Hedi Gayes, l’un des initiateurs du hashtag #sayeb_digital, qui vise à discuter de solutions potentielles pour une liberté numérique en Tunisie, et membre fondateur du groupe Facebook ‘’Tunisian Crypto Currency Community (TCCC)’’, dédié aux Tunisiens qui veulent partager leurs connaissances sur toutes les technologies liées aux cryptomonnaies, indique à La Presse que cette technologie transforme, aujourd’hui, la façon dont les affaires sont menées et crée de nouvelles propositions de valeur.

La capacité d’enregistrer des transactions dans une Blockchain publique ou privée conduit à des innovations dans la façon dont nous contractons, approvisionnons et suivons les approvisionnements et échangeons la valeur. Par ailleurs, dans un contexte où l’accès à l’industrie financière traditionnelle devient de plus en plus restrictif (population non bancarisée, rationnement des crédits, compte en devises étrangères…), les cryptomonnaies s’imposent comme voie de démocratisation de la richesse (au moins chez une partie de leurs adeptes) et pourrait stimuler l’inclusion financière en Tunisie.

Les États peuvent aussi encadrer son utilisation

« Pour les opposants aux cryptomonnaies, l’anonymat fait de cet outil un canal potentiel pour effectuer des opérations illégales (blanchiment d’argent, évasion fiscale…). En réalité, ces dérives concernent aussi les transactions effectuées en monnaies fiat (dollar, euro, dinar…). Mais ici, le risque n’est pas de même nature que celui des dépôts en banque conservés dans une mémoire centrale. Les cryptomonnaies peuvent être perdues si leur détenteur oublie ses codes d’accès au système, se fait pirater son ordinateur ou égare la clé USB sur laquelle il avait transcrit ses codes…Somme toute, les opportunités offertes par les cryptomonnaies doivent être mises en balance avec certains risques accrus qui existent sur le marché aujourd’hui, en partie parce que l’environnement réglementaire est toujours en cours de développement », explique-t-il. Par ailleurs, la décentralisation qui caractérise l’écosystème des cryptomonnaies ne signifie pas l’absence de régulation du système. En fait, on ne peut pas imaginer d’institution (monnaie, marché…) sans un minimum d’organisation contraignante.

Pour les cryptomonnaies comme pour n’importe quelle communauté, aucune interaction individuelle n’est possible sans balises qui encadrent et limitent les initiatives de chacun. Dans la communauté des cryptomonnaies, l’organisation contraignante est celle des protocoles mis en place par les initiateurs et chaque cryptomonnaie a son mode d’organisation. De plus, les États peuvent encadrer l’utilisation des cryptomonnaies. A titre d’exemple, en France, la détention et l’usage des cryptomonnaies sont légaux depuis janvier 2020 (considérées comme étant des actifs numériques). Le détenteur et utilisateur d’une cryptomonnaie doit donc s’identifier et déclarer toutes les opérations qu’il réalise, ainsi que ses gains et ses pertes. A cet égard, les autorités monétaires et les services fiscaux ont la possibilité de surveiller, notamment, la conversion en devises légales effectuée sur les plateformes de change des cryptomonnaies, pour repérer, entre autres choses, le blanchiment d’argent. Mais là aussi, il faut préciser qu’il existe d’autres défis liés à la relation, assez complexe, entre les lois et la sphère des cryptomonnaies. Ceux-ci comprenaient la comptabilisation et l’évaluation des cryptomonnaies fournies en tant qu’un actif financier incorporel, propriété intellectuelle et/ou moyen d’échange, l’opportunité de déclarer les transactions d’extraction et de validation (mining) en tant que revenus ou autres revenus, et comment mesurer la pluvalue résultant de l’achat et vente (trading) des cryptomonnaies.

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