Il faut compter en moyenne près de 1.000 dinars pour satisfaire les besoins des familles qui prévoient de célébrer l’Aïd El Kébir

On ne va pas se mentir, le sacrifice du mouton de l’Aïd, même s’il reste un devoir religieux en terre d’islam, intéresse de moins en moins de citoyens tunisiens pour des raisons essentiellement pécuniaires. Il y a, en effet, un désintérêt manifeste d’une bonne partie de la société tunisienne, lasse justement d’en avoir à découdre avec les aléas du covid-19 et de la mort qui les guette dangereusement ces dernières semaines, même si le degré de conscience et de responsabilité n’est pas pareil dans la lutte contre la propagation du virus Sars-Cov-2. La célébration de ce rite religieux est devenue très chère par les temps qui courent avec la flambée du prix de la viande ovine autour de 30DT le kilo. La consommation de viande ovine, très prisée par les Tunisiens coûte un bras pour le pauvre citoyen, dont le pouvoir d’achat a fondu comme neige au soleil ces dernières années. Avec l’achat d’un barbecue à 70 DT au bas mot, du charbon pour la grillade à 5DT le sac de trois kilos, de couteaux bien aiguisés pour la circonstance, dont 40DT le seul hachoir sans parler du prix du mouton grand gabarit qui ne peut être entendu en dessous de sept cents dinars, le compte est bon.

Chaque chose a un prix désormais et le Tunisien ne peut plus ni marchander, ni obtenir une remise sur quoi que ce soit. Comment faire alors ? Avec la kermesse des produits vendus en ligne, les choses ne s’arrangent pas. La plupart sont contraints et condamnés à acheter leur mouton en ligne désormais pour se plier aux exigences du protocole sanitaire et ne pas s’exposer au coronavirus dans les traditionnels espaces de ventes de moutons, comme à El Ouardia. Ce qui relève du jamais-vu en Tunisie, même si le phénomène est né il y a quelques années. Comment peut-il se résoudre à faire confiance aux vendeurs de tout acabit, maîtres d’arnaques en tous genres ? De nombreux citoyens renoncent carrément et abandonnent toute idée d’achat d’un mouton, au grand dam de la famille. Sauf pour les personnes les plus téméraires qui défient toutes les lois et sacrifient à tout prix le mouton de l’Aïd pour conjurer le mauvais sort et assouvir leur foi pleinement en achetant un mouton au prix fort, en empruntant de l’argent auprès de personnes charitables et donatrices, quitte à consentir un crédit à la consommation.

Le citoyen tunisien ne sait plus sur quel pied danser et veut profiter des rares moments que la vie offre pour faire l’impossible. Quand on apprend qu’un achat régulier coûte les yeux de la tête, puisqu’il faut payer même pour garder son mouton en lieu sûr jusqu’au jour de l’Aïd, pas sûr que les Tunisiens adhèrent vraiment à cette idée. Un montant de 4 dinars par jour pour les citoyens ne disposant pas d’espace permettant de les garder est requis du côté de l’abattoir d’El Ouardia. Une chose acceptable et défendable, mais le pauvre Tunsien en a ras-le-bol de casquer où qu’il aille et où qu’il faille.

Pour autant, Tarak Ben Jazia, présidentdirecteur général de la société Ellouhoum a déclaré que la vente du mouton de l’Aïd El Idha va démarrer aujourd’hui au siège social de la société, sis à El Ouardia, à Tunis. Soit, c’est une décision qui va permettre aux plus démunis de saisir une chance à la volée, en bravant tous les obstacles, mais ne craint-on pas du coup de créer la panique et le chaos, sachant que les deux jours suivants du week-end, le Grand-Tunis est en confinement général ? En attendant, on a bien voulu jeter un coup d’œil sur la vente en ligne des moutons du sacrifice.

Bonne affaire ou arnaque ?

Un site commercial électronique qui offre des moutons à acheter en ligne via l’adresse http://shop.fas.com.tn/fr/ permet d’avoir un compte rendu bien précis sur la qualité et les prix des moutons en Tunisie. Sous la mention « réservé ou vendu », leur prix oscille entre 448 et 705 DT. Sous la dénomination Bio, le site en question vante leurs qualités dans son texte de présentation: «Nos élevages sont nourris à longueur d’année exclusivement des pâturages de la ferme et par conséquent à partir de produits 100% Bio. Nos moutons sont élevés dans des conditions où le bien-être animal est au centre de notre intérêt. Les animaux reçoivent une alimentation équilibrée et biologique. Ils ont toujours accès à de l’herbe fraîche, à une source d’eau de qualité. Ils bénéficient d’installations modernes, mais aussi d’une nature exceptionnellement propice à leur confort».

Alors, les clients seront-ils conquis pour autant, sachant que les prix font froid dans le dos et repoussent les ardeurs ? Pas sûr, pas sûr… Ça sent l’arnaque à plein nez, sachant qu’il y a peu de moutons disponibles et que la plupart affichent la mention vendu ou acheté. Pourtant, T. Ben Jazia affirme qu’avec les seuls étables d’El Oaurdia, les Tunisiens disposeront de huit mille têtes d’ovins. A n’y rien comprendre, même si le cheptel diminue au fil des ans et le prix grimpe sans cesse à cause de la spéculation et des gacharas et intermédiaires en tous genres qui pullulent en pareille circonstance pour rafler la mise ! En attendant, les consommateurs sont appelés à la vigilance et à la responsabilité. Ils doivent savoir où acheter bien entendu dans les points de distribution officiels, comme celui d’ El Ouardia, sur Internet dans des sites sûrs, connus et vérifiés ou auprès des grandes surfaces, même si elles comptent faire grève, elles aussi… ! Mais sans se précipiter et conscieusement. Les arnaques sont partout. Les festivités de l’Aïd El Kébir devraient débuter le lundi 19 juillet et se poursuivront durant trois jours jusqu’au mercredi, 21 juillet 2021. Pourvu que cette fête sacrée se déroule sans anicroches et ne provoque pas de dégâts de transmission du virus SarsCov-2 sur la population locale au moment où le variant indien Delta, beaucoup plus contagieux et menaçant fait de nombreuses victimes en Tunisie.

Mais Dieu, que la facture devient salée avec cette montagne de dépenses et charges pour le bon petit peuple.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Salem Kechiche
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire