Pendant ces vingt ans de recherche sur les Siciliens de Tunisie, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont raconté leurs expériences, leurs anecdotes, leurs joies mais aussi leurs douleurs…

Parfois, il n’était pas évident d’être un Sicilien dans la Tunisie coloniale. Les classes moins aisées souffraient aussi de racisme, d’incompréhension, d’exclusion, loin de leur pays. J’ai donc essayé de me mettre un peu dans la peau du migrant, de comprendre ses états d’âme, les raisons de sa «fuite».

C’est aussi vrai que dans sa définition minimale, «migrer» consiste à quitter sa société initiale pour s’établir dans une société dite «d’accueil», où il s’enclenche un autre processus. Dans une rupture, le migrant «s’arrache» à sa société d’origine, pour ensuite « s’intégrer» dans celle où il immigre. Une pléthore de trajectoires se prospectent alors au migrant : volontaire ou forcée, spontané ou organisée, individuelle ou massive… en vue d’atteindre «l’Eldorado», la Terre promise qui se révèle souvent une déception.

Mais malgré les embûches, les déceptions, les malheurs, qui parsèment tout le parcours migratoire, celles-ci n’ont pas empêché la continuité de l’histoire de la migration du Nord vers le Sud ou du Sud vers le Nord.

Nul ne peut arrêter le phénomène migratoire. Les gouvernants de ce monde se font souvent des illusions, ils pensent qu’avec des aides financières ou matérielles versées aux pays les plus touchés par l’émigration, ce phénomène peut se réduire, voire disparaître.

L’émigration s’arrêtera seulement si le migrant décide de ne plus émigrer et même si la police de frontière de son gouvernement lui interdira de prendre le large, il bravera les interdits. Il faudra créer une bonne situation économique et sociale dans le pays de départ, pour donner une certaine dignité aux hommes et aux femmes migrants, sans oublier que tout être humain a droit à la mobilité, qu’il soit riche ou pauvre, noir ou blanc…

D’ailleurs, toutes les études sur l’émigration nous ramènent à une question fondamentale : pourquoi partent-ils ? Pourquoi une personne décide-t-elle de quitter son pays natal ? Quels sont les événements, les instants et les raisons, qui incitent les migrants à conclure qu’il ne leur reste plus aucune alternative ? Quel est le point de non-retour où l’esprit commence le parcours migratoire en silence ? Le migrant ne verra plus que deux alternatives : bouger ou succomber.

Bien comprendre ces questionnements revient à mieux comprendre l’ossature du phénomène migratoire, cela doit se lire et se comprendre tout d’abord dans son pays d’origine pour arriver à mieux le comprendre dans le pays d’arrivée.

L’aspect identitaire aussi doit être tenu en considération. Souvent, on assiste à un dédoublement de l’identité du migrant, voire l’anéantissement de sa propre identité. Le migrant passera des années, voire toute sa vie dans le pays d’accueil sans jamais être considéré comme un autochtone, vice versa quand il rentrera dans son pays natal, il n’appartiendra plus à sa communauté d’origine. Un étranger chez les autres, un étranger parmi les siens.

Ce n’est pas du tout évident de comprendre le processus d’adaptation des migrants de première génération qui restent étroitement liés avec les raisons du départ.

Parfois, on a tendance à tout mélanger, à juger et souvent à se moquer des désespérés sans vraiment connaître leur histoire.

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