation au niveau social sont meilleurs et plus performants. Tout s’est écroulé en raison de la désorganisation qui a régné et de l’absence totale d’initiative et de politique prospective.

Des trophées de chasse

Gérant cette pandémie à la bonne franquette, en ordre dispersé, nous nous sommes retrouvés en queue de peloton, mendiant quelques milliers de doses pour meubler les centres de vaccination ouverts. Et encore, ces quantités insignifiantes sont présentées, comme si c’étaient des trophées de chasse dont chacun voulait s’approprier les mérites !

Pendant ce temps, nous avons acheté de la quincaillerie et des bricoles en plastique turques, du café, du thé, des bananes, de l’ananas, du kiwi, des costumes, des chaussures, des verreries, tous les arômes de yaourts et de jus existants sur terre tout en payant des royalties, et bien d’autres choses qui pouvaient attendre. Le temps de sauver nos sœurs et nos frères emportés par ce satané virus….=:

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel GHATTAS
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire