Un toit d’une école au Kram s’est effondré en plein cours sur des écoliers encore tétanisés par l’incident. L’ampleur prise par ce triste incident s’explique par l’adresse de l’école, la forte médiatisation déclenchée, mais cet événement ( et encore d’autres) est survenu et surviendra partout. Dans des endroits défavorisés sur lesquels les médias ne focalisent pas leurs intérêts, des drames se déroulent pour des gens pauvres qui n’ont pas accès à un enseignement digne et de qualité. Combien d’écoles  se trouvent en état de délabrement,  combien d’écoles sont encore sans enseignants, sans emplois du temps, tout en rappelant les mauvaises conditions d’hygiène et de sécurité dans lesquelles vivent nos écoliers.

Ce qui s’est passé au Kram n’est pas seulement un acte isolé de négligence de la part du directeur de l’école (premier responsable de la sûreté de son école) et de sa hiérarchie seulement, mais c’est un élément d’un processus de marginalisation de l’école publique, vrai levier de développement dans l’histoire de la Tunisie. Paradoxalement, quand la technologie a avancé, quand les moyens sont là, l’école publique a été endommagée, dévalorisée depuis les années 90. L’école publique agonise au profit des écoles privées qui mobilisent un nombre croissant d’élèves de la classe moyenne et qui attirent les meilleurs enseignants. Pour être bien formé, on va de plus en plus vers le privé, à cause du désengagement suspicieux de l’Etat de l’enseignement public. Nos écoles, démunies en grande partie des moyens minimums, dépourvues de la logistique qui garantit la qualité de l’instruction, et surtout sous l’emprise des cours particuliers et du mauvais encadrement, sont en train de subir leur sort. Pour les sauver, l’Etat doit renouer avec une certaine autorité, et le ministère devra arrêter de faire du tapage pour rien.  Le ministère ferait mieux de miser sur l’enseignement public et mettre fin à cette politique pas innocente de favoriser les écoles privées. Qu’on ne nous raconte pas des histoires, l’effondrement de l’équilibre social en Tunisie s’accompagne de l’effondrement des institutions publiques, notamment les écoles, les lycées, les facultés et les hôpitaux. Ça s’orchestre finement depuis des années, et les résultats sont là. L’école publique perd énormément en respect et en crédibilité. Loin des slogans et des politiques vagues, alléger le contenu, mobiliser des fonds pour embellir, ou même sauver les locaux de centaines d’écoles, trouver une solution à l’affectation des enseignants et contrôler mieux et plus ce qui s’enseigne dans l’école, sont des moyens de sauver cette école publique qui nous est très chère. Le privé est un complément pour le « marché » et non un substitut, comme le veulent certains. Nos écoliers sont en danger dans leurs écoles et cela ne peut plus continuer. 

Charger plus d'articles
Charger plus par Rafik EL HERGUEM
  • Détournement de l’argent public et d’un Etat

    Il est riche, puissant et intouchable. Du moins c’est ce qu’il croyait. Constituant et dép…
  • Savoir rassurer

    Quand les Américains parlent au monde, ils ne font pas dans la dentelle. Ils s’adressent a…
  • Vers un tourisme alternatif

    Longtemps coincé dans le concept d’un tourisme balnéaire classique et de masse, notre pays…
Charger plus dans Editorial

Laisser un commentaire