Dans les rangs des manifestants, loin des stéréotypes, il y avait de tout. Des voilées, des hommes qui portent la barbe, aux personnalités notoirement de gauche ou du centre de l’échiquier politique. « Cette mobilisation ne sera pas la dernière », promettent les manifestants. Mais dans cette atmosphère délétère, le risque d’une nouvelle forme de bipolarisation de la vie politique est bien présent.


Les opposants aux dispositions  transitoires décrétées par le Chef de l’Etat  ont procédé hier à une démonstration de force au cœur de l’avenue Habib-Bourguiba. Les manifestants ont notamment souhaité prouver au Président de la République qu’eux aussi faisaient partie du peuple et qu’il était faux de croire que «le peuple tunisien» était tout entier voué faits et cause à tout ce que le locataire de Carthage peut entreprendre.

La veille, Kaïs Saïed, dans un discours controversé, ne s’est pas privé de commenter la manifestation du lendemain. Les termes choisis par le Chef de l’Etat ont choqué certains.

Les manifestants ont d’ailleurs exprimé leur mécontentement à ce sujet, notamment à travers des pancartes affichant un refus catégorique de diviser le peuple tunisien.

Pour l’occasion, un énorme dispositif de sécurité a été installé aux abords de l’avenue pour éviter tout débordement ou infiltration d’éléments dangereux dans le rassemblement.

Pourtant, quelques échauffourées ont éclaté entre des manifestants zélés et les forces de l’ordre.

Comme toujours, pris en tenaille entre les deux, les journalistes ont difficilement pu accomplir leur travail.

« Il faut porter le gilet PRESSE pour pouvoir passer devant les forces de l’ordre et enlever le gilet pour pouvoir passer devant les manifestants », témoigne le journaliste de Shems FM, Zied Hosni. Plusieurs journalistes ont en effet été agressés au cours de cette journée de mobilisation. Cibles de projectiles de tout genre, les journalistes sont en colère.

« Des faits d’agression ont été rapportés, a révélé dès le début des manifestations le président du Syndicat national des journalistes tunisiens, Mehdi Jelassi. Pourtant, nous avions convenu avec le ministère de l’Intérieur de former quelques agents chargés de protéger les journalistes ».

Par ailleurs, dans les rangs des manifestants, loin des stéréotypes, il y avait de tout. Des voilées, des hommes qui portent la barbe, aux personnalités notoirement de gauche ou du centre de l’échiquier politique.

«L’enjeu est beaucoup plus important que ce qu’on pense, nous interpelle Lamia, 56 ans. La question dépasse  le parti  Ennahdha et son maintien ou non au pouvoir, d’ailleurs Ennahdha a fait énormément d’erreurs. Mais il s’agit là de défendre les quelques acquis de la révolution, notamment la liberté, la démocratie même avec ses travers, vaut beaucoup mieux que la dictature».

La concentration des pouvoirs aux mains d’un seul homme est une idée qui horripile ces manifestants venus parfois de loin.

Parmi les manifestations, nous avons rencontré Nadia, 30 ans, venue avec son mari. « Nous avons laissé notre fils de 6 mois chez ma mère pour venir manifester », nous affirme Moutii, son époux.

« En fait, au second tour de l’élection présidentielle, comme beaucoup de Tunisiens, j’ai voté pour le candidat Kaïs Saïed, parce que j’avais confiance, confie Nadia. Depuis, j’ai été déçu par le Chef de l’État, du coup j’ai trouvé qu’il était de mon devoir de venir affirmer mon refus des décisions prises par le Président ».

Si elle ne conteste pas la légitimité du Président de la République que certains appellent à la démission, Lamia fait partie de ceux qui estiment que tout gouvernement issu du processus post-25 juillet est illégitime.

« Cette mobilisation ne sera pas la dernière », promettent les manifestants. Mais dans cette atmosphère délétère, le risque d’une nouvelle forme de bipolarisation de la vie politique est bien présent.


Photo : Abdelfatteh BELAÏD

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