Lever de rideau, hier à Tunis, sur la vision arabe sur la cybersécurité. En effet, le forum sur la cybersécurité dans le monde arabe,  dont les travaux se sont déroulés en présence de plusieurs ministres arabes, ambassadeurs, représentants des gouvernements et instances de régulation internationales, a été ponctué par la présentation d’un Livre blanc qui regroupe l’ensemble des actions et recommandation en vue d’engager les divers pays arabes dans une coordination et une élévation du niveau de vigilance requis en matière de lutte contre la cybercriminalité.

Il est à rappeler que la cybersécurité est la somme des moyens techniques, organisationnels et administratifs qui sont utilisés pour empêcher toute utilisation non autorisée, afin d’assurer la disponibilité et la continuité du travail des systèmes d’information, et d’améliorer la protection et la confidentialité des données personnelles.

Placé sous l’égide de la Ligue arabe, en collaboration avec le ministère tunisien de la Communication et des Nouvelles technologies et en partenariat avec Huawei, le forum a permis de dresser l’état des lieux de la transformation numérique dans les pays arabes, d’énumérer la liste des défis à relever pour mieux négocier le virage digital dans ces pays.

Il s’agit, selon Kamel Hassen Ali, vice-président du SG de la Ligue arabe chargé des affaires économiques, d’aller « vers une société arabe sécurisée, complémentaire, et intégrée dans l’économie mondiale à même de réaliser l’autosuffisance en matière de solutions et d’expériences, soutenant la confiance numérique et protectrice de l’espace cybernétique arabe ».

Selon lui, cette vision détaillée dans le Livre blanc vise à doter les pays arabes des moyens techniques et tente de tracer les contours des politiques publiques afin de faire face aux défis qui découlent de l’usage massif des technologies dans tous les domaines. Elle présente, à cet effet, les bonnes pratiques basées sur les normes internationales en la matière et définit les objectifs escomptés. Il s’agit en outre de soutenir la recherche et le développement, d’accélérer la formation et la sensibilisation, d’adopter les normes de qualité, d’améliorer la coopération internationale, de créer des centres nationaux de riposte aux attaques cybernétiques, de rapprocher le monde de la recherche académique et celui de l’emploi, de développer les instances administratives gouvernementales et de parvenir à une bonne gouvernance de l’espace cybernétique.

Relever les défis

Le directeur général de l’Organisation arabe de l’information et des technologies de la communication (Aicto), M. Mohamed Ben Amor, a, à cet effet, indiqué que le lancement de cette vision arabe découle de la prise de conscience des pays arabes de l’importance des défis à relever ensemble. « La transition au tout numérique est devenue une réalité imposée et non un choix, ce qui commande aux pays arabes de penser à se prémunir à travers une vision commune qui serait le point de départ pour une action planifiée et concertée », a-t-il souligné.

La parole a été donnée au cours de ce forum à un panel d’experts de haut niveau qui ont détaillé les expériences réciproques de leurs pays en matière de lutte contre les attaques cybernétiques. À cet effet, le Dr Ismail Abdelghaffar, président de l’Académie arabe des sciences et technologies et du transport maritime en Égypte, a présenté le champ d’action de cette structure et le rôle qui lui est dévolu dans la lutte contre les crimes cybernétiques. Pour sa part, M.Mohamed Ali Kouman, secrétaire général du Conseil des ministres de l’intérieur arabes, a rappelé l’importance accordée par les ministres de l’Intérieur arbres aux crimes cybernétiques qui relèvent, selon lui, de la sécurité nationale.

Dans le même sillage, le Dr Badr Ali Essalhi, directeur général de la Brigade de riposte numérique urgente à Oman, a passé en revue les actions entreprises dans son pays depuis les années 2000.

Question de sécurité

nationale

Abondant dans le même sens, Naoufel Fridha, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité informatique (Tunisie), a indiqué que l’expérience tunisienne compte plus de vingt ans. Il a souligné à cet effet que la cybersécurité fait partie intégrante du conseil de la Sécurité nationale car on parle désormais de « souveraineté numérique » et a exposé les axes de la stratégie nationale de lutte contre la cybercriminalité. D’autres intervenants, tels M.Abderrazek Ben Abdelaziz El Morjane, président du Centre des crimes cybernétiques et des preuves pénales (Arabie Saoudite), a démontré l’ampleur des attaques cybernétiques dans le monde et leurs effets désastreux sur les économies, les sociétés et les individus. Pour sa part, le Dr Firas Bakkour, président de l’Union arabe de l’internet et des télécommunications, a — chiffre à l’appui — démontré le nombre croissant des utilisateurs qui dépassent les 3,6 milliards d’individus. « Malgré ces chiffres vertigineux, les pays arabes ne bénéficient que de 8% des revenus de l’espace cybernétiques », a-t-il noté pointant du doigt le retard accusé par  certains pays arabes dans la domination de l’espace numérique.

Collaboration avec la Chine

Le dernier axe de ce forum a porté sur le cadre de collaboration entre la Chine et les pays arabes en matière de lutte contre la cybercriminalité. À cet effet, SEM. Zhang Jianguo, ambassadeur de la République populaire de Chine en Tunisie, a affirmé que le gouvernement chinois applique strictement les principes de la protection des données et informations personnelles. « Le gouvernement chinois n’a jamais exigé des entreprises chinoises à lui fournir des données englobant d’autres pays. Certains pays politisent, diffament à tort les entreprises chinoises. Il s’agit d’un acte qui empêche la coopération internationale et freine la création d’un environnement ouvert, inclusif et non discriminatoire conforme aux intérêts communs des peuples », a-t-il asséné. L’ambassadeur a par ailleurs rappelé que la Chine et les pays arabes, qui sont des partenaires exemplaires, sont fortement exposés aux attaques numériques. Il a considéré que la communauté internationale doit défendre le multilatéralisme, l’équité et la justice et équilibrer la sécurité numérique dans le monde. Il a par ailleurs mis en exergue l’importance de la coopération en matière numérique entre la Chine et les pays arabes, qui « leur permettra de se transformer en acteurs importants en matière de lutte contre la cybercriminalité ».  Pour sa part, M. Hou Tao, Huawei global vice-président, est revenu sur les défis posés par la cybersécurité dans les pays arabes et réaffirmé l’engagement de Huawei en faveur de la lutte contre la cybercriminalité. Il a indiqué que Huawei, pour garantir à ses écosystèmes économiques une croissance sécurisée, s’est très rapidement saisie des enjeux de cybersécurité, en mobilisant ses ingénieurs en R&D pour développer des solutions de sécurité innovantes et fiables afin de protéger ses clients et mettre en place des solutions performantes entre software et hardware pour assurer la souveraineté numérique des pays arabes et pour les accompagner dans leur transformation digitale, car l’économie numérique est l’avenir.

Le Forum a appelé, à la fin de ses travaux, les pays arabes à faciliter l’échange d’informations, d’idées, de solutions et de pratiques susceptibles d’améliorer l’état de la cybersécurité et de limiter la criminalité informatique.

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