La Moucharaka est une solution préconisée par la finance islamique, mais pas trop appliquée, ni conseillée aux clients. Plus de détails avec Karim Amous, expert-comptable et fondateur du groupe multinational «Smarteco».

Certes, la crise sanitaire covid-19 n’est pas passée sans laisser des séquelles sur l’économie tunisienne représentée essentiellement de petites et moyennes entreprises et petites et moyennes industries. La preuve, huit des quinze plus grandes entreprises tunisiennes ayant réalisé les meilleures performances financières en 2020 sont des banques conventionnelles.

Dans ce contexte, Karim Amous, expert-comptable et fondateur du groupe multinational «Smarteco», a mentionné qu’en auscultant l’origine de ces bénéfices, nous trouverons «les pénalités de retard, les frais de découverts bancaires, les intérêts débiteurs surtaxés, les frais de retour de chèques impayés… et d’autres frais et agios que nous ne cessons de découvrir chaque jour grâce à l’imagination de nos chers banquiers». En effet, les banquiers se soucient de la rentabilité de leurs firmes, mais ne sachant pas que le bateau coulera un jour, en les entraînant avec les autres opérateurs économiques. Revenons un peu à la cause ultime de cette crise, qui n’a pas impacté de la même façon les économies plus ouvertes. Ces économies encouragent les entrepreneurs et les poussent à se développer

Amous a expliqué : «Les banquiers tunisiens vous donnent le moyen d’acheter un véhicule, mais pas pour acheter le carburant permettant à ce véhicule d’avancer. Comment voulez-vous que la machine économique puisse avancer si on n’y injecte pas du fonds de roulement ?».

Pour prêter l’argent afin d’acheter le véhicule, les banquiers vous exigent de mettre cet achat en garantie du paiement des mensualités et aussi d’autres garanties et hypothèques avec la caution solidaire, inconditionnelle et illimitée du client… «Ce n’est pas normal ! Tout cela c’est pour financer un élément tangible ou un outil de production. Que dire du financement du fonds de roulement», a-t-il précisé.

Selon lui, «l’unique façon pour combler le besoin en fonds de roulement, c’est de l’intégrer dans un projet complet et encore, il ne doit pas dépasser 15% du total investissement. C’est la règle ? Sur quoi la banque s’est basée ? Dans quel objectif ? Un même taux pour tous secteurs confondus ? Même les banquiers et les analystes financiers ne peuvent pas vous répondre et vous convaincre…».

Les PME souffrent de manque de liquidité et d’assistance

Il est important d’ajouter que la Tunisie est composée d’environ 785.000 entreprises enregistrées au Registre national des entreprises. Selon la dernière étude menée par l’Institut national de la statistique (INS), 37,2% des entreprises tunisiennes actives ont déclaré être confrontées au risque d’une fermeture définitive, dans les conditions actuelles. Elle révèle également que la crise sanitaire a fortement perturbé les activités des entreprises malgré une légère amélioration post-déconfinement, soulignant que 82,3% des entreprises ont déclaré avoir subi une baisse de leur chiffre d’affaires pendant la crise. Parmi celles qui ont travaillé, 87,4% ont enregistré une baisse de leur cash-flow, 79,8% ont enregistré un repli de la demande adressée, 59,9% ont déclaré rencontrer des difficultés d’accès aux services financiers, 52% ont signalé des difficultés d’approvisionnement en matières premières, et 45,6% sont confrontées à une baisse des heures travaillées, a ajouté Karim Amous. Face à cette situation, la majorité des entreprises réclament plus de mesures de soutien pour faire face à la crise, revendiquant surtout des exonérations et des réductions d’impôt (42,7%), des injections directes de liquidité (37,6%), et le report de paiement d’impôts (27,9%). Il est à noter que 14% des entreprises tunisiennes déclarent avoir reçu un soutien gouvernemental contre 28% en Italie, 24% en Jordanie, 22% au Maroc, 33% en Roumanie et 36% en Turquie. L’enquête ajoute que les entreprises réclament plus de mesures de soutien pour faire face à la crise. Ces trois mesures dont les entreprises déclarent avoir le plus besoin sont : les exonérations et réductions d’impôt (42,7%), les injections directes de liquidité (37,6%) et les reports d’impôts (27,9%).

L’argent est la racine des problèmes…

L’argent est la racine des problèmes dans notre tissu économique, dont 37,6% ou environ 300.000 entreprises formelles ont besoin de fonds pour se redresser. Certaines peuvent garantir leurs prêts, d’autres pas. Certaines peuvent fonder leurs demandes via des marchés conclus, d’autres n’y parviennent pas. Avec un produit intérieur brut de 42,28 milliards de dollars, la Tunisie se positionne comme la 14e richesse de l’Afrique. Avec 59,9% de sociétés incapables d’accéder au financement des banques, nous nous trouvons alors devant un marché de financement de 9,52 milliards de dollars, non finançables par les structures financières existantes actuellement en Tunisie. Des structures conventionnelles, désuètes et trop protectrices, selon Amous.

«Même les structures financières islamiques actuelles ne sont pas capables de répondre à ce besoin via les quelques mécanismes conventionnels qu’elles offrent. Elles voient que c’est trop risqué et trop cher pour leur suivi, donc elles voudraient optimiser leurs ressources financières pour investir dans du solide… c’est à notre avis une stratégie trop prudente qui ne va pas permettre la pérennité des investissements», a déclaré M. Amous.

La Moucharaka est une une solution préconisée par la finance islamique, mais pas trop appliquée ni conseillée aux clients qui ont besoin de fonds de roulement. La Moucharaka est un contrat d’association entre deux parties ou plus dans le capital d’une entreprise, un projet ou dans une opération. Les profits réalisés sont répartis selon une clé de répartition prédéterminée. Dans l’éventualité d’une perte, celle-ci est supportée par les parties au prorata du capital investi. C’est un contrat qui se base sur la confiance qui est faite au client, donc celui qui possède déjà des biens qu’il pourrait offrir en garanties et des sources d’entrée d’argent pouvant combler les premières pertes enregistrées par le projet cofinancé. Donc, ce n’est pas possible de financer des startupers ou des affairistes qui font des opérations spots.

Du théorique au pratique

«Smarteco» va offrir très prochainement, via son fond «Smartinvest», une nouvelle plateforme informatique appelée «Tijarati» pour joindre les porteurs d’affaires à des bailleurs de fonds institutionnels ou personnels, dans le cadre de contrats Moucharaka en ligne, permettant de financer sous 48 heures les demandes soumises via Internet par des membres inscrits sur cette application. Des montants variant entre 30.000 et 300.000 dinars seront financés sur une période variant entre 3 et 12 mois, via cette application après validation de toutes les données et les documents de façon mécanique, réduisant ainsi les temps nécessaires pour le traitement de dossiers et qui pourraient faire perdre l’opportunité au client, qui cherche la rapidité et le flexibilité de son bailleur de fonds. Avec un fonds global prévu de 600 millions de dinars, cette application ne pourra répondre qu’à seulement 2% de la demande globale du marché tunisien. Un marché très porteur et qui pourra ramener un retour sur investissement de l’ordre de 30% annuellement, a conclu M.Amous.

Et pour finir, un appel sera lancé à toutes les structures éthiques, islamiques et conventionnelles pour se lancer dans cette offre qui va sauver la mise et sauvegarder les sociétés tunisiennes en souffrance de fonds de roulement, et surtout maintenir les emplois et produire de la valeur ajoutée… Une solution pour résorber les dettes accumulées depuis une décennie et qui va alourdir les ardoises débitrices des générations à venir.

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