Elle est rarement là où on l’attend. Artiste graphique, dessinatrice, photographe, vidéaste, elle mêle joyeusement les techniques avec un talent toujours renouvelé, et une justesse qui touche inévitablement son but.

Dans son atelier perché sur une terrasse réaménagée, elle est heureuse, déployant sa créativité, multipliant les expériences, trouvant enfin la place pour accrocher en un patchwork récapitulatif ses différentes périodes. On y retrouve les multiples expériences qu’elle a menées, mais aussi les prémices des prochaines.

Car Mouna Jmal prépare une nouvelle exposition, exposition personnelle, ce à quoi elle n’a pas sacrifié depuis 2014 où elle exposait sur le thème de « Non à la division ! ».

Depuis, bien sûr, Mouna Jmal n’a jamais quitté son public, présente dans des expositions de groupe, des biennales, des salons.

Mais se retrouver seule face à lui est un souhait qui la travaillait depuis 2018. Il fallait juste qu’elle se pose et qu’elle s’y mette. Faut-il le dire ? Le covid l’a aidée à le faire.

L’exposition aura pour thème « Khoudha », ce qui, en langage parlé, signifie «  chaos ou pagaille ». Mais qui, en arabe littéraire, signifie « la perle ».

Elle s’est d’abord remise au dessin, sa passion première, a entrepris de faire les portraits des chanteuses du début du XIIe siècle, inspirée par l’influence culturelle qu’avaient eu ces femmes sur le public, elle, dont les parents portaient les prénoms de ces pionnières. Une chose entraînant l’autre, et un fil en tirant plusieurs, elle se souvint que c’était Rachid Bey qui avait créé la Rachidia, première institution de musique tunisienne. Voici donc Mouna partie dans une série de portraits de beys qu’elle travaille en pixels ou  passe au filtre d’or.

Cela pour le côté beau et  précieux de cette perle que représente Tunis, telle qu’elle la voit et voudrait qu’elle le soit cette artiste amoureuse de sa ville.

Mais Mouna Jmal, qui est la mère de trois enfants, passe beaucoup de temps en voiture. Et a donc l’occasion d’être confrontée à la Khoudha — chaos de sa cité. Des poubelles renversées, un parking anarchique, un café envahissant la chaussée, mille et une nuisances quotidiennes que nous vivons tous, jour après jour, et qui interpellent son objectif. Elle joue avec ces photos, les dédramatisant par une inclusion de couleurs, un focus lumineux, une guirlande de points, une ligne médiane. La « Khoudha » en devient presque poétique sous le regard de Mouna.

Pour présenter cette exposition, Mouna Jmal a choisi un endroit insolite que l’on a peu l’habitude de fréquenter et que l’on aura plaisir à découvrir ou redécouvrir : la villa de la volière, sur le site archéologique de Carthage.

Et puisque nous serons à Carthage, l’artiste y présentera des travaux en pixels de mosaïques romaines : « Le pixel est pour moi ce qu’étaient les tesselles pour les mosaïstes de l’Antiquité ».

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