Par notre envoyé spécial à Marseille, Chokri BEN NESSIR


L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain. Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum, préviennent les scientifiques.
C’est pourquoi le Congrès mondial pour la nature, qui a clôturé samedi ses travaux à Marseille, fut une occasion unique de s’unir derrière la protection de la nature et son rôle dans la stabilisation de l’urgence climatique et l’arrêt de la sixième extinction de masse.


Pendant une dizaine de jours, tous les acteurs de la biodiversité, réunis en conclave à Marseille pour échanger en vue de tracer les contours de la prochaine décennie, ont discuté sans détour sur les raisons de l’échec collectif à remplir les engagements pris en matière de préservation de la biodiversité à l’horizon 2020, puisque la nouvelle liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn) montre que près de 30% des espèces existant sur terre sont désormais en voie d’extinction et que si nous n’agissons pas la Terre sera bientôt confrontée à une dégradation difficile voire impossible à éviter

Protéger la moitié des terres et des mers

Les scientifiques ont recommandé vivement de protéger au moins la moitié des terres et des mers de la Terre afin de préserver des dizaines de milliers d’espèces ainsi que pour maintenir les connaissances traditionnelles des peuples autochtones qui nous obligent également à partager la Terre à égalité avec la nature. En effet, sans des quantités suffisantes de nature sauvage, nous ne pouvons pas maintenir la température en dessous de 2°C. Les forêts, les prairies et les tourbières stockent plus de 100 parties par million (ppm) de carbone dans les plantes et les sols, carbone qui doit rester dans le sol pour résister au changement climatique et éviter ses effets catastrophiques.

Perdre ne serait-ce qu’un quart de nos zones sauvages restantes supprimerait un puits de carbone essentiel qui, sans aucun coût pour la société, nous aide à éviter les pires effets du changement climatique incontrôlable. Mais les données sont claires aussi à propos de la destruction des écosystèmes. La principale cause d’extinction des espèces est la perte d’habitat dont résulte la destruction des espaces sauvages de la Terre, la menace la plus grave pour la vie. La faune remplit des fonctions vitales pour toute la vie. Les baleines et les requins nourrissent le phytoplancton qui émet la moitié de l’oxygène de la Terre. Les rhinocéros et les chauves-souris plantent les arbres et arbustes qui stabilisent les climats régionaux et produisent un air sain. Pour protéger les alliés de la vie, nous devons leur réserver suffisamment d’espace pour vivre. La nature sauvage est leur maison.

Enjeux et recommandations
À la suite de la clôture officielle du congrès, les participants ont expliqué le rapport sur les enjeux de 2021 et les recommandations politiques se concentrent sur la transition vers une nouvelle ère à faible émission de carbone. Le Président sortant de l’Uicn, Zhang Xinsheng, a déclaré que les discussions et les résultats des recherches du congrès alimenteraient les prochains processus de gouvernance environnementale mondiale. Il a expliqué que les groupes de travail ont produit des études politiques spéciales portant sur différents aspects : des écosystèmes mondiaux, y compris le changement climatique, la biodiversité et le contrôle de la pollution ; urbanisation verte; production et consommation durables; et objectifs nationaux/gouvernance mondiale. Il a brièvement décrit les recommandations politiques de l’Uicn, soulignant un large soutien pour une transformation verte holistique et collaborative, une transition équitable et pour la création de nouvelles alternatives avant que les anciennes pratiques ne soient éliminées.

Défis et complexités
Les thèmes clés discutés au cours de la semaine ont notamment porté sur le défi et la complexité de la mise en œuvre de politiques intégrées: comment parvenir à un développement de haute qualité, comment concevoir des systèmes de technologie verte et comment appliquer une optique de genre et d’équité à l’élaboration des politiques. Il a déclaré que les experts internationaux étaient «profondément enthousiasmés» et ont exprimé leur énorme appréciation pour l’engament de plusieurs pays en matière d’environnement et de développement durable. Il est à noter que les résultats de recherche et leurs recommandations ont porté sur la gouvernance climatique mondiale, le futur cadre mondial de la biodiversité, la gouvernance des océans, l’urbanisation verte; la gouvernance sociale durable; l’innovation technologique verte, la durabilité de l’initiative «La Ceinture et la Route» (BRI), les chaînes de valeur vertes mondiales, la finance verte; et la gestion des zones fluviales. Un autre projet sur l’intégration du genre s’est penché sur des éléments qui recoupent tous les sujets, dans le but de s’assurer que le genre est pris en compte de manière exhaustive dans les recherches et les recommandations.

Réalisations scientifiques
Les participants ont salué les réalisations des équipes de recherche qui ont produit ces études politiques spéciales et mis en avant les collaborations internationales au sein des équipes et ont exprimé leur appréciation pour la diversité des sujets abordés dans le cadre du programme du congrès. Le Congrès mondial de la nature de l’Uicn, qui a réuni Etats, gouvernements, acteurs de la société civile, organisations internationales, bailleurs de fonds, entreprises et citoyens, tous mobilisés en soutien à la préservation de la biodiversité et pour inscrire la nature au sommet des priorités internationales, car planète, climat, nature, espèces et communautés humaines ont les destins intrinsèquement liés, estiment avoir jeté les premières bases du cadre stratégique mondial pour la biodiversité, construit collectivement, qui sera définitivement adopté lors de la COP15 qui se déroulera en 2022, ont été identifiées lors du Congrès mondial pour la nature qui a été clôturé samedi à Marseille. Il fallait être à la hauteur des enjeux et de l’urgence à agir pour la planète et pour l’avenir des générations futures.

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