Les îles de Kerkennah connaissent ces derniers jours une véritable marche arrière à tous les niveaux dans un décor chaotique : infrastructure délabrée, mauvais agencement des routes, littoral menacé, détérioration des écoles et bien plus encore…


Rien ne va plus. S’agissant du volet infrastructurel, le grand chantier du pont Aouled Yaneg traverse une période de complications et de grands obstacles dans son élaboration. Dans ce contexte, nous avons contacté M. Rejeb Araoud, directeur général à la direction régionale de Sfax, qui nous a  appelé que cet ouvrage est un édifice devenu vétuste avec le temps et  nécessite une profonde rénovation. Par ailleurs, le ministère de l’Equipement a opté pour un nouvel ouvrage d’art qui répond aux mesures de modernisation des routes. Ce projet a été initié pour apporter quelques améliorations techniques et sécuritaires et répondre à une demande fort insistante des autorités locales. Il cite, à titre d’exemple, la nécessité d’ajouter une passerelle indépendante réservée aux réseaux concessionnaires pour que « nous puissions intervenir là-dessus sans danger et sans arrêter le flux de la circulation sur l’ouvrage », réitère M. Araoud.  Pendant la phase de chantier, plusieurs contraintes ont été à l’origine du retard des  travaux de construction de l’ouvrage à  Aouled Yaneg à Kerkennah dont nous mentionnons essentiellement :

En premier lieu, le transport vers les îles de Kerkennah, du personnel et des matériaux par le loud (embarcation) qui reste l’unique moyen pour approvisionner le chantier en matériaux et le faire fonctionner convenablement.

Ajoutons à cela la pandémie du covid-19  qui a affecté  le déroulement et l’avancement normal du projet et, par conséquent, la difficulté de reprise des travaux.

De plus, l’élaboration d’un avenant afin d’améliorer les composants du projet et surtout la sécurité routière par l’aménagement de carrefours, la construction de murettes de soutènement et d’ouvrages annexes tarde à se concrétiser. En outre, l’intervention des concessionnaires et l’interruption de la plateforme du projet pour réaliser les travaux de branchement ou de déviation des réseaux (Sonede- Steg- Télécom…) ont compliqué la donne.

Sortie de crise…

M. Araoud développe les solutions proposées par sa partie : « Pour achever ce projet dans les meilleurs délais et accorder à l’entreprise un privilège avec les services de transport Sonatrak de Kerkennah et faciliter le transport du matériel (centrale d’enrobé et engins…) et des matériaux, j’ai un certain nombre d’idées à soumettre. Ainsi, chaque projet présente sa vérité, en cours d’exécution mais on doit faire face fréquemment à ce genre de situations pour les projets d’ouvrages d’art surtout lorsque les travaux surplombent des oueds ou la mer. Les contraintes climatiques s’ajoutent aux contraintes habituelles. L’administration est en train de chercher la meilleure formule avec l’entreprise chargée de l’exécution du projet pour achever les travaux dans les meilleurs délais ».

L’avis des ingénieurs est saisissant. On ne compte plus les désagréments à plusieurs endroits du site de construction que ce soit au niveau des canalisations détériorées et des fuites au niveau du pont, qui soulèvent le  problème de l’étanchéité. Plus encore. Les blocs de pierres empêchent l’avancement rapide des travaux et accélèrent l’érosion du littoral. Ils sont sources de danger à cause de leur proximité avec l’édifice et peuvent s’écraser avec le temps et endommager l’ouvrage. Les canalisations sont fissurées et les tuyaux sont détériorés. Le matériel n’est pas conforme à la norme. En raison de tous ces facteurs, les travaux de construction du pont, qui ont démarré depuis cinq ans, ont enregistré beaucoup de retard et de perturbations.

Ce projet de grande envergure, qui est dans sa phase de finalisation, n’arrive pas à se concrétiser. Ainsi, un des rares ponts dans les îles Kerkennah tarde à voir le jour. Il y a anguille sous roche  car cette situation masque de véritables problèmes d’ordre administratif et juridique avec les retards de paiements notamment. Ahmed Taktak, simple pêcheur aux îles de Kerkennah et citoyen volontaire qui milite sur sa page facebook, révèle : « Les travaux de construction sont bloqués et totalement à l’arrêt, il n’y a pas de contrôle rigoureux ni de suivi ». Il met en cause la responsabilité de l’Etat dans cette situation chaotique qui désavantage les travailleurs locaux au détriment des intérêts de la direction.

Il poursuit : « L’Etat agit à tort et à travers sans une orientation claire ». Ce pêcheur, qui dit n’être ni expert ni architecte, fait part de sa désolation et reconnaît la très mauvaise gestion de ce projet. Il insiste sur la nécessité de l’engagement sérieux de l’Etat. Les autochtones sont ravis et pleins d’enthousiasme de bénéficier d’un pont qui va améliorer l’infrastructure routière. Par la suite, il évoque les problèmes de navigation des bateaux qui transitent sous le pont, mais l’Etat fait la sourde oreille. Il demande la résolution immédiate des conflits qui opposent les habitants de l’île au gouvernement. Il en appelle au ministère de l’Equipement pour trouver une issue favorable à cette gestion de blocage. Vivement au retour de l’ordre dans l’île et à la reprise des travaux !

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