Mesures exceptionnelles ou non, l’économie du pays reste hélas,  le parent pauvre de la grande famille politique, déchirée, comme elle l’est par les conflits. Pire, l’éternelle victime de ce bourreau qu’est la lutte pour le  pouvoir et ses conséquences néfastes sur l’ensemble du pays.

Une lutte sur fond d’idéologies autoritaristes et violentes dépourvues de toute vision économique pouvant déboucher sur des programmes sérieux capables d’assurer le progrès et, de là, le développement durable et équitable du pays.

Avec des indicateurs économiques et financiers au rouge, pour la quasi-totalité d’entre eux, le pays est au bord de la faillite et risque facilement de perdre sa souveraineté, du moins dans les faits. Une situation qui pourrait perdurer et l’empêcher de se redresser.

Les mesures exceptionnelles et unilatérales, prises le 25 juillet dernier par le Chef de l’Etat, ont, malgré toutes les bonnes intentions, qui en sont ou pourraient être à l’origine, approfondi la crise politique et plongé le pays dans le flou, et ce, à l’approche d’échéances vitales pouvant se traduire par l’opportunité d’une bouffée d’oxygène pour l’économie.

La situation du pays, que l’on pourrait qualifier d’explosive  à tous les niveaux, est le théâtre  d’événements ayant le goût d’un film policier, avec suspense, recherche des coupables, descentes musclées, déclarations à l’emporte-pièce, intrigues, bref tous les ingrédients nécessaires à ce genre de production. Méthode que bon nombre de citoyens et même d’acteurs politiques (c’est le mot) trouvent efficace pour arrêter la descente du pays aux enfers.

Ayant pris des décisions controversées, qui lui ont permis de concentrer la quasi totalité des pouvoirs, y compris celui d’interpréter la constitution, prérogative du pouvoir judiciaire, en se référant au fameux article 80 de la Constitution, le chef de l’Etat continue de cultiver le flou et l’action individuelle qui met à l’écart toute institution et se plaisant dans le rôle de justicier.    

Plus d’un mois s’est en effet écoulé et le pays est encore sans gouvernement, avec prorogation pour un délai indéterminé des mesures exceptionnelles. Ce qui est très grave surtout au regard de la situation financière et sanitaire du pays. 

Refusant toute forme  de dialogue, et la mise sur pied d’un gouvernement de salut national, le chef de l’Etat est allé un mois plus tard, donc a posteriori,  jusqu’à  considérer le Parlement comme étant un danger imminent, donc à l’éliminer sans autre forme de procès, ce qui est en contradiction avec  le fameux article 80 lui-même.

En associant le Parlement aux mesures qui pourraient être adoptées dans le but de  faire face au « danger imminent»,  le texte exclut donc, du champ logique, toute tentative pouvant créer ce dangereux amalgame. Le Parlement ne pouvant  pas être à la fois le danger et un acteur essentiel contre celui-ci. Cela ne veut pas dire que le comportement du Parlement est exempt de tout  reproche. Tout le monde sait qu’il est  devenu, à cause des dérives dont ses membres en sont  les auteurs,  un abcès surinfecté, de plus pour le pays.

Notons que l’institution représentant le pouvoir législatif pourrait se dissoudre d’elle-même si la justice décide  de rendre caducs les résultats des élections de 2019 sur la base de crimes électoraux qui seraient commis par Ennahdha et Qalb tounès, les deux partis formant la majorité au Parlement.

Entretemps, le flou perdure et avec lui le recul de l’investissement,  donc de sérieuses  perspectives pour l’amélioration du taux de croissance, donc  de l’amélioration de l’emploi. Le chef de l’Etat est donc tenu de tout clarifier, d’organiser une grande conférence de presse dans ce sens.

Il est tenu aussi de nommer, sans plus tarder, un chef de Gouvernement, ou bien un simple premier ministre puisqu’il s’est proclamé président du conseil des ministres comme c’est le cas dans un régime présidentiel. Sans cela, la situation du pays ne fera qu’empirer et il sera seul responsable du gâchis qui pourrait s’ensuivre. 

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