Par Yousser Hamza | Consultante en agro-industrie |

L’information pour une consommation saine et responsable est devenue l’une des pierres angulaires de la communication sur les produits alimentaires dans le monde. Entre les applications smartphone qui notent la qualité nutritionnelle par un simple scan des aliments, les émissions télé qui font des investigations sur les méfaits/bienfaits des produits industriels et une réglementation de plus en plus contraignante, les initiatives sont multiples pour mieux informer les consommateurs.

Et qu’en est-il de la situation en Tunisie ?

Côté réglementaire, c’est le statu quo depuis 2008, date de la publication d’un arrêté sur l’étiquetage des aliments pré-emballés. Ce texte avait pour objectif d’améliorer l’étiquetage et, donc, l’information du consommateur ; des acquis certes, notamment pour les allégations nutritionnelles devenues mieux cadrées, mais bien insuffisants par rapport aux besoins de la société moderne. Une société tunisienne, dont 50% de la population adulte est touchée par le surpoids et l’obésité, ce qui la classerait au 4e rang mondial. Et une malbouffe de plus en plus présente particulièrement auprès des plus jeunes, entre le fast-food du coin et des aliments de plus en plus transformés, riches en sucre, en graisse végétale saturée ou d’additifs chimiques souvent controversés.

En réalité, l’étiquetage des denrées emballées, même s’il est supposé être conforme à la réglementation, ne répond qu’en partie aux besoins actuels des consommateurs. Un sondage réalisé sur un des réseaux sociaux de la place a révélé que 63% des personnes (plus de 250 réponses) trouvent les informations sur l’étiquette illisibles ou floues. 70% de ces personnes s’informent en priorité sur la durée de péremption du produit alimentaire, alors que plus de la moitié s’enquiert sur la composition et les ingrédients composant l’aliment, ainsi que la présence d’additifs.

Il faut dire, par ailleurs, que peu de choses sont faites pour remédier à cette situation.

Une société civile quasi-absente sur cette thématique, alors que des associations des consommateurs, telles que « 60 millions de consommateurs » jouent un rôle de garde-fou auprès des industriels de l’agro-alimentaire outre-mer. Des initiatives locales existent certes, comme le guide pour une consommation responsable élaboré par l’association Labess ou des analyses comparatives faites par l’INC sur des aliments, comme le miel, mais elles sont à renforcer.

Aucune politique en matière de santé et de nutrition n’existe dans le pays ; par conséquent, rien n’est fait en matière d’éducation et de sensibilisation pour une consommation plus saine, et nous assistons à une sorte de léthargie.

Il est vrai que la préoccupation majeure porte aujourd’hui sur le pouvoir d’achat du Tunisien ; l’ODC en fait, d’ailleurs, son principal cheval de bataille. Mais est-ce que cela justifie la détérioration de la qualité de notre alimentation ? Est-ce que nos aïeux mangeaient aussi mal avec des moyens plus limités ?

Nous pouvons trouver quelques éléments de réponse dans des pays, comme le Chili ou l’Urugay qui, malgré des ressources limitées, ont mis en place des politiques publiques pour lutter contre l’obésité. En 2016, le Chili, où 74% de la population adulte est en surpoids ou obèse, a voté une nouvelle législation qui vise à faciliter la compréhension des contenus nutritionnels des produits transformés et favoriser l’éducation nutritionnelle des plus jeunes. Tout est donc une question de volonté !

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