Mobilier urbain, équipements, routes… finissent par se dégrader au point de devenir un véritable danger pour les citoyens.


Son Excellence l’ambassadeur du Japon en Tunisie, Shinsuke Shimizu, a annoncé, lors de sa participation à un atelier de travail consacré à l’«Automotive / Mechanical industry Ticad Perspectives», co-organisé par la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-japonaise (Ccitj) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) que le Japon compte tripler ses investissements en Tunisie. A une condition : mettre à niveau le port de Radès !

L’ambassadeur a insisté sur l’importance que revêt la   logistique et les services que rend le port de Radès, dont le rendement n’est pas au niveau requis, selon son évaluation. Et il n’a pas tort. Combien de fois a-t-on entendu, à chaque fin de grève, que les choses allaient changer ? Aucune de ces promesses n’a été tenue. Il a exhorté, à cet effet, les autorités tunisiennes à remédier à cet état de fait pour améliorer l’aspect logistique en Tunisie. Cela se résume à une promesse d’investissement totale estimée à plus de 345 millions de dinars et à environ 6.000 postes de travail.

Effectivement, il ne peut y avoir de véritable développement  dans un pays où la logistique et la mise à niveau font défaut.

Sommes-nous les seuls à le savoir ? Pas du tout. On le sait, on en est convaincu, mais on ne fait rien pour améliorer l’état des routes, accélérer le désenclavement des zones industrielles, rénover et remettre à niveau les ports, etc.

On annonce, de temps à autre, l’arrivée et l’installation de nouveaux équipements, mais on oublie que nous pourrions disposer  des meilleures installations et équipements du monde. C’est la qualité des hommes qui auront à l’utiliser qui compte le plus. C’est la conscience professionnelle et l’attachement à un certain nombre de valeurs qui priment. C’est la volonté de travailler et d’avoir un rendement qui réponde  aux besoins d’une plaque tournante aussi importante que le port de Radès qui concentre près de 80% du trafic des conteneurs du pays. Depuis plus d’une décade, les indicateurs étaient au rouge. Les pertes annuelles, dues principalement aux grèves à répétition, justifiées ou pas, cela n’est pas là le sujet, se chiffrent  aux alentours de 1.000 millions de dinars. La réputation (?!) du port a  beaucoup perdu de sa superbe et il faudra s’atteler sérieusement à…  dépolitiser la question,  pour le mettre à niveau à tous les points de vue.

 Des routes en piteux état

La Tunisie compte, outre la voirie communale, un réseau classé d’Etat et un réseau rural.

«Le réseau classé comprend une section autoroutière de longueur de 360 km, et totalise un linéaire d’environ 19.750 km de routes, revêtues à hauteur de 12.750 km (soit près de 65% ) et équipées de près de 2.100 ouvrages d’art et organes de drainage dont : 765 ponts de portée unitaire supérieure à 10 m et 343 ponts de portée unitaire supérieure à 30 m».

D’après les derniers chiffres que nous avons sous les yeux, nous possédons 3.938 km de routes nationales, 5.117 km de routes régionales, 2.453 km de routes locales et 1.242 km de routes en cours de classification

Dés les premières gouttes de pluie, pour lesquelles on prie le Ciel, c’est la catastrophe qui s’annonce. Surtout au niveau des routes traversant les villages ou à l’intérieur des grandes villes. La qualité du travail est mise à nu et réclamations et reproches croulent sous les accusations réciproques. En fin de compte, c’est l’utilisateur, le citoyen qui en subit les conséquences. En attendant les enquêtes, les sanctions et les délais de réfection, on a le temps de changer les amortisseurs de voitures dix fois et  patauger dans la boue tout au long de l’hiver.

Et lorsque l’on décide de colmater les brèches, il faudrait s’attendre à des rechutes qui remettent en question le professionnalisme et la confiance qui devraient animer les différentes parties prenantes.

Les infrastructures

collectives mises à mal

Il est, bien entendu, impossible d’aborder la situation de tous les secteurs qui souffrent de  cette absence d’entretien et de remise à niveau. Il n’en demeure pas moins que le dernier communiqué annonçant que la Tunisie ne dispose que de trois stades homologables par la Confédération africaine de football interpelle tous ceux qui veillent sur ces installations qui ont coûté un argent fou pour la communauté.   

Comment un pays qui était jadis cité en exemple a-t-il fait pour tomber si bas ? La réponse est entre les mains de ceux qui ont reçu en gestion ces installations qui, faute d’entretien, ont fini par dépérir.

Ne parlons pas des piscines, du mobilier urbain qui dépérit à vue d’œil, des salles couvertes et des maisons de jeunes et de la culture qui ont fermé ou qui ont offert l’hospitalité aux grenouilles ou aux squatteurs.    

Elles ne font pas leur travail

En fin de compte, le commun des mortels finit par conclure que les municipalités, devenues par trop politisées, rongées par des désaccords chroniques, où ceux qui ont reçu en gestion ces installations les exploitent jusqu’à la corde, sans penser à l’entretien et à la mise à niveau pour leur permettre de continuer à jouer leur rôle, ont failli à leur mission. Délaissées, les raisons importent peu, elles finissent par se dégrader au point de devenir  un véritable danger pour les utilisateurs potentiels.

Dans ces conditions, comment «protéger» ces installations et prolonger leur «vie» ?

Etant donné que les municipalités ou les gestionnaires ne prévoient rien pour ce chapitre ou qu’ils en prévoient pour, en fin de compte, détourner l’enveloppe prévue pour d’autres emplois, il faudrait trouver le moyen d’agir pour éviter cette descente aux enfers. Faudrait-il revoir les lois et réglementations régissant ces municipalités ? N’est-il pas temps de confier certaines infrastructures au privé pour les relancer et mettre un terme au laisser-aller ? La création d’agences ou d’offices, dans chaque gouvernorat (il y a des milliers de personnes qui sont payées pour ne rien faire), chargés d’exploiter ces installations, serait-elle une solution ?

De toutes les façons, au point où nous en sommes, nous risquons de voir le nombre d’installations fermées, parce que devenues inutilisables ou dangereuses, dépasser celui que l’on se vante d’avoir réalisées.

En fin de compte, il est urgent de trouver une solution, quitte à associer et à intéresser le secteur privé tout en observant une pause en vue de tout remettre à niveau pour  relancer  bien des secteurs qui sont actuellement en grande perte de vitesse.

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