Pour sauver le secteur des jardins d’enfants et des crèches, Nabiha Kammoun appelle à l’exonération d’impôt sur les bénéfices, l’exonération de la charge patronale auprès de la Cnss et le report du remboursement des prêts accordés jusqu’à ce que la situation se rétablisse.

Le secteur des jardins d’enfants et des crèches est l’un des secteurs qui n’a pas su s’organiser durant cette crise sanitaire liée au coronavirus, et plusieurs établissements risquent de fermer leurs portes pour l’année scolaire 2021-2022. Ce verdict sans appel est celui de Nabiha Kammoun Tlili, présidente de la Chambre nationale des jardins d’enfants et des crèches.

La petite enfance souffre

Dans une déclaration accordée au quotidien La Presse, Mme Kammoun indique que pour la prochaine année scolaire, les inscriptions n’avancent pas et que de sérieuses inquiétudes s’imposent quant à l’avenir du secteur de la petite enfance à cause de la recrudescence du coronavirus et l’apparition du variant Delta, ce qui présente une puissante source de démotivation pour les parents.

«A quelques jours de la rentrée scolaire, le taux d’inscription des enfants en âge de fréquenter les jardins d’enfants est toujours très modeste, voire inexistant dans certaines régions à cause de la situation épidémiologique dans le pays. Et dans ce contexte particulier, entre le flux et le reflux, les parents se trouvent confrontés à cette redoutable question : éduquer les enfants, certes, mais dans quelles conditions et avec quels risques ? Pour ce faire, et afin de protéger leurs enfants, les parents ont pris la décision de les retirer des établissements préscolaires. Face à cette situation, la plupart des établissements auront de la peine à rouvrir et risquent de fermer définitivement leurs portes à cause des difficultés économiques et financières rencontrées par les propriétaires de ces établissements. Mais l’Etat assume, de son côté, une part de la responsabilité à cause de son négligence et son indifférence car le secteur des jardins d’enfants et des crèches est l’un des secteurs qui n’a pas reçu les renforts escomptés lors de la crise sanitaire liée au covid-19…C’est un secteur qui souffre en silence. Malgré ce constat, nos décideurs font toujours la sourde oreille et à nos jours, la petite enfance ne constitue pas un souci majeur pour le ministère de tutelle, ce qui pose un vrai problème pour l’actuelle et les futures générations. Et avec la continuité de cette situation, seuls 10% des établissements seront capables de résister à la crise, alors que les 90% autres sont en train de souffrir et vont disparaître dans un futur très proche. Ce secteur était délaissé par l’Etat depuis des années et cette crise sanitaire était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase», précise-t-elle.

Pour surpasser cette situation, Mme Kammoun appelle à l’exonération d’impôt sur les bénéfices pendant une période bien déterminée pour que ces établissement puissent poursuivre leurs activités, l’exonération de la charge patronale auprès de la Cnss (Caisse nationale de sécurité sociale), pour une période de 2 ou 3 ans, pour soutenir les crèches et jardins d’enfants, en cette période exceptionnelle et le report du remboursement des prêts accordés par la Banque tunisienne de solidarité (BTS) jusqu’à ce que les établissements de l’enfance se remettent sur pied.

Pas de changements en vue

En ce qui concerne le protocole sanitaire mis en place depuis quelques mois au profit des institutions de l’enfance (crèches, jardins d’enfants, garderies scolaires et centres intégrés de la jeunesse et de l’enfance), Mme Kammoun affirme qu’il n’y aura pas de changements pour la prochaine année et que ces établissements vont garder l’application des mesures annoncées auparavant (port du masque, distanciation sociale…). Mais c’est toujours la gestion de cette crise sanitaire qui inquiète les propriétaires de ces établissements, étant donné qu’avec l’apparition du variant Delta, les enfants, notamment les moins âgés, sont fortement impactés, puisque des cas symptomatiques graves semblent augmenter chez eux.

«Auparavant, les enfants étaient des porteurs sains, alors qu’aujourd’hui, avec le variant Delta, ils sont porteurs et vecteurs. Ils peuvent attraper la maladie et la transmettre. Ce qui fait que nous sommes toujours dans un cercle vicieux car sans la protection de la vaccination, les maladies risquent de se propager rapidement et d’avoir des conséquences catastrophiques. Et jusqu’à nos jours, la vaccination des enfants âgés de moins de 12 ans n’est pas à l’ordre du jour», souligne-t-elle.

Le flou demeure

Sur un autre plan, Mme Kammoun indique que depuis plusieurs années, la Tunisie a fait le choix d’ouvrir la porte à la privatisation du secteur. Les chiffres font, aujourd’hui, froid dans le dos. Il y a quelques années, on dénombre pas moins de 300 jardins d’enfants publics contre 48 structures seulement actuellement. Ainsi, avec un nombre très restreint et insuffisant de jardins d’enfants publics, la seule alternative pour pallier les besoins actuels de la famille, que l’Etat ne peut pas assumer, reste l’espace privé. Mais cette politique n’est pas sans risque, puisqu’on constate, tous les jours, des dépassements importants dans tous les établissements préscolaires.

«C’est pour toutes ces raisons et autres que le gouvernement ne doit pas laisser tomber le secteur privé des jardins d’enfants et des crèches, sous le coup de la crise économique et financière actuelle, due à la crise sanitaire provoquée par la propagation du coronavirus, sinon, c’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu car les jardins d’enfants privés jouent un rôle important dans l’entourage de l’enfant dès les premières années de son enfance. Mais malheureusement, nous sommes seuls dans ce combat et le flou demeure sur la stratégie du ministère face à cette crise», conclut-elle.

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