Une agriculture à la fois durable, pérenne et résiliente est l’équation à résoudre pour parvenir à obvier aux conséquences néfastes des phénomènes météorologiques extrêmes qui menacent le secteur agricole. Le temps est à l’action. Selon les scientifiques, le changement climatique s’accélère.


Les effets du changement climatique sur les secteurs agricole et agroalimentaire sont indéniables. Les études prospectives menées, au cours des décennies précédentes, ont mis en évidence les preuves irréfutables du changement climatique et de la vulnérabilité du secteur agricole à ses effets. La lutte contre le changement climatique est la bataille du siècle. Pour la Tunisie, qui figure parmi les pays les plus vulnérables aux phénomènes climatiques extrêmes, c’est une question de vie ou de mort. A en croire les chiffres qui ressortent des études prospectives, l’agriculture est l’un des premiers secteurs à subir un retour de bâton. Les répercussions se font, déjà, sentir. En 2018, les phénomènes climatiques ont causé plus de 80 millions de dinars de dommages au secteur agricole. Entre recrudescence des inondations et récurrence des sécheresses, la production agricole, toutes filières confondues, ne sera pas à l’abri des effets douloureux du réchauffement climatique.

Un secteur fragile

Il va sans dire que l’agriculture tunisienne est fortement dépendante des aléas climatiques. Au vu de sa fragilité, sa structure caractérisée par le morcellement des terres agricoles et la vulnérabilité d’une grande partie des cultures aux aléas pluviométriques, le secteur agricole, avec sa gouvernance actuelle, les moyens d’exploitation utilisés et, surtout, en l’absence de recherche orientée et appliquée à l’adaptation au changement climatique, ne saura pas accuser le coup. Suranné, le modèle de gouvernance des filières agricoles n’est plus adapté à la nouvelle donne du marché, mais aussi à la nouvelle réalité climatique. Les politiques des prix et de subventionnement pratiquées par l’Etat ne font qu’enfoncer le clou. Bien que la Tunisie ait réussi à assurer son autosuffisance en matière de production de viandes rouges, blanches et de lait, le chemin vers l’indépendance alimentaire est encore long. En effet, l’augmentation de la dépendance aux importations des céréales est la principale origine du déficit alimentaire du pays. La production céréalière locale ne couvre que 50% des besoins du marché. D’un autre côté, l’insuffisance structurelle, dont souffrent les coopératives agricoles, ne leur permet pas de remplir leur rôle dans la production et, par ricochet, dans le développement agricole.

Des prévisions qui donnent le frisson

Les diverses études sur le climat montrent que d’ici à 2050, les précipitations devraient reculer de 10 à 30%, selon les régions, tandis que la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes vont continuer leur augmentation. Les ressources hydriques classiques s’amenuisent au fil des années et elles devraient diminuer de 28% d’ici à 2030. Ces changements vont impliquer un enchaînement des sécheresses qui impacterait, en particulier, les cultures céréalières pluviales, faisant passer la superficie cultivée de 1,5 million à 1 million d’hectares d’ici à 2030. Les pertes dans le secteur sont estimées à une moyenne de 1% du PIB agricole par an .Les prévisions estiment qu’au cas où plusieurs épisodes de sécheresse extrême se succéderont, la superficie de terres utilisées pour les cultures céréalières et l’arboriculture serait réduite respectivement de 200 mille et de 800 mille hectares. L’activité de l’élevage en pâtirait également. Les cheptels diminueraient d’environ 80% dans le Centre et le Sud, en raison des pertes de zones de pâturage naturel pauvre.  Le tableau est assez sombre et met le pays face à une seule issue : l’agriculture durable. En effet, en établissant ce constat, qui donne le frisson, la Tunisie, dos au mur, doit se reconvertir vers une agriculture pérenne, plus résiliente et moins dépendante des aléas climatiques.

Objectifs d’adaptation et d’atténuation

Selon le FAO, l’agriculture durable repose sur 5 piliers : l’amélioration de l’efficience de l’utilisation des ressources; la conservation, la protection et l’amélioration des ressources naturelles à travers des actions directes; la protection des moyens d’existence ruraux et l’amélioration de l’équité et le bien-être social; le renforcement de la résilience des personnes, des communautés et des écosystèmes, et, enfin, la mise en place de mécanismes de gouvernance pour une meilleure durabilité de l’agriculture.  Des mesures d’adaptation et d’atténuation au changement climatique, qui touchent notamment le secteur agricole, ont été prises en considération dans la Contribution déterminée au niveau national (CDN) élaborée par la Tunisie en préparation à la COP 21. Des avancées en matière de planification ont été enregistrées dans les secteurs de l’agriculture et de l’eau avec l’élaboration de la vision eau 2050, qui vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience du secteur de l’eau et la construction du Programme d’adaptation au changement climatique de territoires ruraux (Pacte) et du Projet de gestion intégrée des paysages (Pgip) dans les régions les moins développées.  Est-ce suffisant pour faire face à ce déluge qui menace de s’abattre sur l’agriculture tunisienne? Il est vrai que, selon le Rapport 2020 sur l’Indice et les tableaux de bord des objectifs de développement durable, la Tunisie vient en tête du classement des pays africains, mais d’après le même rapport, des défis importants en matière de sécurité alimentaire, d’amélioration de la nutrition et de promotion de l’agriculture durable, demeurent.

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