Le parti Ennahdha a décidé de désigner les têtes qui assumeront les échecs ayant entraîné le mouvement du 25 juillet 2021, autrement dit des boucs émissaires. Le mouvement tente parallèlement de promouvoir une nouvelle génération de leaders pouvant séduire Kaïs Saïed, dans l’espoir affiché de voir «le parti prendre part à ce qui sera entrepris dans cette Tunisie nouvelle».

A Montplaisir, l’heure est aux changements. La vieille garde semble décider de s’adapter, en concoctant une nouvelle stratégie de communication dans l’ère du temps, basée essentiellement sur la promotion d’une nouvelle génération. De jeunes loups non usés par le pouvoir, bénis par la direction, investis de la délicate mission de supplanter l’ancienne direction et de s’imposer dans ce paysage national compliqué. Ces jeunes cadres qui auraient un certain crédit auprès de l’opinion publique, parce que non compromis dans des affaires de corruption, pourraient être reconnus par le Président Kaïs Saïed, en leur qualité de «futurs partenaires dans l’élaboration d’une nouvelle approche de gouvernance qu’impose le mouvement de rectification de la révolution du 25 juillet 2021». Après une semaine de silence troublant marquée par de chaudes empoignades, les structures dirigeantes d’Ennahdha et le bureau exécutif semblent s’être mis d’accord pour désigner les « coupables » qui auront à porter la responsabilité de «la débâcle du 25 juillet». Au moment des pourparlers entre les anciens et les nouveaux, il fallait convaincre le président du parti, Rached Ghannouchi, en l’occurrence, de se faire discret. D’autres visages présentés comme les ténors du mouvement réformateur, à l’instar de Mohamed Ben Salem, Samir Dilou et, même le démissionnaire Abdelhamid Jelassi se pavanent de radio en radio pour faire leur meaculpa ou plutôt décrier cette «direction» coupable de tous les maux et d’avoir commis «des erreurs impardonnables à cause de l’entêtement de son président qui n’écoute personne et n’en fait qu’à sa tête».
Longtemps privés de parole et écartés des sphères de décision, les jeunes nahdaouis savourent leur heure de gloire, chouchoutés par une direction décidée à les propulser au-devant de la scène et de leur ouvrir la voie. Ils sont investis d’une première mission, répandre un nouveau discours dont le contenu pourrait avoir l’oreille et l’assentiment du Président Kaïs Saïed.
Autre objectif, convaincre le président qu’au sein d’Ennahdha, une nouvelle génération peut vibrer au rythme du 25 juillet. Ces jeunes estiment avoir, eux aussi, le droit de participer à l’édification de la Tunisie post-25 juillet 2021.
Sur le plan interne, ces mêmes leaders se sont octroyé la «responsabilité historique» de transformer leur mouvement en structure moderne, en dépit des réticences de la vieille garde qui semble vivre ses dernières heures avant le prochain congrès.
Il reste à savoir si Ennahdha réussira à convaincre le Président de la République que ce mouvement n’est pas une ruse de plus, qu’il ne s’agit pas de changement de look mais de révisons profondes.
Ces leaders adoubés qui supplantent à la hâte les anciens se veulent «honnêtes et intègres » mus par la volonté « de se faire accepter» par l’opinion publique nationale et internationale. Le seront-ils réellement ? Les jours à venir apporteront sans doute une réponse.

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