Première fiction dramatique sur le thème de la délinquance à être diffusée par la chaîne publique tunisienne, «Al Maestro»; met en avant l’efficacité de la musique et du dialogue face aux matraques et à l’autoritarisme.
Salué par le public, le feuilleton a été récompensé par des prix décernés par plusieurs médias tunisiens aux programmes de divertissements familiaux très suivis pendant le mois de Ramadan.
Durant 20 épisodes en prime time, le réalisateur Lassaâd Oueslati détaille avec réalisme et empathie les conditions sociales difficiles de certains jeunes et les violences subies dans les centres pénitentiaires.
Ces mauvais traitements qui, selon les ONG, n’ont pas cessé huit ans après la fin du régime policier de Zine El Abidine Ben Ali, restent impunis et peu débattus en Tunisie. La série montre le harcèlement, les coups et même le viol perpétrés dans deux centres de rééducation fermés pour mineurs —l’un pour filles, l’autre pour garçons— censés offrir un suivi moral et physique. Fragilisés et dévalorisés par un système «impitoyable», ces mineurs deviennent une proie facile pour la radicalisation islamiste.
Le réalisateur s’est inspiré de recherches d’ONG et d’entretiens avec des jeunes marginalisés, dont certains ont joué dans le feuilleton.
«J’ai choisi des enfants de la rue pour qu’ils parlent de leur souffrance avec leur propre langage, et pour transmettre une réalité cachée, qui reste dérangeante, choquante et provocante en Tunisie» après la révolution de 2011, a-t-il expliqué à l’AFP.
Comme le surveillant général du film français «Les Choristes», le personnage principal, le maestro Hatem, incarne une alternative. A travers son club de musique, il permet à ces mineurs marginalisés de s’exprimer sans peur.
Un autre personnage, la psychologue Roukaya, met en valeur le dialogue avec les jeunes, mais aussi leurs familles et le personnel de ces centres.
Après un rejet initial, le directeur du centre finit par reconnaître le travail du maestro. «Nous n’utilisons ni la violence ni les matraques (…) comme relaté dans ce feuilleton», a toutefois critiqué le porte-parole de la direction générale des prisons et de la rééducation, Sofiène Mezghiche, à l’AFP.
La Tunisie compte cinq centres de rééducation fermés, où sont retenus 274 mineurs âgés de 12 à 17 ans. Les jeunes issus de milieux populaires, lourdement stigmatisés, peinent à s’intégrer dans un pays où le chômage touche plus de 15% de la population, surtout s’ils sont passés par la prison.

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