On est face à une santé à deux vitesses. Le coronavirus lui a asséné un coup de grâce, mettant à nu son dysfonctionnement : des hôpitaux débordés, lits d’oxygène et de réanimation quasiment occupés, des malades qui agonisent. Le corps médical et paramédical pousse ainsi un cri de détresse.

En pleine crise sanitaire dont le bilan fait grincer des dents, tout semble avancer à reculons. C’est que le nombre de décès et des contaminés bat encore de nouveaux records, laissant planer, dans nos hôpitaux à bout de souffle, le spectre d’un scénario aussi pire que celui vécu, l’année dernière, en Italie. Et parfois, on a l’impression que cette vague si maudite et meurtrière, depuis l’invasion de l’épidémie, aura décimé toute une société, déjà déprimée.

Cet état dépressif quasi-général n’a laissé personne indifférent. Et puis, on s’est lancé dans une guerre de déclarations et de contre-déclarations, dont la dernière en date faite par la porte-parole du ministère de la Santé, Nissaf Ben Alaya, sur l’effondrement du système de santé. Pourtant, une vérité partagée, sa déclaration avait, sitôt, enflammé la Toile et suscité un débat aussi houleux. Sans tarder, le ministère de tutelle avait publié un démenti. Cette réaction à chaud n’est, en quelque sorte, qu’un vrai show folklorique. Voire un fiasco politique qui reflète un vrai double problème de gestion et de communication. Pourquoi? La réponse est multiforme, d’autant qu’elle ne requiert pas trop d’explications. Sans flair ni intelligence. Sauf une mémoire d’éléphant pour rattraper le présent.

Santé, ce constat déjà vu !

Et là, ce que vient d’annoncer Ben Alaya n’est guère une nouveauté. Et encore moins une information qui mérite un tel tapage médiatique. Tout le monde sait, bien évidemment, que notre santé publique ne se porte pas bien. D’ailleurs, nos médecins, eux-mêmes, le confirment et ne s’en cachent pas. Et combien de fois ont-ils alerté sur ce constat peu reluisant, lequel est le résultat des stratégies improvisées et mal conçues. Mais la vérité dérange : nos hôpitaux sont en danger bien réel. D’autant que le droit d’accès à la santé n’est plus garanti. Près de deux millions de Tunisiens n’ont aucune couverture sanitaire, alors que presque trois quarts d’entre eux ont du mal à bénéficier de soins de qualité. Et pourtant, on paye aussi cher nos frais médicaux et consomme assez de médicaments qui ne sont plus à la portée de tous. On est face à une santé à deux vitesses. Le coronavirus lui a asséné un coup de grâce, mettant à nu son dysfonctionnement : des hôpitaux débordés, lits d’oxygène et de réanimation quasiment occupés, des malades qui agonisent, corps médical et paramédical en détresse. Et la liste est encore longue…

Le paradoxe d’un ministre

Mais, au pays des paradoxes, on dit à la fois la chose et son contraire.  En réaction aux propos de Mme Ben Alaya, le  ministre de la Santé, Faouzi Mehdi, avait nié tout risque d’effondrement du système sanitaire en Tunisie face à la propagation alarmante de l’épidémie.

Soit un ministre qui dément sa porte-parole : «Notre système est encore capable de surmonter les difficultés et les urgences grâce aux compétences des professionnels de la santé…». N’est-ce pas lui qui avait, autrefois, créé la psychose, en annonçant, mi-juin, une 4e vague qui pourrait causer, en août prochain, 4 mille décès ? Sa déclaration fut, alors, jugée malencontreuse et intempestive, au moment où le pays prépare la saison touristique.

Aussi, c’était bien lui qui avait, pas si longtemps, déploré l’état des lieux critique constaté, par lui-même, à l’hôpital local de Beja. «Celui-ci peut être tout sauf un hôpital», a-t-il ainsi jugé sur le tas. C’est là un mea-culpa sans le dire ouvertement.

Au-delà, Monsieur le ministre a-t-il une idée sur le reste de nos hôpitaux et la médiocrité des prestations y fournies ? Est-il au parfum des souffrances des patients, le manque flagrant des équipements, du trafic des médicaments et de la migration de la crème de nos compétences médicales ?

Ben Alaya a-t-elle tort ou a-t-elle raison ?

Parallèlement, la campagne de vaccination anti-Covid semble être en veilleuse. Entamée il y a plus de deux mois, seulement 700 mille vaccinés en ont, jusqu’ici, entièrement profité. Tout cela n’est-il pas un révélateur d’échec médical? Parlons-en ainsi, Nissaf Ben Alya n’a-t-elle pas raison ? Il faut dire qu’elle n’a pas mâché ses mots pour révéler les quatre vérités d’un secteur au bord de la faillite. Il touche le fond depuis bien longtemps. Une situation «catastrophique» à bien des égards, qui n’a cessé d’interpeller tous les ministres de la Santé post-révolution.

Mais, aucun parmi eux n’a donné suite au fameux projet de réforme sanitaire, décidé et lancé en 2012. Ministres de la vingt-cinquième heure ! Ceux qui ont trop parlé pour ne rien dire. Et qui ont, d’ailleurs, promis monts et merveilles.

Le fait est là ! Tous ceux qui ont accédé à la tête du département de la Santé ont fait preuve d’une mauvaise gestion du dossier. Certes, le constat d’aujourd’hui est inquiétant, mais il n’est guère surprenant.

Toutefois, sur le plan communication gouvernementale, la porte-parole du ministère de la Santé avait, peut-être, tort. Pourquoi ? Jamais un chef de guerre ne déclare la défaite de son armée.

La communication est l’art de manipuler pour rassurer son opinion publique. Sans pour autant en abuser. Savoir ménager la chèvre et le chou, en quelque sorte. Parfois, on est contraint de dire la vérité autrement ! Soit, faire passer son message clé au moment opportun. En temps de crise, la bonne communication l’emporte sur toute autre information.

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