Quelque part, du côté de Bir Bouragba, sur une colline entourée d’une dense végétation, Bahri Ben Yahmed a élu domicile. Danseur citoyen, cinéaste danseur, formateur et chorégraphe, il installe ses rencontres hors villes après avoir fait le tour de l’espace urbain.

«Hors villes», ce programme financé par le fonds Afac que l ‘Association Danseurs Citoyens organise, a eu lieu le week-end dernier. Il s’articule autour de plusieurs séances d’échange, de découverte de soi et de partage d’expériences. Pluridisciplinaire, il réunit des artistes, des compétences et des sensibilités diverses pour rêver et redéfinir ensemble un espace de création libre et affranchie.

Pour Bahri Ben Yahmed, le président de l’association danseurs citoyens, les rencontres «Hors villes» sont, pour lui, un lieu où les esprits se rencontrent, les synergies se créent et la quête de sa vocation se fait en interaction avec l’autre et avec soi.

Bahri s’est frayé un chemin qui lui ressemble, une destinée qui l’a mis sur les routes d’un voyage durant lequel il est maître de son espace et de son temps. Méditer son existence, penser son présent et construire l’avenir selon sa vision est une décision qu’il a prise après la fermeture de l’Ang’art, un espace de travail, de formation et de création en plein centre- ville de Tunis.

Son action avec l’association danseurs citoyens avec la collaboration d’Art Solution, le lendemain de la révolution du 11 janvier 2011, avait pour objectif la prise en main de l’espace public avec des performances dansées en interaction directe avec le public et furent des moments de libération. Le corps qui s’exprime, se délecte et s’enrichit de son environnement et qui se libère des sentiers battus l’a révélé sous un autre jour.

Et c’est dans un lieu à l’abri des rythmes de la ville que les rencontres « Hors villes » se sont tenues. Et les récits de vie des uns trouvent écho chez les autres.

Suivant son intuition, Bahri Ben Yahmed part construire avec les autres, « ‘‘Hors villes’’ est une phase de transition, et de transmission. Le projet est une résidence d’artistes pour s’imprégner de l’espace, des autres, des énergies avant de passer à la création » explique-t-il. « C’est une réponse d’ouverture aux espaces fermés, au temps hachuré, fragmenté et planifié, à la création conditionnée par les contraintes du temps et de l’espace qui aboutissent à des œuvres de mauvaise qualité et à des projets mal aboutis. Qui créent plus de frustration que de satisfaction». «Hors villes» c’est l’espace-temps libre et affranchi, c’est un processus de recherche de la réalité profonde de chacun qui passe par la reconnexion avec la nature et la terre. «La résidence n’est pas une structure toute faite qui commence d’abord par sortir de la vie dans l’espace public et urbain puis hors la ville pour chercher mes points de connexion avec l’autre », poursuit-il.

Pour ceux qui ont adhéré à cette vision, le monde a besoin de retrouver ses sens, ses énergies, retourner vers le bas une fois qu’il a épuisé les forces d’aller vers le haut.

Bahri est actuellement maître de l’espace-temps de lui-même, de son corps longtemps soumis à beaucoup de pression, il offre à ses acrolithes un temps pour le développement de soi et de leur projet, «il faudrait déconstruire toutes les images et aller au fond des choses, se rééquilibrer, s’inspirer de la nature, des énergies, construire le futur à partir d’aujourd’hui avec de nouvelles normes et de nouvelles perceptions. «Hors villes» est un relais, une phase de transmission pour des voies de créations plus vraies».

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