Derrière les chiffres de l’épidémie et les statistiques des pertes économiques, égrenés à longueur de journée, il y a des employés qui ont été remerciés, des entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson et des familles qui ont basculé dans la pauvreté. Le tourisme est, peut-être, le secteur  où les conséquences sociales de l’arrêt de l’activité se font le plus sentir. Heureusement, la situation commence à se décanter et 2022 pourrait être l’année de la reprise du tourisme mondial. Mais, à ce jour, la Tunisie  est classée en rouge par la plupart des marchés émetteurs européens. Selon Jabeur Ben Attouch, président de la Ftav, il est nécessaire de déployer un effort politique et diplomatique pour débloquer la situation. Pour le patron des voyagistes,  le maintien du tissu économique du secteur est aussi une condition sine qua non  pour la relance de l’activité touristique. Il apporte son éclairage. Entretien.

La crise du coronavirus a été fatale pour le tourisme et toutes les activités annexes, notamment les voyages. Ces secteurs tiennent-ils le coup face au covid-19? Peuvent-ils encore résister si l’épidémie persiste?

Depuis février 2020,  le secteur du tourisme subit les conséquences désastreuses de la propagation de l’épidémie du coronavirus à l’échelle planétaire. Tout le monde sait que le  tourisme et le voyage sont les premiers secteurs à pâtir de la crise sanitaire. Malgré les efforts des professionnels, de l’Etat et des organismes professionnels, nous n’avons pu échapper aux conséquences de la pandémie. Les répercussions sont tellement lourdes que plusieurs activités comme  le transport aérien, El Omra, etc. sont quasi à l’arrêt. Le tourisme local est la seule activité qui a fait montre de résilience face à la crise, et ce, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle mondiale. Étant donné  les restrictions de voyage et l’arrêt du transport aérien dans le monde, le tourisme domestique a pris les devants, et c’était le cas pour toutes les destinations touristiques. L’apparition de nouveaux variants était à l’origine de la morosité persistante du secteur. La flambée des cas de contamination au mois de juillet dernier et le classement de la Tunisie en rouge par les pays européens  ont infligé le coup de massue aux professionnels du tourisme. Le tableau est assez sombre, et en l’absence de mesures de soutien et de solutions  immédiates, la situation actuelle ne laisse pas entrevoir l’espoir pour les opérateurs du tourisme qui sont à bout de souffle et redoutent la faillite.

Durant les 18 mois écoulés,  tourisme et activités annexes étaient presque à l’arrêt total. Donc, les professionnels ont puisé dans leurs fonds et dans  leurs capitaux et pourtant  ils n’arrivent plus à honorer leurs engagements. Près de  47% du personnel des agences de voyages  ont été licenciés. Le problème c’est que dans le cas où l’activité touristique reprendrait  dans la période à venir, on risque de faire face à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, surtout qu’il s’agit d’une activité technique qui nécessite des compétences spécifiques et des employés suffisamment  qualifiés. Le secteur est sur le fil du rasoir. Il est vrai que, pour certains marchés émetteurs comme  la Russie et l’Europe de l’Est, l’activité a redémarré mais ce n’est pas le cas  pour les pays de l’Union européenne, l’Algérie et la Libye. A ce jour, la Tunisie est classée en  rouge par les Européens et, pour débloquer la situation, il ne faut pas ménager ses efforts politiques et diplomatiques.

Justement, l’épidémie a ralenti; mais, à ce jour, la Tunisie est classée en rouge. Peut-on espérer une reprise de l’activité touristique et un retour des touristes étrangers dans la période à venir?

Il faut le dire, la reprise de l’activité est possible, mais elle est tributaire d’une situation politique stable. C’est tout ce dont ont besoin le secteur et les opérateurs: une situation politique stable et claire. Le tourisme et le voyage sont des secteurs fragiles puisqu’ils dépendent de tout, de la situation sanitaire, de la stabilité politique… Ils sont  exposés à tous types d’aléas qui peuvent influencer directement ou indirectement leurs activités. Mais c’est un secteur prometteur pour la destination, les professionnels et l’économie nationale.  La Tunisie a de fortes chances d’être parmi les premières  destinations à redémarrer à partir du mois de mars 2022.

Par quoi faut-il commencer pour réussir la relance du tourisme?

Il faut avant tout sauvegarder le tissu économique du secteur, c’est-à-dire les entreprises, les employés, les agences de voyages, les unités hôtelières, etc. Il est, aussi, primordial de protéger la compagnie aérienne nationale. Deuxièmement, il faut travailler sur l’image de la destination. Au niveau de la communication,  on peut mettre l’accent sur l’amélioration de la situation sanitaire dans le pays  et  sur les efforts déployés dans la lutte contre la propagation du virus. Tous les professionnels du tourisme sont désormais vaccinés. Aujourd’hui, on est en train de préparer le pass vaccinal à l’image de ce qui est appliqué en Europe. Le taux de contamination est vraiment bas en comparaison avec  d’autres destinations classées en vert par les principaux marchés européens émetteurs. A mon avis, le secteur a toutes ses chances de reprendre l’activité en 2022. Mais il faut avant tout sauvegarder son tissu économique.

Plusieurs destinations touristiques à travers le monde ont tiré profit de la crise covid et de l’arrêt de l’activité touristique  pour repenser et réinventer le secteur, ce qui n’a pas été le cas en Tunisie. Est-ce une occasion ratée pour le tourisme tunisien?

Il est vrai qu’on n’a rien fait durant toute la période écoulée.  Nous étions tous — professionnels et administration — dans un état de panique et de stupeur face à la situation sanitaire. Il n’y avait pas de vision stratégique. On a travaillé pour remédier aux problèmes immédiats, mais on n’a pas préparé l’après-covid. C’est normal qu’aujourd’hui notre vision ne soit pas claire. On n’a pas sauvé les emplois et les entreprises. Il faut rappeler que le tourisme représente entre 11 et 14% du PIB. A mon avis, on a raté cette occasion, mais on est toujours prêt parce que le tourisme est un secteur sensible et très réactif. Malgré les pertes sèches encaissées, les professionnels sont engagés pour assurer le redémarrage de l’activité. Rappelons que jusqu’à maintenant, la Ftav a recensé plus de 3 milliards de dinars de pertes sèches dans le secteur du voyage  durant les 18 mois précédents. Entre paiement de leasing, loyers, crédits, paiement des salaires et autres charges, les entreprises se battent pour honorer  leurs engagements et, malheureusement, elles n’ont  trouvé aucun soutien ni de la part de l’Etat ni de la part des banquiers. Le secteur financier était à côté de la plaque et n’a pas fait son travail. Nous sommes tous responsables face à cette situation alarmante.

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