Maktharis, Haidra, Altiburos, Table de Jugurtha, Mine de fer Djerissa, mine de plomb Menzel Salem, Barrage Sarrat, des sites mémoires de la Tunisie, seront les scènes pour la 6e édition de Siccajazz reportée maintes fois à cause de la pandémie. Rendez-vous musical et archéologique en septembre.


Il n’y a pas plus tenace et plus téméraire que les gens de la culture. La pandémie qui a frappé de plein fouet le secteur et le manque de courage des décideurs n’ont pas pu avoir gain de cause sur ceux qui croient que la vie culturelle a toujours son mot à dire.

Sicca Jazz, le rendez-vous musical et de tourisme culturel du Kef et ses alentours, s’est vu annulé l’an dernier, à peine 48 heures de son début, laissant les organisateurs dans de beaux draps. Tout était prêt pour une édition qui promettait, toutes les dépenses engagées, mais Sicca Jazz n’a pas pu avoir lieu. Un premier report, puis un deuxième, ils ont même pensé à une édition sans public au bénéfice du staff médical de la région et au profit de la société civile, mais les choses n’ont pas pu se faire. Nous voici encore une fois face à la même détermination et au même courage d’un comité qui tient à honorer ses engagements et qui ne tarit pas d’idées pour rebondir et faire en sorte que la vie et la culture continuent à exister.

De nouveaux concepts ont vu le jour, et de l’enceinte de la Kasba du Kef, des places publiques des villes avoisinantes, Ramzi Jebabli et son équipe ont pensé, cette fois, les choses différemment tout en tenant compte des mesures sanitaires : « La santé de notre public et de nos invités est notre priorité ».

« Nous avons décidé de programmer la 6e édition du festival SiccaJazz du 6 au 12 septembre 2021 et de prévoir des diffusions des concerts programmés sur les supports digitaux, surtout que le ministère de la Culture a autorisé la présentation des concerts en version numérique et que le ministère du Tourisme encourage la tendance au niveau du digital et la création de vidéos promotionnelles qui mettent en avant les spécificités de la destination Tunisie », explique Ramzi Jebabli. De ces deux paramètres, Siccajazz Live Factory est né. « Nous sommes partis d’un constat clair, ajoute-t-il, éminemment, le secteur culturel, et en particulier le patrimoine matériel, notamment du territoire du nord-ouest, Béja, Siliana, Jendouba, le Kef et Kasserine, a un énorme potentiel de création de valeur, et possède une forte capacité d’innovation et est surtout porteur d’une révolution qui peut impacter les plans économiques et sociaux. Paradoxalement, ce patrimoine n’est pas mis en valeur, et n’intègre pas une vie culturelle et économique à la hauteur de sa valeur historique intrinsèque ». 

Haidra

Face à ces défis, le concept Live Factory voit le jour sous forme d’une salle de répétition et de spectacle et d’un studio d’enregistrement qui offre la possibilité d’enregistrement dans les conditions du live et la tenue de spectacles d’avant-première mondiale. C’est un programme de formation qui combine le renforcement des capacités avec des espaces de mise en réseau pour les artistes et les professionnels de la musique et des arts visuels, du Land art et des spectacles vivants. 

Table de Jugurtha

En effet, le concept Live Factory s’inscrit dans un programme plus vaste qui est Siccaveneria-agence d’attractivité, de développement et d’innovation pour le territoire du Kef et dont la mission est de promouvoir l’image de ce territoire par la diversification et l’animation de l’offre artistique, culturelle et touristique, la valorisation des ressources naturelles existantes et du patrimoine matériel et immatériel. C’est dans cette perspective, fusionner le concept Live Factory et le festival SiccaJazz en présentant Siccajazz Live Factory est l’idée sur laquelle  repose toute l’action du mois de septembre prochian.  Ce format servira de vecteur pour la promotion de la région du nord-ouest avec pour objectif transformer les sites patrimoniaux en une scène artistique et un lieu de tournage et garantir par là  même la valorisation de la richesse du patrimoine archéologique du territoire.

Quant à l’infrastructure et la logistique nécessaire à la bonne tenue de ce format,  « nous assurons également l’éclairage de ces lieux en vue de les mettre en avant car nous sommes convaincus que les biens culturels ne sont pas seulement des biens à préserver et à sauvegarder, mais également des biens qu’il faut embellir de façon artistique pour le plaisir de les exposer au public. Les vidéos que nous allons produire seront diffusées en live sur les canaux digitaux et seront par la suite publiées sur nos différentes plateformes pour garantir plus de visibilité à long terme », nous annonce-t-il.


Le programme

Le 6 septembre 2021

Yacine Boularès présentera son projet “Night in Tunisia” qui est considéré comme la meilleure création en jazz afro-américain, dans le site archéologique de Maktaris (Siliana) qui jouxte la ville de Makthar qui en est, en quelque sorte, une excroissance tardive d’époque coloniale.

Maktaris est la transposition latine du toponyme initial : Mktrm, qui témoigne des origines libyques de la cité, comme en attestent d’ailleurs le grand nombre de monuments funéraires remontant à cette civilisation et qui sont insérés dans le site.

Le 7 septembre 2021

Benjemy, l’artiste incontournable de jazz électro, présentera son projet “Benjemy présente Sinouj” à la Mine de fer – Djérissa. Djerissa, à 50 kilomètres de la ville du Kef, est un lieu dit du nom de Henchir Hadid d’origine berbère, organisé autour de terres agricoles et de pâturage.

La mine de fer de Djerissa, la plus importante de l’époque, était connue pour la richesse et la pureté de ses minerais. 

Le 8 septembre 2021

Malek Lakhoua, un pilier de la scène jazz en Tunisie et ailleurs,  présentera son projet “Malek Lakhoua & friends» au site archéologique Haïdra à Kasserine. Niché dans les montagnes de l’Ouest tunisien, le site archéologique de Haïdra possède les vestiges d’une des plus grandes forteresses byzantines du Maghreb.

Le 9 septembre 2021

Imen Khayati chantera l’amour au grand lac du barrage Sarrate: situé sur l’oued Sarrat, à environ 45 kilomètres au sud-ouest du Kef. Après 9 ans de travaux, le barrage a été mis en service en 2016. 

Le 10 septembre 2021

Mariem Toukebri présentera son projet “Entre Tunis et la Havane” dans le fameux site archéologique Althiburos : exploité depuis l’époque préhistorique, comme l’attestent les outils en silex retrouvés en abondance dans le lit de l’oued, ainsi que les sépultures des premiers habitants occupant les sept collines dominant le site.

Le 11 septembre 2021

Badiaa Bouhrizi, la représentante de la scène de la musique alternative en Tunisie et dans le monde arabe, présentera son projet “Allora Kahrumusiqa” à la Table de Jughurta : prise par le roi numide Jugurtha comme ultime refuge lors de sa guerre contre les Romains (110 – 105 av J. C.). C’est une étrange montagne unique par ses dimensions, sa forme et sa charge historique et culturelle, inscrite sur la liste préliminaire du patrimoine international de l’Unesco.

Le 12 septembre 2021 

Ibrahim Chida présentera son projet  “Afronot’s” à l’ancienne mine de plomb, Sidi Amor Ben Salem, qui  était une mine de plomb, près de Tajerouine (Tunisie) ; c’est dans cette mine que fut découvert un des plus beaux minerais de plomb.

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