Branle-bas de combat dans le secteur agricole. Coup d’accélérateur au processus de préparation pour la saison agricole 2021-2022. En attendant les premières pluies, les agriculteurs multiplient les chantiers afin d’être au rendez-vous. Comme à l’accoutumée, ils nourrissent l’espoir que cette saison soit bonne, après les difficultés enregistrées durant la campagne 2020-2021.


Les préparatifs de la campagne céréalière  2021-2022, en l’occurrence, ont démarré depuis le mois de mai dernier et des précautions ont été prises afin  d’éviter certaines problématiques constatées au cours de la dernière campagne dont celle qui concerne le manque des engrais.

Rappelons que les principales difficultés de la campagne 2020/2021 consistaient essentiellement en des problèmes au niveau de la production des engrais, ce qui a engendré une perturbation de la distribution dans les zones de production et, notamment, au cours de la période de pointe de la demande. D’où la nécessité de définir les besoins en engrais chimiques pour la campagne 2021/2022, et ce, pour approvisionner les différentes cultures.

Avec l’émergence de la pandémie du covid-19, le secteur agricole a été ébranlé par des incertitudes économiques. Toutefois, l’agriculture s’est imposée comme une activité cruciale, puisqu’elle a continué à assurer l’approvisionnement alimentaire à travers tout le pays. La pandémie, qui s’est déclarée en une année  sèche, a offert une opportunité pour réviser  les principales contraintes auxquelles fait face le secteur agricole. Elle a aussi attiré l’attention de l’opinion publique sur les quantités importantes de denrées alimentaires importées.

Performances insuffisantes

Le secteur agricole occupe une place importante dans l’économie nationale de par son rôle déterminant dans la dynamique de croissance, la sécurité alimentaire, dans l’équilibre de la balance commerciale et ses effets d’entraînement sur d’autres secteurs d’activités en amont et en aval. Il contribue à hauteur de 8 à 12 % dans le PIB et à plus de 10% dans les exportations.

Son rôle social est également essentiel de par sa contribution à l’emploi (18% de la population active) et à la stabilité de la société rurale avec près de 32 % de la population qui vit dans des régions rurales et dépend du secteur agricole soit directement ou indirectement, le secteur restant la principale source d’emploi dans les régions rurales (en fournissant environ 44% des emplois ruraux).

Cependant, en dépit des progrès réalisés, les performances du secteur agricole restent insuffisantes, eu égard à ses potentialités. En effet, la productivité est encore faible, la variabilité interannuelle importante est de plus en plus marquée, ce qui handicape fortement la stabilité de l’offre, en plus d’une compétitivité et d’une valorisation insuffisante des produits.

Les ressources naturelles subissent une pression de plus en plus forte, accentuant leurs dégradations et affectant leurs potentiels productifs tout en menaçant leur durabilité.

Ce phénomène est accentué, d’une part, par la faible diversification de l’économie rurale faisant de l’activité agricole la principale source d’emploi pour la population rurale et, d’autre part, par une demande croissante des marchés, notamment extérieurs, sur certains produits nécessitant la mobilisation de grandes quantités d’eau.

Après la révolution, les abus sur les ressources naturelles se sont multipliés et ont atteint dans certains cas des dimensions démesurées, notamment pour l’eau avec la multiplication des forages et des branchements illicites sur les réseaux de distribution des eaux, des pompages non autorisés et des extensions illégales hors des périmètres irrigués, des utilisations abusives de l’eau et des gaspillages en plus du refus de paiement des factures de consommation  de l’eau. Pour les terres, l’expansion de l’urbanisation et l’occupation et l’exploitation illégales de certaines terres domaniales et  pour les forêts et parcours, la multiplication des incendies de forêts et l’accentuation de la dégradation des ressources, notamment pour les parcours avec l’occupation de certaines superficies forestières, sont aussi à l’affiche des abus identifiés.

A ceux-ci s’ajoutent le partage inéquitable des fruits de la croissance, la politique des prix non appropriée, la baisse du revenu des agriculteurs qui ne dépasse pas les 50% du revenu moyen national,  ce qui rend le secteur de moins en moins attractif pour les jeunes. Par ailleurs, le peu de cohérence entre la politique agricole et les autres politiques publiques, comme la politique commerciale qui a surtout visé la préservation du pouvoir d’achat du consommateur et l’abondance de l’approvisionnement des marchés, a été peu favorable aux agriculteurs.

Enfin, malgré les efforts déployés, les contraintes structurelles auxquels est confronté le secteur agricole comme le foncier, l’endettement etc., n’ont pu être levées et continuent, de ce fait, de constituer des facteurs de blocages et des freins au développement du secteur.

Réforme du modèle de développement du secteur

L’agriculture tunisienne se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, tout le monde s’accorde à le dire, confrontée à de multiples contraintes structurelles, climatiques et des ressources de plus en plus rares. En revanche, elle ne manque pas d’atouts majeurs, compte tenu du potentiel productif disponible, de la grande diversité agro-écologique, du savoir-faire et de grandes marges de progrès en matière de productivité et de qualité. L’enjeu pour la prochaine décennie est que le secteur agricole occupe pleinement sa place en tant que facteur de dynamisation de la croissance de l’économie nationale et du développement des territoires ruraux, en tant que garant de la sécurité alimentaire du pays et de la gestion durable des ressources naturelles et en tant que source d’emplois potentiels pour les jeunes. Pour ce faire, le secteur agricole devra améliorer ses performances à travers l’intensification et l’amélioration de la productivité et de la compétitivité, une meilleure valorisation des potentialités territoriales et des niches de croissance, une plus grande capacité d’intégration et une meilleure insertion dans l’économie internationale.

Il est primordial aussi d’accorder un intérêt particulier à la question des changements climatiques et de se préparer à une plus grande ouverture des marchés (avec l’avènement probable de l’accord de libre-échange, Aleca) progressive et raisonnée, à la concurrence rude sur les marchés internationaux traditionnels des produits tunisiens et aux restrictions sanitaires et techniques de plus en plus sévères imposées aux produits exportés. Pour cela, le secteur agricole aura besoin d’une profonde réforme de son modèle de développement, d’un appui fort et d’une affirmation renouvelée de son positionnement stratégique.

Ce modèle devra se recentrer sur l’agriculteur en tant qu’acteur principal du développement en prévoyant les appuis adaptés à sa diversité, notamment la promotion de la petite agriculture familiale, dans le cadre d’une approche solidaire et de développement intégré et durable.

Il devra  aussi engager la mise à niveau du secteur et intégrer la résolution des contraintes structurelles telles que les problèmes fonciers, l’endettement et les difficultés de financement, la gestion des risques, l’encadrement, l’installation des jeunes, l’emploi, etc.

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