Quand Nagguez, sociétaire du Zamalek, avait initié une rupture unilatérale de contrat pour salaires impayés, Patrice Carteron venait de quitter le Raja de Casablanca pour déposer ses valises au Caire. Par la suite, Hamdi Nagguez avait mis le cap sur le Parc B avant que Carteron ne le relance. Toute cette agitation est-elle conforme, autorisée, institutionnelle pour ne pas dire immorale et inconvenante ?

L’aveu est presque passé sous silence, mais il n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Hamdi Nagguez, dernière recrue de Ahli Djeddah, a récemment laissé entendre à un journaliste de la place qu’il avait été contacté par Patrice Carteron, coach du Zamalek alors qu’il était encore sous contrat avec l’EST. L’on comprend donc pourquoi le joueur avait contre toute attente fait part de ses velléités de départ, soit sa volonté de rompre son mandat avec l’Espérance. Sauf qu’à terme maintenant, le latéral volant tunisien n’a pas pris en compte certains éléments exogènes, comme l’interdiction de recruter qui frappait son club employeur cairote, une sanction décrétée par la Fifa et confirmée par le TAS qui a rejeté l’appel du Zamalek. L’on en vient donc à une question essentielle en l’état : Nagguez, valeur refuge du football tunisien, s’est-il précipité ? A-t-il été  induit en erreur par Carteron à l’époque ? Un fait est certain. Quand Nagguez, sociétaire du Zamalek, avait initié une rupture unilatérale de contrat pour salaires impayés, Carteron venait de quitter le Raja de Casablanca pour déposer ses valises au Caire. Par la suite, Hamdi Nagguez avait mis le cap sur le Parc B avant que Carteron ne le relance. Toute cette agitation est-elle conforme, autorisée, institutionnelle pour ne pas dire immorale et inconvenante? En théorie pourtant,  il est formellement interdit pour un club de contacter directement un joueur sous contrat avec une autre écurie, même s’il est de nos jours très courant, mais en catimini, qu’un agent sonde son poulain sur un éventuel départ et sur un intérêt pour le projet. Il fallait donc  faire les choses dans les règles de l’art et surtout tracer des lignes rouges. Carteron en tant que coach du Zamalek ne devait que contacter un joueur libre de droit ou autorisé par sa hiérarchie à dénicher un point de chute. En football, il y a décidément tant de facteurs qui entourent le mystère d’un transfert, au-delà des chiffres annoncés, des négociations et de la rédaction des contrats. Le cas du transfert de Nagguez nous interpelle en ce sens. L’aspect juridique, les pratiques, l’arrivée, le départ, le prêt et la fin de contrat, tout cela s’entremêle dans un ballet endiablé qui nous tient en haleine jusqu’à ce que le rideau baisse à terme, sans manquer de nous rajouter une pincée de piment dans un début de saison si particulier marqué par le passage de la pandémie.  La danse du ventre a donc pris fin récemment pour Nagguez, non sans avoir manqué de nous offrir quelques traditionnels rebondissements, comme son passage à Ahli Djeddah, sorte de «panic-buy» de fin de mercato. Au milieu de cette danse, ce tour de hanche, forcément, l’on ne peut voir de visu le travail de ces hommes de l’ombre qui ont œuvré en coulisses pour finaliser des opérations comme celle-ci, une entreprise d’une certaine complexité juridique, parfois dans l’urgence des brûlantes dernières heures d’un mercato dont Carteron fut l’obscur promoteur au tout début.

Plus que jamais le football est cosmopolite

A l’origine, qu’il semble loin le principe de respect des règles spécifiques édictées. Là ou un contrat n’existerait en amont que par la rencontre des volontés des quo-contractants. Autrement dit, il fallait que le Zamalek  contacte l’Espérance Sportive de Tunis avant de prendre attache avec le joueur via le coach français, Patrice Carteron. C’est ce que l’on appelle tenir un accord préalable et réciproque pour parvenir à faire signer un footballeur.  En clair, et c’est de notoriété publique et connu de tous, afin de débuter une opération de transfert, le club acheteur doit en premier lieu contacter le club vendeur afin de s’informer de la disponibilité du joueur puis de s’accorder par la suite sur les détails financiers. Quitte à nous répéter, il était donc interdit pour Carteron de contacter directement Nagguez car ce dernier n’était pas libre de droit. Et même si certains nuancent la rigidité de cette règle, nul n’est censé ignorer la loi, ou l’usage et la tradition, même si le football est un petit milieu avec des gens qui se croisent et qui se parlent souvent. Cependant aussi, Nagguez n’est pas non plus exempt de tous reproches. Il faut comprendre par là qu’un club ne lance pas une attaque frontale sur un joueur sans être sûr que l’intérêt est réciproque… Au final, même si c’est l’EST qui a accordé à Nagguez son bon de sortie, l’intervention en amont de Carteron a fait que l’on a zappé certaines des phases essentielles et inhérentes à la conclusion du transfert. Le Zamalek a racheté les droits sportifs du joueur, mettant quelque peu l’EST devant le fait accompli, adaptant leur comportement, en prenant surtout le joueur par les sentiments. Et en l’état, le calcul de l’indemnité de transfert devenait secondaire. Pourquoi? Parce qu’en fin de compte, l’EST voulait juste se débarrasser d’une charge imprévisible qu’il fallait absorber au plus vite, même si le préjudice économique subi n’est pas totalement compensé. «Pour les honnêtes gens, parole vaut contrat», disait un vieil adage. La réalité juridique est tout autre, et le contrat de travail d’un footballeur, par sa complexité, ne déroge pas à la règle. C’est comme ça et n’en déplaise à certains. A l’EST, on serait certes prêt à proposer un CDI pour les plus méritants, ainsi qu’à ceux dont la droiture et la fidélité sont exemplaires. Mais le football n’est décidément pas une science exacte. Il faut toujours composer avec une cohorte d’intervenants qui ont la confiance du joueur et de sa famille surtout.  Et à coups de commissions, ça tranche dans le vif, même si les instances tentent de tenir, bon gré, mal gré, ce rôle de garde-fou, sans qui, l’anarchie, la confusion et le désordre seraient d’actualité. Aujourd’hui, plus que jamais ou en toutes autres circonstances, le football est cosmopolite. Les plus anciens parmi les puristes se souviennent sûrement avec mélancolie de l’époque où les grosses écuries tunisiennes alignaient des onze quasi-exclusivement locaux, des purs produits issus des juniors après avoir fait leur classe en cadets et même en  minimes. C’est une époque révolue, à l’instar de celle du Club Africain de Lassaâd Lahnini, Mohamed Hamrouni, Faouzi Rouissi, Houssem Hadj Ali, Sabri Bouhali, Mehrez Ben Ali et Adel Sellimi. Une équipe qui glanait des titres à la pelle sans rien coûter en termes d’indemnités de transfert au club de Bab Jedid. Par la suite, les pionniers du foot-business sont  venus bouleverser les règles du jeu, et plus rien ne sera comme auparavant. Maintenant, l’intitulé est «qui veut claquer des millions sans avoir la garantie de gagner des millions».

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