Les Bons du Trésor émis par le gouvernement n’auraient pas trouvé preneurs auprès des banques tunisiennes, premiers «clients» à toute opération de financement public local. C’est une mauvaise nouvelle qui confirme les difficultés de l’Etat tunisien à mobiliser des capitaux sur le plan local et celui international. On rappelle que l’endettement sous toutes ses formes et tous ses produits financiers reste le premier et unique moyen de renflouer les caisses de l’Etat. Où allons-nous avec cette frayeur financière et monétaire qui pèse très lourd sur l’économie tunisienne, au potentiel intéressant mais à la réalité très pénible ? Si on n’arrive pas à mobiliser ce manque à gagner estimé, selon certains experts économiques, à plus de 18 milliards de dinars pour le budget de l’Etat ( avec bien sûr une forte proportion dédiée aux salaires du secteur public et au paiement des dettes et non aux investissements étatiques), on risque à chaque fois la cessation de paiement, mettant en péril les engagements économiques de l’Etat. Un schéma de financement qui est déjà très contraignant et assez douloureux, et des indicateurs en 2021 qui sont tout simplement au rouge.

Que peut faire le prochain gouvernement qui tarde à voir le jour ? En premier lieu éteindre le feu et traiter ce court terme très amer et si angoissant, tout en engageant de sérieuses réformes que les bailleurs de fonds internationaux, essentiellement la Banque mondiale et le FMI, exigent depuis plus de cinq ans.  Des réformes que les gouvernements successifs « ignorent » et prennent le risque de reporter. Or, chaque mois qui passe à attendre un financement de dernière minute sous forme de dettes, chaque mois qui passe où la productivité des secteurs supposés être compétitifs est presque nulle ne fait que compliquer la situation. Le tourisme, la production du phosphate, les quelques branches d’activités exportatrices ne sont pas au meilleur de leur forme économique à cause des handicaps de compétitivité que l’on connaît. Ce ne sont pas ces secteurs qui vont rééquilibrer la finance publique. Au meilleur des cas, ils vont permettre d’améliorer le stock de devises et de commencer à retrouver une allure de croissance. Le plus dur reste à faire : c’est tout un modèle à reconfigurer avec au départ une mission de sauver le budget de l’Etat et d’alléger le déficit. Tout cela passe par un gouvernement solide qui va droit au but et qui prend et applique surtout des décisions courageuses pour encourager les entreprises à créer de la richesse et à reprendre des leviers de croissance en état de veille depuis des années. Et les chantiers les plus minés demeurent ceux des entreprises publiques déficitaires, la fiscalité injuste, la récupération des fonds et biens spoliés avant le 14 janvier et le dossier des dettes. Ça urge vraiment, il faut agir très vite si l’on veut briser cette spirale désespérante.

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