Récemment mentionné au festival de Cannes par le jury Unifrance, Le bain, le court métrage de Anissa Daoud, attire l’attention là où il passe. La pertinence du sujet, la subtilité du traitement et la sensibilité de la mise en scène sont une bonne combinaison qui fonctionne avec au bout un film qui invite au débat.

En raison d’un déplacement professionnel de sa femme, Imed, un jeune père, se retrouve pour quelques jours seul pour la première fois avec son fils de cinq ans et va devoir confronter ses peurs les plus profondes.

Être victime et avoir peur d’être à son tour agresseur est une idée qui se développe dans les détails, dans l’expression des visages, le tremblement d’une main, dans les frémissements d’un tête-à-tête imposé.

Anissa Daoud filme comme elle écrit, à la manière d’une metteuse en scène qui s’adonne au jeu de l’interprétation et aime manipuler les deux. Elle ne dévoile rien de ses intentions et guide son personnage central dans un parcours narratif fait de suspense saupoudré d’intrigue pour une vérité inavouable.

Elle n’ouvre pas plusieurs pistes, elle nous mène dans une trajectoire imposée dès le début, par une séquence qui réunit Imed à sa sœur, une réaction inopinée dans le marché aux poissons, son agressivité dans le café…Le film ne laisse pas de place à d’autres lectures possibles. Notre personnage cache un secret qui le hante, une blessure qui conditionne sa vie de père et l’opprime dans sa relation avec son fils. Une ancienne photo de famille, une chevalière au doigt d’un vieil oncle, tout porte à croire que le mal-être est profond. Entre secret et énigme se construit l’anodin d’une tranche de vie. Quoi de plus ordinaire que quelques jours entre un père et son fils, à faire les gestes habituels du quotidien… L’intérêt du film de Anissa Daoud ne réside pas seulement dans le fait de toucher un sujet mis sous silence mais dans ce qu’elle suggère comme séquelle : la victime serait-elle forcément bourreau, la peur de l’être, la peur de le devenir est une épée de Damoclès  que le père s’inflige.

Sous l’effet des champs contre champs, l’étrangeté de ses réactions de plus en plus méfiante, de plus en plus violente, jusqu’à l’effondrement tout en tendresse dans la scène finale où les deux corps se lient tendrement se réfugient l’un dans l’autre, sous l’effet d’un beau traveling qui clôture une histoire et ouvre le débat.

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