L’Etat tunisien, membre de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ainsi qu’aux protocoles de leur protection, a-t-il honoré ses engagements ? A cet égard, le Ftdes lance un rappel à l’ordre.

L’accident mortel du travail de Saber Adam Mohamed, réfugié soudanais de 26 ans, survenu le 12 août dans l’une des usines de plastique à Megrine, suivi du décès de son concitoyen Ibrahim Ishaq, des suites d’une crise sanitaire, ont fait remonter à la surface la souffrance des réfugiés en Tunisie et la situation inextricable dans laquelle ils se débattent souvent, sans pouvoir s’en sortir. Une souffrance à n’en plus finir. Ce qui n’est pas sans avoir suscité la dénonciation du Ftdes, Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, toujours aux prises avec la politique de désengagement dans la protection des droits des réfugiés.

L’Etat ne répond plus

Et ce n’est pas la première fois qu’il adresse ses critiques virulentes à l’Etat et aux instances onusiennes chargées des affaires des migrants et des réfugiés sous nos cieux. Le Ftdes n’a cessé, depuis la fermeture en 2013 du camp de la Choucha à l’extrême sud du pays, de suivre de près ce dossier. Il continue ainsi à intervenir, là où le bât blesse. Il agit en véritable sentinelle, faisant régulièrement le point de la situation. En son sein, un observatoire social auquel est confiée cette mission, avec à son actif une expérience de 10 ans riche en études et recommandations. Soit un suivi rapproché des conditions d’accueil, d’hébergement et de prise en charge de cette diaspora dont le nombre dépasse les 8 mille, selon les statistiques de l’Unhcr. Selon lui, l’état des lieux n’est guère satisfaisant. Et encore moins rassurant, du moment que l’Etat semble toujours aux abonnés absents. Il n’a jamais répondu à l’appel de cette catégorie, d’autant qu’il a du mal à subvenir à ses besoins pressants.   

D’ailleurs, les deux réfugiés, qui ont péri sur l’autel de la dignité et du compter-sur-soi, avaient tant milité pour avoir leur gagne-pain. Faute de protection sociale, ces deux victimes étaient, alors, contraintes d’aller chercher un boulot. Un travail décent et bien rémunéré, loin s’en faut ! Un drame de trop. Et la pandémie du Covid-19 avait pesé lourd sur le vécu des réfugiés. Une conjoncture assez délicate qui a exacerbé leurs tensions dans les régions de Sfax et de Medenine, où réfugiés et demandeurs d’asile avaient protesté contre l’insuffisance des prestations fournies à leur profit. Laissés-pour-compte, il y a un risque qu’ils soient la cible de la traite des personnes et une proie facile pour d’autres réseaux mafieux. Lâcher un réfugié est un véritable danger.

Une nécessaire révision juridique

L’Etat tunisien, membre à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ainsi qu’aux protocoles de leur protection, a-t-il honoré ses engagements ? A cet égard, le Ftdes lance un rappel à l’ordre. Et d’exhorter l’Etat à préserver les droits des réfugiés et d’assurer leur intégrité. Tout en leur favorisant une vie digne et décente. « Les inciter au compter-sur-soi pour subvenir à leurs besoins ne veut pas dire les exploiter au travail dans des conditions inhumaines », déplore-t-il dans son récent communiqué. Un appel est aussi lancé à l’Unhcr, ainsi qu’aux organisations œuvrant dans ce domaine pour assumer leur responsabilité. « Qu’une solution radicale soit trouvée aux demandeurs d’asile, auparavant évacués du camp de la Choucha pour être livrés à eux-mêmes », demande-t-il, soulignant une nécessaire révision juridique. Pour lui, une stratégie nationale globale et intégrée serait de mise. Voire une priorité. Et si le projet de loi portant sur le droit d’asile, soumis en 2012 à l’ARP, était, alors, adopté ?

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