La détermination du Président de la République, son discours insistant sur la nécessité de rompre avec la corruption et la désignation des nouveaux membres du gouvernement sur la base de l’intégrité laissent penser à une véritable lutte contre ce fléau. Mais encore faut-il transformer les intentions en décisions et en actes concrets.

Délégations régionales, administrations et services, tous seraient concernés par une opération mains propres lancée mais non annoncée par les autorités. Arrestations, enquêtes judiciaires, interrogatoires et descentes, si certaines opérations ont été lancées depuis plusieurs mois, la mouvance du 25 juillet conduite par le Président de la République et son nouveau gouvernement semble servir d’électrochoc pour ces actions. Faut-il s’attendre vraiment à une guerre sans merci contre toute forme de corruption ? Ou s’agit-il comme d’habitude de simples mesures ou campagnes spectaculaires ?

La détermination du Président de la République, son discours insistant sur la nécessité de rompre avec la corruption et la désignation des nouveaux membres du gouvernement sur la base de l’intégrité laissent penser à une véritable lutte contre ce fléau. Mais encore faut-il transformer les intentions en décisions et en actes concrets.

En tout cas, le début de cette lutte contre la corruption a marqué l’ouverture des dossiers de corruption liés notamment aux mécanismes de recrutement dans la fonction publique. Si le ministère de l’Education, à travers la délégation régionale de Sidi Bouzid, a été ciblé par une enquête judiciaire ayant révélé l’implication de responsables dans une affaire de recrutements de cent enseignants non qualifiés, d’autres ministères, départements et administrations seront passés au crible selon des sources fiables.

En effet, le scandale dans la délégation régionale de l’éducation à Sidi Bouzid ayant abouti au licenciement de plusieurs enseignants et l’arrestation de plusieurs autres responsables pour corruption serait l’arbre qui cache la forêt. L’affaire se résume en la manipulation d’un jeu de données de l’administration en question ayant permis à une centaine d’enseignants sans diplômes d’être recrutés dans la fonction publique.

D’ailleurs, le procureur général près le pôle judiciaire économique et financier a décidé de placer en garde à vue le directeur régional de l’éducation à Sidi Bouzid ainsi que quatre fonctionnaires pour falsification de documents administratifs et corruption, indique le bureau de communication du Tribunal de première instance de Tunis. Le nombre de personnes placées en garde à vue est actuellement de l’ordre de sept, sachant que l’investigation est toujours en cours.

Les syndicats confirment !

Au fait, ce scandale n’a pas étonné les Tunisiens compte tenu du fait que ses formes de corruption sont devenues monnaie courante dans notre administration et que les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 n’ont pas ouvert ce dossier au nom de la préservation de la paix sociale.

Réagissant à ces dernières informations, Lassâad Yacoubi, secrétaire-général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, confirme l’existence de soupçons de corruption et de dépassements autour des recrutements dans le département de l’Éducation. Il affirme lui-même que sa structure avait présenté il y a quelques mois un dossier de corruption au ministère de l’Education attestant que jusqu’à trois cents professeurs de sport sont payés à ne rien faire, alors qu’ils exercent toujours dans le secteur privé, une affaire d’emploi fictifs, selon ses affirmations.

Il ajoute également que des soupçons de corruption pèsent sur le recrutement dans le département de l’Education, laissant savoir que les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 sont complices dans ces dépassements.

Même son de cloche chez l’ancien ministre de l’Education, Neji Jalloul, qui affirme que ces formes de corruption existent bel et bien dans le département. «Quand j’ai voulu ouvrir le dossier des faux diplômes et des emplois fictifs on m’a accusé de vouloir porter atteinte et de vouloir humilier les enseignants», a-t-il déclaré.

Recrutements abusifs

La masse salariale a carrément explosé après la Révolution à cause des recrutements jugés abusifs et non étudiés dans la fonction publique constituant un enjeu majeur pour les différents gouvernements post-révolution. Seulement durant les trois premières années après la révolution, quelque 67 mille demandeurs d’emploi, dont plus de neuf mille blessés de la révolution, ont été recrutés, selon des chiffres officiels.

Avant la révolution, en 2010, l’Etat embauchait 404.000 salariés dans la fonction publique. Ce chiffre a presque doublé en l’espace de moins de 9 ans, laissent savoir, en revanche, d’autres statistiques issues notamment de la société civile.  

Les recrutements intensifs ont commencé en 2012, notamment aux ministères de l’Education, de l’Intérieur et de la Santé et dans d’autres établissements publics au détriment de équilibres financiers de l’Etat.

En 2019, le nombre des fonctionnaires était de 700.000 recrues, soit un peu moins que le double avant la Révolution, toujours selon certains rapports.

La Tunisie s’était engagée à plusieurs reprises auprès du FMI à maîtriser cette masse salariale et à mettre fin à ces recrutements jugés abusifs. D’ailleurs, c’est la condition qu’a posée cette institution financière pour renouveler ses programmes d’appui à la Tunisie.

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