Accord avec la Cnss en suspens jusqu’à nouvel ordre, subventions bloquées depuis des mois, dépenses multiples pour les préparatifs de la saison contre recettes quasiment nulles, autant d’indices inquiétants pour des présidents de clubs qui ne savent plus à quel saint se vouer et sont en train de jeter l’éponge les uns après les autres.


Aujourd’hui, les grands comme les petits clubs sont sur un pied d’égalité. La crise financière, à des degrés divers, les touche tous et n’épargne aucun d’eux. Au moment où la préparation de la saison bat son plein et le coup d’envoi sera donné dans 10 jours pour les clubs de la Ligue 1 et dans un peu plus de trois semaines pour la Ligue 2, ces clubs, sans pratiquement aucune exception, sont à sec et au bout du rouleau. La crise financière qui les frappe ne date pas d’hier. Cela fait des années, plus d’une décennie, qu’elle a commencé à s’annoncer avec les matches à huis clos et le peu de recettes dans les stades, la baisse du nombre des adhérents et des abonnés et l’absence de spectateurs par milliers comme auparavant. La pandémie du covid-19 a enfoncé le couteau dans la plaie et a envenimé davantage la situation et le paysage sportif, les rendant intenables, ingérables et invivables. Il fallait, pour alléger le poids de cette lourde responsabilité qui pèse sur des clubs à la dérive, des mesures d’accompagnement rapides et efficaces. L’Etat devait jouer pleinement son rôle dans le domaine du sport, comme il l’avait fait et continue à le faire pour d’autres domaines, notamment le football d’élite devenu un business et un chantier de gros investissements qui rapporte gros, qui fait profiter tous les autres secteurs économiques, et qui offre et donne des chances travail pour beaucoup. Mais au lieu d’être doublé, ce rôle, pour des raisons multiples, a été ramené au strict minimum et même parfois nettement en deçà du seuil requis. Le meilleur exemple, un exemple parmi tant d’autres, assez significatif est cette mesure phare annoncée avec tambour et trompette au siège de la Présidence du Gouvernement le 15 avril dernier. Ce jour-là, en présence du Premier ministre, le ministre actuel des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, et l’ex-ministre des Sports par intérim, Sihem Ayadi, ont signé conjointement avec le président-directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale, Imed Turki, un accord solennel et historique pour que l’Etat, dans un élan de solidarité avec des clubs en difficulté et ruinés par les séquelles de la pandémie, prenne en charge leurs dettes antérieures envers la Cnss arrêtées au 31 décembre 2020 et honore lui-même cet engagement à leur place. C’était une grande bouffée d’oxygène, une belle lueur d’espoir pour des clubs qui avaient été l’objet d’une décision couperet en 2016, les forçant à régulariser une situation complexe qui date de bien avant l’année 2011, c’est-à-dire pour des périodes de plus de deux décennies où l’Etat était resté silencieux et n’a pas réclamé cette régularisation dans un souci de donner un coup de pouce et sous forme de mesures d’accompagnement et d’aide au football professionnel en train de se structurer à l’époque et qui commençait à donner des résultats,à hisser haut le drapeau national au niveau international et à rapporter gros au budget de nos équipes nationales.  Cette mesure couperet a été accompagnée d’une mesure injuste stipulant que tout club n’y répondant pas se verra fermer devant lui toutes les vannes de financement public. C’était plus qu’un coup dur, c’était même injuste, en pleine crise de recettes, de faire porter le chapeau aux clubs, de les mettre dos au mur avec le couteau sous la gorge. C’est pourquoi l’accord du 15 avril 2021 a été historique. Il a corrigé la mesure arbitraire de 2016 et a redonné espoir et confiance aux dirigeants en place, la plupart bénévoles et dévoués, pour rester à leur place et continuer à assumer les lourdes charges qu’ils devaient assumer. Mais, malheureusement, cet accord solennel n’est pas entré jusqu’à ce jour en vigueur, ce qui a suscité de l’incompréhension, voire de la stupeur. Le montant total des dettes des clubs envers la Cnss est de 5, 5 de milliards, un montant dérisoire par rapport au budget de l’Etat qu’il aurait pu éponger d’un seul coup. Il a été échelonné sur 5 ans, soit un peu plus d’un milliard par an. Un calendrier pas très difficile à respecter et à honorer par le ministère des Finances. Or, celui-ci n’a pas tenu cet engagement et la première et la seconde tranche promises et dues à la Cnss n’ont pas été versées. Que fait la Cnss ?Elle décide tout court le retour à la case départ, opte pour la solution de facilité et prend de nouveau les clubs en otage, leur refusant les attestations de régularisation de cette dette antérieure prise en charge par l’Etat lors de l’accord du 15 avril, signé par le ministère des Affaires sociales, le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Intégration professionnelle et le P.-d.g. de la Cnss. Ce qui a eu pour effet le blocage des subventions du ministère et celles même des collectivités locales et la montée des tensions au sein des clubs, et la grogne des joueurs pour retard de paiement de leurs différentes rémunérations. Ce qui a eu pour effet aussi tout ce remue-ménage au niveau de plusieurs clubs, l’instabilité de leurs staffs dirigeants et les nombreux départs de présidents qui n’en peuvent plus de consentir sacrifice après sacrifice, d’assumer seuls les charges et les responsabilités dans l’indifférence quasi générale et dans des conditions draconiennes et impossibles. Le non-respect jusqu’à ce jour de l’accord du 15 avril par les ministères qui l’ont signé par pure conviction et en toute connaissance de cause est le plus mauvais des messages qu’on envoie à ceux qui sont encore prêts —et ils sont de plus en plus minoritaires— à prendre la tête d’un club. Avec moins de public dans les stades, les rentrées d’argent de sponsoring et de publicité qui régressent et font même des chutes importantes, tous les prémices de lendemains très durs pour notre football aussi bien d’élite que de masse se pointent à l’horizon. Pour ceux qui n’en sont pas conscients ou qui en minimisent les dégâts, le réveil sera brutal et toutes les tentatives de recoller les morceaux de la porcelaine cassée seront tardives et donc vaines. Car le football, ce n’est plus un jeu de divertissement, c’est un facteur de développement économique de premier plan et de protection sociale des plus efficaces avec l’encadrement le plus adéquat et le plus sécurisant de notre jeunesse qui a plus que jamais besoin d’être éloignée et protégée des dangers et de l’horreur du vide. Si l’Etat investit à fond dans le sport et lui consent les sacrifices financiers les plus énormes, ce n’est pas de l’argent jeté par les fenêtres et dilapidé à tort et à travers. C’est le bon sens, c’est de la bonne gouvernance et de la bonne gestion de l’intérêt général du pays et de l’intérêt national.

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