Le phénomène de la migration clandestine prend, jour après jour, une nouvelle ampleur qui intrigue les autorités mais aussi les sociologues. Malheureusement, selon les rapports de la Garde maritime, le phénomène touche désormais des familles entières qui ont encouru le risque de traverser la mer pour un avenir qu’elles considèrent meilleur.

Mêmes images, mêmes causes et mêmes drames. La migration clandestine frappe encore laissant des familles entières endeuillées. Si le fléau remonte à plusieurs décennies, aucun gouvernement ni pouvoir n’a pu éradiquer définitivement les tentatives de franchissement illicite des frontières maritimes. Encore faut-il le rappeler, la réponse sécuritaire à ce phénomène, à elle seule, ne serait pas en mesure de le traiter définitivement, d’autant plus qu’il acquiert, jour après jour, un enjeu géopolitique et même diplomatique.

L’incident survenu dimanche dernier au niveau des côtes de Mahdia nous rappelle certainement ce triste constat. Le pays reste incapable de faire face à ce fléau tant que des jeunes à la fleur de l’âge se hasardent à traverser la Méditerranée, transformée en tombeau des migrants.

Les unités de la garde maritime ont secouru, dimanche, sept migrants clandestins et repêché deux cadavres à Mahdia, après le naufrage d’une embarcation transportant 30 personnes à bord. « Le bateau de pêche était parti de la plage Baghdadi, à Mahdia, pour une traversée irrégulière avant de couler à cause probablement de la surcharge », explique une source de la garde maritime.

Les recherches de survivants ou d’autres corps se poursuivent toujours au large de la Chebba où a coulé le bateau, alors que les nationalités des migrants sont toujours inconnues. On précise, tout de même, que des Tunisiens se trouvaient à bord.

En tout cas, le ministère public près les tribunaux de Monastir et Mahdia a ouvert une enquête, pour revenir sur les dessous de ce drame et notamment identifier le réseau criminel responsable. Selon les dernières informations, six personnes ont été arrêtées sur fond de ce drame.

Le même jour, le syndicat de base des unités relevant de la zone maritime à Monastir a annoncé la mise en échec de cinq tentatives de migration irrégulière vers l’Italie. Fait qui laisse penser à un réseau qui a voulu profiter de ces jours de congés pour tenter de faire passer des dizaines de jeunes désespérés des côtes de Mahdia et Monastir vers le continent européen. Les unités sécuritaires relevant de la garde nationale de la région ont interpellé des migrants irréguliers dont sept individus originaires de Monastir ainsi que d’autres d’origine subsaharienne. Sept moteurs et trois embarcations ainsi qu’une quantité de carburant ont été saisis lors de cette opération, ajoute-t-on sur la page Facebook du syndicat.

Des familles entières prennent la mer

Le phénomène de la migration clandestine prend, jour après jour, une nouvelle ampleur qui intrigue les autorités mais aussi les sociologues. Malheureusement, selon les rapports de la garde maritime, mais aussi des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, le phénomène touche désormais des familles entières qui ont encouru le risque de traverser la mer pour un avenir qu’elles considèrent meilleur.

En effet, il fut un temps où seuls des jeunes chômeurs partaient des plages du nord, du centre ou même du sud de la Tunisie pour rallier l’Italie. Maintenant des familles entières prennent la mer et risquent leur vie. Ces familles, dont des enfants et des bébés, candidates à l’émigration sont nombreuses à faire la traversée de 130 km sur des petits bateaux à moteurs, parfois volés à des pêcheurs. C’est ce qui explique aussi les cas de naufrage de leurs embarcations souvent dans un état lamentable.

Selon les chiffres du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes), au cours des neuf derniers mois, 19 400 migrants ont été interceptés, ce qui représente 46% du total des migrants interceptés en dix ans. Un chiffre alarmant, selon cette ONG, d’autant plus qu’on évoque des pressions européennes sur la Tunisie.

En effet, le porte-parole du Ftdes, Romdhane Ben Amor, critique les pressions européennes sur la Tunisie en matière de contrôle des côtes et la mise en échec des tentatives de migration irrégulière.

Ben Amor accuse particulièrement l’Italie et la France « d’imposer à la Tunisie de contrôler rigoureusement les frontières pour empêcher les migrants irréguliers d’atteindre leurs pays, sachant que la mission de sauvetage en mer est essentiellement attribuée aux pays européens ».

Un enjeu géopolitique ?

La relation entre la Tunisie et l’Union européenne a été souvent perturbée par le phénomène de migration clandestine, et ce, depuis le début du troisième millénaire. L’émigration clandestine est alimentée en partie par les entrées irrégulières sur le territoire des pays de l’UE. Cependant, elle est aussi alimentée par les restrictions qui freinent les migrations économiques, par le non-renouvellement des titres de séjour ainsi que par des demandeurs d’asile déboutés. La Tunisie a été toujours accusée de faciliter ces traversées clandestines, des pays européens ne cessent de l’appeler mais aussi de la soutenir pour garder ses frontières maritimes.

Si la migration illicite est un phénomène social par excellence, ses enjeux et ses ramifications politiques, géopolitiques et diplomatiques sont multiples. Des négociations entre la Tunisie et l’Union européenne, aux politiques de maîtrise des flux migratoires passant par les fins électoralistes, dans notre pays comme dans plusieurs autres contextes géographiques, la question de la migration clandestine fait, de plus en plus, partie des échiquiers politiques.

En tout cas, le Président de la République, Kaïs Saïed, a toujours prôné un traitement définitif à ce fléau au-delà de la réponse ou la solution sécuritaire. Depuis 2019, Kaïs Saïed appelait à une approche globale pour lutter contre ce phénomène, outre la solution sécuritaire. Le Président de la République avait, d’ailleurs, appelé l’Europe à adopter une approche plus globale de la question de la migration irrégulière, qui va au-delà de la solution sécuritaire pour s’attaquer aux causes profondes du phénomène, notamment la pauvreté et le chômage.

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