Tous les regards se tournent vers les palais de justice, remarquablement actifs ces derniers jours. Et pour cause, des informations sur des arrestations et des poursuites judiciaires impliquant des députés, des hommes politiques, des hommes d’affaires et autres.


Alors que le Chef de l’Etat semble jusque-là réussir sa manœuvre politique, les attentes sont devenues énormes et les pressions venant de toute part le sont encore plus. Si sur le plan politique les choses sont au point mort, le Président de la République tarde toujours à désigner un nouveau chef de gouvernement ou plus explicitement un nouveau Premier ministre, tous les regards se tournent vers les palais de justice, remarquablement actifs ces derniers jours. Et pour cause, des informations sur des arrestations et des poursuites judiciaires impliquant des députés, des hommes politiques, des hommes d’affaires et autres.

En effet, les Tunisiens suivent le petit écran et notamment les réseaux sociaux chaque minute pour s’enquérir de ce qui se passe du côté de Carthage mais surtout ce qui concerne les différentes arrestations en cours. S’agit-il d’une opération mains propres engagée par le Président de la République en marge de sa prise du pouvoir ? Ou est-il simplement question d’une application de certaines décisions de justice longtemps gelées pour une raison ou une autre ?

En tout cas, l’image est actuellement floue, les informations officielles sont rares et l’opinion publique est perdue dans ce paysage médiatique submergé par les rumeurs et les fake news. Autant dire que la présidence de la République continue dans sa stratégie communicationnelle optant pour la discrétion.  

L’affaire Yassine Ayari a ouvert le grand débat autour de ces récentes arrestations. Ce député aux positions critiques du Président de la République avait été arrêté vendredi par des forces de sécurité. Il était poursuivi depuis 2017 pour «diffamation et outrage à l’institution militaire» et avait été condamné en 2018 à trois mois de prison. Dans un communiqué, l’institution du procureur général de la justice militaire précisait que l’incarcération de Yassine Ayari s’inscrit dans le cadre de l’exécution d’un jugement définitif de justice émis par la Cour d’appel militaire en date du 6 décembre 2018. «Cette décision a été entérinée par un arrêt de la Cour de cassation», selon la même source. 

Yassine Ayari a déjà été condamné en première instance à trois mois de prison. En décembre 2018, il a écopé d’une peine de deux mois de prison ferme. Il était accusé d’atteinte au moral de l’Armée sur la base de l’article 61 du Code pénal. Le parquet militaire a exécuté ce vendredi le jugement de la Cour d’appel à la suite de la publication du décret présidentiel n°80 de l’année 2021, en date du 29 juillet 2021, relatif à la levée de l’immunité parlementaire des députés de l’ARP.

 

Craintes pour les libertés

Sauf que ces éclaircissements de la part de la justice militaire n’ont pas fait taire certaines voix qui dénoncent une atteinte aux libertés et aux droits des individus. Le parti Ennahdha et ses dirigeants étaient les premiers à dénoncer une telle décision. Ensuite c’était au tour de la présidence du parlement, pourtant suspendu, de réagir. En effet, la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) dont les activités sont gelées par décision du Président de la République, a dénoncé «l’arrestation illégale du député Yassine Ayari». Dans un bref communiqué publié vendredi soir sur la page facebook de l’ARP, la présidence du parlement «appelle à une réunion d’urgence du bureau du parlement pour l’examen de cette question» sans donner de précisions sur la date et le lieu de la réunion.

Dans la nuit du vendredi, le député de la coalition Al-Karama, Maher Zid, a été également arrêté dans le cadre d’une affaire de justice. Recherché par le Tribunal de première instance de La Manouba, le député a été arrêté, avant d’être remis en liberté hier.

Dans une vidéo publiée sur Facebook, le député a expliqué qu’il avait été libéré sur ordre du Parquet près le Tribunal de première instance de La Manouba, mais que des agents de la police en civil avaient tenté de le kidnapper à sa sortie du tribunal. Notons que ce député est impliqué dans une affaire de justice. Il est accusé d’avoir subtilisé des documents relatifs à l’affaire Chokri Belaïd.

Des informations courent aussi sur la mise en résidence surveillée de l’ancien procureur général de la République Béchir Akremi sur fond de son implication dans l’affaire des assassinats politiques. Ces arrestations interviennent pour alimenter la polémique autour des libertés individuelles et une éventuelle instrumentalisation du pouvoir judiciaire par le Chef de l’Etat. Ce dernier ne fait, depuis plusieurs jours, que rassurer sur la situation des libertés en Tunisie, promettant de garantir les droits de tous les Tunisiens mais aussi d’appliquer la loi fermement.

L’Instance nationale de prévention de la torture a, dans ce sens, alerté contre toute instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Son président, Fathi Jarray, a appelé le Président de la République à garantir les droits des prévenus et à fixer un délai pour les dispositions exceptionnelles annoncées.

Il est à rappeler également que quatre membres du parti Ennahdha, dont un membre de son conseil de la Choura, un ex-membre de l’équipe de protocole et un ex-garde du corps de Ghannouchi ont été auditionnés par le juge d’instruction.

Ces individus ont été interrogés à la caserne de l’Aouina, dans le cadre d’une enquête en rapport avec leur tentative de procéder à des actes de violence devant le siège de l’ARP, après l’annonce par Kaïs Saïed du gel du parlement, le 25 juillet dernier.

Le Président de la République s’est-il lancé dans une opération mains propres? Jusque-là rien ne prouve de telles affirmations. Bâtissant son discours et son projet politique sur la lutte contre la corruption, le Chef de l’Etat semble se concentrer sur la restitution des fonds spoliés dans une nouvelle tentative de parvenir à une réconciliation pénale.

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Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
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