Il ne viendra pas demain, ni après-demain. Chokri Gharbi, le journaliste à La Presse, qui vient à peine de partir à la retraite, mais qui a gardé la plume jusqu’au dernier soupir, tellement sa relation avec le journal était fusionnelle, a tiré sa révérence, hier.

À cette déplorable nouvelle, les journalistes de la rédaction de La Presse, ses collègues à la Snipe-La Presse, se sont fondus hier dans les gémissements et les pleurs. Ils pleurent amèrement la perte de celui en qui ils trouvaient soutien et réconfort. Ils se rendent compte que malgré sa présence continue au journal, le temps passé à ses côtés était court.

Ce chevalier de la plume est tombé dans le silence devant l’odieuse maladie qu’il combattait dans le secret pour ne pas inquiéter ses collègues et ses amis, mais surtout pour rester actif.

Et cette morne tristesse, qui se lisait sur tous les visages, n’annonce-t-elle pas assez tout ce qu’ont éprouvé les cœurs de ses collègues, déchirés, en apprenant la triste nouvelle de sa disparition.

Hier, un jour entier s’était écoulé lourdement, comme si des nuages orageux s’étendaient sur notre horizon ou comme si un sinistre météore aurait frappé une rédaction éprouvée par le malheur.

Car, Chokri Gharbi, ce n’est pas seulement l’homme généreux, répandant les bienfaits à pleines mains sur tous ceux qui en sollicitaient les grâces, que ses collègues ont à regretter,  mais c’est aussi l’homme de culture, le journaliste économique et l’homme de bien. Un homme qui resta attaché au journalisme jusqu’à la fin. Mais le Ciel en avait ordonné autrement ; le sort des armes lui fut contraire, car il avait encore à donner, à faire apprendre et à encadrer les jeunes recrues.

Ah ! Qui l’eût dit, il y a quelques jours, qui l’eût pensé, que ces pleurs qu’il nous était enfin permis de répandre en liberté en sa mémoire seront mêlés de tant de consolations et de peines ?

Tout à coup, les indestructibles souvenirs des années passées à ses côtés se raniment et se réveillent. On se rappelle de sa bonté, des bienfaits qu’il répandaient autour de lui et de ses nobles qualités morales et professionnelles, de sa haute vaillance, ainsi que de ses exploits dont le journal a été le témoin.

On se souvient aussi de sa joie vive et empressée, son aimable gaieté, ses manières franches et chevaleresques qui lui font gagner tous les cœurs. Et la bonté ! Ne l’avait-il pas puisée dans les sources mêmes de la vie, puisqu’elle semble attachée à ce sang qui coulait dans ses veines. Jovial, courtois, serviable et social, il savait créer une atmosphère conviviale, propice au travail en équipe. Il prenait la vie du bon côté et la banalisait souvent. C’était aussi un caractère distinctif qui est, en fait, un véritable apanage de la grandeur pour tous ceux qui le chérissaient et l’estimaient.

Hier, on ne trouvait pas assez de larmes, assez de paroles, pour décrire notre chagrin, notre douleur et notre perte incommensurable.

Diplômé de la Sorbonne en lettres modernes, Chokri Gharbi a travaillé, depuis 1985, dans plusieurs journaux et publications tunisiennes comme Dialogue, Réalités, Tourisme Info avant de rejoindre La Presse. Il a publié un premier roman, Le Criminel de la chambre, un polar qui a eu un grand succès, ainsi qu’un livre politique sur Les erreurs monumentales de Bourguiba. Il a reçu plusieurs prix et distinctions journalistiques.

Tout au long de sa carrière, il a su faire preuve d’une indépendance d’esprit, d’une volonté et d’une dignité exceptionnelles. Le parcours de ce grand journaliste est tellement dense et riche qu’il serait difficile d’en énumérer les faits saillants.

Avec sa disparition, une page glorieuse de mémorables hauts faits va gagner en valeur, auprès de ses amis et de ses collègues journalistes. Ils se rappelleront tous de son éducation, de sa grande culture, de son altruisme, de sa bonté, de son courage et de son patriotisme qui ne lui permettaient pas d’agir autrement que selon ce que lui commandaient ces valeurs intrinsèques qu’il véhiculait depuis sa prime jeunesse.

Avec son départ, la Tunisie a perdu une grande figure médiatique qui a quitté très tôt la vie. Certes, la vie n’aura duré pour lui qu’un instant, mais l’amour qu’on lui porte est éternel.

La Presse s’associe au deuil de sa famille, de celui de ses collègues et prie Dieu le Tout-Puissant d’accueillir le défunt dans Son infini Paradis. Adieu l’ami.

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