Bassem Ennaifar, analyste financier

« Maintenant, nous devons être conscients que, si nous voulons du changement et une vie meilleure, nous devons accepter des sacrifices. Les décisions, prises par le Chef de l’Etat, interviennent dans un moment économiquement délicat. Nous entrons dans la seconde phase de l’exercice budgétaire sans avoir suffisamment de ressources pour affronter les dépenses. Le Trésor a battu tous les records de sorties sur le marché de la dette interne et souffre pour honorer ses engagements internationaux.

Nous sommes en phase de discussions techniques avec le FMI qui préconise un consensus national sur des réformes rejetées par la majorité des Tunisiens. Cette condition est, de facto, irréalisable aujourd’hui. Plus que jamais, le risque d’un défaut de paiement se dessine sérieusement à l’horizon… Certes, il y a un gap entre les catégories socioprofessionnelles et le système fiscal en place est largement perfectible. Mais la Tunisie s’est appauvrie depuis 2011. En dollar, le PIB a fondu. Il n’y a pas de vannes de cash à ouvrir pour distribuer des salaires ou pour recruter tous les chômeurs.  Il n’y a pas de baguette magique pour faire baisser les prix; ou pour que les banques octroient des crédits avec un taux d’intérêt marginal. Et il n’y a qu’une seule réalité: si nous voulons mener la belle vie, nous devons travailler dur. Si nous voulons être une nation souveraine, nous devons accepter de lourdes concessions. Malheureusement, ce que nous risquons de voir est plutôt le déclenchement d’une nouvelle spirale d’instabilité politique sociale qui bloque le peu de dynamisme économique qui reste. Sans une prise de conscience générale de la gravité de la situation et un discours franc sur les capacités réelles du pays qui calment les esprits, la Tunisie se dirige vers l’inconnu ».

Moez Labidi, professeur en sciences économiques

« La décision du Président de la République de suspendre le Parlement et de limoger le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, est loin d’être surprenante, car l’histoire nous enseigne toujours que la dégradation des fondamentaux de l’économie et le statu quo en matière de réformes sont souvent menaçants pour l’édifice démocratique. Il est important de bien saisir cette opportunité pour rompre avec le populisme, imposer l’Etat de droit et oser implémenter les réformes, en renouant avec le pragmatisme économique.

Tout retard enlisera davantage le pays dans la crise et précipitera le scénario d’un défaut de paiement et d’une désobéissance civile. Les retombées immédiates de cette décision sont celles qui ont été ressenties lundi 26 juillet 2021, soit la nette chute de l’indice boursier et l’élargissement du spread (prime de risque) des titres tunisiens négociés sur le marché international. A titre d’exemple, pour l’emprunt tunisien en euro qui arrive à échéance en 2023, le rendement des titres souverains de la Tunisie est passé de 10,2% vendredi 23 juillet 2021 à 12,63% lundi 26 courant en fin de journée, soit une augmentation du spread dépassant les 240 points de base. L’autre conséquence immédiate, c’est l’arrêt des négociations avec le FMI qui accusent déjà un retard énorme.  Cet arrêt est dû au fait que, pour négocier, le FMI a besoin d’un climat politique stable, d’un gouvernement en exercice et d’un Parlement opérationnel. A court terme, je pense que l’effet d’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement, et plus précisément du profil du nouveau chef du gouvernement et de sa capacité à implémenter les réformes économiques nécessaires, pèsera dans le capital confiance et serait déterminant pour rassurer les acteurs économiques nationaux et étrangers…

Du côté des agences de rating, le risque d’une nouvelle dégradation (Fitch : de B- à CCC+ / Moody’s de B3 à Caa1) n’est pas à exclure, si l’instabilité politique perdure et si les pressions sur les réserves de change deviennent davantage menaçantes pour la soutenabilité de la dette. Le recours au marché financier international, même via des garanties, devient inaccessible… Les pressions sur la balance des paiements vont se renforcer, avec l’impact négatif de l’instabilité politique sur l’investissement direct étranger et sur le secteur touristique déjà lourdement affecté par la crise du coronavirus. A moyen et long termes, je pense que deux scénarios son possibles, un scénario de sortie de crise et un scénario d’enlisement dans la crise… ».

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