Par   S. E. Edward Oakden CMG, ambassadeur du Royaume-Uni et d’Irlande du Nord et S. E. Lorenzo Fanara, ambassadeur de la République italienne


En juillet et août, la Tunisie a battu tous ses records de température, avec des maximales dépassant les 50 degrés centigrades dans certaines régions du pays.  Des dizaines d’incendies de forêt ont éclaté à travers la Tunisie, et en Algérie, plus de 65 personnes ont été victimes des incendies, qui ont sévi dans de nombreux pays du bassin méditerranéen.

Par ailleurs, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a publié son 6e rapport d’évaluation, qui a révélé que l’activité humaine est en train de changer le climat de la Terre de manière sans précédent et irréversible.

Comme ces événements l’ont montré, la Tunisie est très vulnérable au changement climatique. Les températures annuelles moyennes y ont augmenté de plus de 2°C au cours des 30 dernières années et devraient encore augmenter de 2°C au cours des 30 prochaines années.  Au cours de cette même période, la fréquence et l’intensité des sécheresses connaîtront une augmentation de 30 %, tandis que l’élévation du niveau de la mer entraînera la salinisation de la moitié des aquifères tunisiens et endommagera les villes côtières.  Ces changements auront des répercussions de plus en plus importantes sur la vie et les moyens de subsistance des populations.  Par exemple, la production d’huile d’olive, un élément essentiel du secteur agricole tunisien, pourrait chuter de 60 %, tandis que les pertes pour le tourisme, l’agriculture et d’autres utilisations des terres dues à l’élévation du niveau de la mer sont estimées à 3,6 milliards de dinars.

Au milieu de toutes ces mauvaises nouvelles, il reste un peu d’espoir, car les scientifiques qui ont rédigé le rapport des Nations unies ont clairement indiqué que les conséquences les plus catastrophiques peuvent être évitées si le monde agit rapidement pour réduire les émissions de carbone.  En tant que coprésidents de la 26e conférence des parties (COP26) de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, nos deux gouvernements se sont engagés à mener l’effort pour lutter contre ce défi mondial. La COP26 se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 1er au 12 novembre. L’Italie accueillera sa conférence préparatoire, la Pré-COP, et un événement important consacré à la participation des jeunes, «Youth4Climate : driving ambition». Ces deux événements auront lieu à Milan, l’un après l’autre, du 28 septembre au 2 octobre.  Nous avons travaillé et continuerons à travailler en étroite collaboration avec nos homologues du gouvernement tunisien afin d’aider la Tunisie à s’adapter aux changements inévitables de notre climat attendus dans les prochaines décennies. Nous soutenons également la prise de mesures décisives pour limiter ces impacts en maintenant les émissions mondiales et les augmentations de température aux niveaux les plus bas possibles et pour tirer parti des opportunités économiques et sociales que présente une transition vers une économie à faible émission de carbone.

L’Italie accueillera deux événements majeurs

Pour la Tunisie, ces opportunités sont importantes et nombreuses. Si en tirer parti nécessite des investissements et quelques sacrifices économiques à court terme, les gains potentiels à long terme, à la fois en termes de capacité de la Tunisie à limiter et à s’adapter au changement climatique, mais aussi à se positionner comme un leader régional en matière de technologie à faible émission de carbone, seront substantiels. C’est particulièrement le cas sur le marché de l’énergie, où la Tunisie est actuellement un importateur net, avec près de 50% des besoins énergétiques achetés à l’étranger. Cette situation pose non seulement des problèmes de sécurité énergétique, mais elle est également extrêmement coûteuse pour la Tunisie, l’énergie représentant un tiers du déficit commercial du pays. La dépendance à l’égard des sources d’énergie étrangères peut également entraîner des coupures de courant pendant les vagues de chaleur, comme nous l’avons vu cet été. Compte tenu de l’abondance des ressources solaires de la Tunisie, de la baisse des prix des panneaux solaires et de la volatilité des prix du pétrole, l’énergie solaire représente une énorme opportunité de développement.

Au-delà de l’énergie solaire, d’énormes économies potentielles peuvent être réalisées grâce aux autres nouvelles technologies. Par exemple, on estime que l’introduction de 50 000 véhicules électriques d’ici 2025 pourrait réduire la consommation de pétrole de 4,7 millions de barils d’ici 2035, ce qui générerait 480 millions de dollars d’économies de carburant, ou l’exploitation du gaz produit par les décharges ; la plus grande du pays, à Djebel Chekir, produit près de 3 millions de dollars de gaz chaque année. La Tunisie a déjà des plans déterminés pour lutter contre la crise climatique, visant par exemple à réduire la demande d’énergie primaire de 30% en 2030 tout en portant à 30% la part de l’énergie provenant de sources renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2030. Nous attendons avec impatience que la Tunisie annonce des plans encore plus ambitieux avant la COP26, et qu’elle vise à terme la neutralité carbone. Nous estimons que c’est important. L’Italie et le Royaume-Uni font partie des 59 pays du monde qui ont déjà annoncé des objectifs de zéro émission nette. Nous avons également fait pression pour que les objectifs en matière de changement climatique progressent dans les forums multilatéraux, l’Italie assurant la présidence du G20 et le Royaume-Uni celle du G7.   

Comme nous le savons tous, avoir un plan écrit sur le papier ne signifie pas nécessairement qu’il devienne une réalité, et cela est vrai dans tous les pays du monde. Par conséquent, si nous voulons éviter les scénarios les plus catastrophiques, minimiser l’impact sur nos forêts, nos mers et notre agriculture, et protéger notre planète pour les générations futures, nous devons tous travailler ensemble pour que ces plans se concrétisent. Chacun devra jouer son rôle, des gouvernements aux citoyens et des agriculteurs de subsistance aux multinationales. En tant que présidents de la COP 26, nous soutenons la Tunisie dans ses efforts pour s’attaquer à lutter contre les changements climatiques néfastes et nous vous encourageons tous, citoyens de Tunisie, à vous joindre à cet effort extrêmement important.

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