En France, au Royaume Uni, en Belgique … Un peu partout en Europe, des directeurs d’école et des enseignants témoignent avoir vu des écoliers imiter les jeux pervers de “Squid Game”, en simulant les actes de violence dans les cours de récréation. Le phénomène “Squid Game” a fait resurgir le débat sur le contrôle parental sur Internet et les risques induits par l’exposition des jeunes aux écrans.


Avec plus de 100 millions de téléspectateurs à travers le monde, elle fait, actuellement, un tabac sur la plateforme de streaming Netflix. Elle caracole en tête du classement des séries les plus regardées sur Netflix dans plus de 83 pays.  Elle continue à capter un public large et jeune. Il s’agit de la série phénoménale “Squid Game”. L’histoire du drame dystopique tourne autour d’un mystérieux organisateur qui met en compétition 456 personnes endettées qui s’affrontent dans une série de jeux enfantins mais dont l’issue pour les perdants est mortelle. Le vainqueur pourra gagner une cagnotte de 45,6 milliards de won. La scène gore où les candidats jouent à “1,2,3 soleil” se faisant tirer dessus par une poupée géante à bout portant à la moindre erreur est devenue virale sur les réseaux sociaux. Contenant des scènes d’une violence inouïe, la série est interdite aux moins de 16 ans, mais elle a le vent en poupe chez les adolescents collégiens et même chez les écoliers. Après tout, Internet est un monde sans frontières ! Le phénomène “Squid Game” a commencé à susciter l’inquiétude des parents et même des établissements scolaires. En France, au Royaume Uni, en Belgique, etc. un peu partout en Europe, des écoles avertissent les parents pour ne pas laisser leurs enfants regarder la série. Des directeurs d’école et des enseignants témoignent avoir vu des écoliers imiter les jeux mortels de “Squid Game”, en simulant les actes de violence dans les cours de récréation. Le phénomène est devenu inquiétant, ce qui a poussé le ministre français de l’Education nationale, Jean Michel Blanquer, à appeler les plateformes à agir et les parents à ne pas laisser leurs enfants seuls devant les écrans.

Les enfants tunisiens passent beaucoup de temps sur Internet

Le phénomène “Squid Game” a, en effet, fait resurgir le débat sur le contrôle parental sur Internet et les risques induits par l’exposition des jeunes aux écrans. Les enfants ont de plus en plus accès à Internet. Ils sont habitués à manipuler les gadgets électroniques et savent surfer sur Internet à un âge précoce. Mais Internet est une arme à double tranchant. C’est à la fois une source inépuisable de savoir et un terrain miné où de nombreux dangers guettent les jeunes internautes. La crise liée au coronavirus a entraîné une hausse du temps passé par les enfants sur Internet. Au mois de février dernier, la directrice générale de l’Unicef, Henrietta Fore, a averti, à l’occasion de la Journée mondiale pour un Internet plus sûr, que la forte hausse du temps passé par les enfants et les jeunes devant les écrans suscite de plus en plus d’inquiétudes. Un rapport d’analyse réalisé par l’Unicef en 2020 sur la situation des enfants en Tunisie révèle que “les enfants tunisiens, comme ailleurs, passent beaucoup de temps sur Internet, via leur téléphone portable ou un ordinateur”. Les adolescents de 15 à 17 ans utilisent Internet 5,3 jours par semaine en moyenne. Plus de 43 % d’entre eux se connectent quotidiennement aux réseaux sociaux et 19,4% des garçons jouent aux jeux en ligne tous les jours. 22,7% seulement des enfants consultent le web dans un but éducatif. Les autres usages sont liés à la recherche de divertissement (téléchargement de films, vidéos et musique), qui concernent 71,7% des adolescents, ou à l’achat en ligne.

Cela génère un mal-être chez l’enfant

C’est dire la place qu’occupe l’Internet dans la vie des plus jeunes. Un temps qui, selon les spécialistes de l’enfance, aurait pu être dépensé judicieusement dans des activités à la fois ludiques et enrichissantes pour le corps et l’esprit.

“Le temps d’écran a considérablement augmenté au cours du confinement. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’exposition à l’écran engendre une baisse du taux de la mélatonine, l’hormone responsable du sommeil. Cette baisse va provoquer des troubles de sommeil chez l’enfant et va lui causer des difficultés d’apprentissage, parce qu’il manque de sommeil et, donc, il est moins concentré. C’est une véritable catastrophe pour la santé et le bien-être de l’enfant”, a affirmé Dr Wahid Koubaa dans une déclaration à La Presse. Les jeux vidéo où les jeux en ligne sont l’un des dangers les plus redoutés par les parents. Mais pas que. Le cyber harcèlement, la radicalisation, les violences en ligne sont autant de risques que les adultes doivent prévenir pour protéger leurs progénitures des effets néfastes inhérents à l’utilisation de l’internet. “ Les parents choisissent de laisser leurs enfants jouer aux jeux en ligne, parce que c’est une solution de facilité et c’est une façon d’occuper l’enfant. Entretemps, le jeune devient accro alors qu’il ne devrait pas en arriver là parce que le traitement de la dépendance aux jeux en ligne est très difficile.  Free Fire, GTA, Fort Fire, Counter Strike… sont tous des jeux à éviter. Les parents doivent veiller sur leurs enfants et les protéger en leur proposant d’autres activités, comme la musique, la danse, le sport, la lecture. En effet, le cercle vicieux se déclenche par une augmentation du taux d’adrénaline et de cortisol qui va entraîner l’activation du circuit de la récompense qui procure, lui-même, un sentiment de plaisir. L’enfant veut faire perdurer cette sensation. A un certain moment, la situation évolue en addiction et l’enfant se renferme sur lui-même et s’isole.

A ce moment-là, si les parents essayent de l’empêcher de jouer à ce genre de jeux, il devient irritable”, a ajouté le pédopsychiatre.

Parler avec son enfant de ses cyber activités

Outre la réduction du temps d’écran, le contrôle parental est une autre solution préconisée pour mieux protéger les enfants des dangers d’Internet. Les parents sont aussi invités à entretenir une communication ouverte avec leurs bambins sur leurs cyber activités. D’ailleurs, c’est l’une des recommandations de l’Unicef qui appelle les parents «à avoir des discussions franches avec leurs enfants sur leurs usages et leurs fréquentations en ligne et se fixer, avec la participation des enfants, des règles d’utilisation d’Internet (où, quand, comment)», tout en se montrant vigilant aux signes de détresse que les jeunes peuvent exprimer en lien avec leur activité en ligne.

C’est d’ailleurs le stratagème de Faten, 39 ans, mère d’un ado âgé de 14 ans. Elle affirme suivre les activités de son fils sur Internet pour garder un œil sur lui. Mais elle préfère surtout en parler avec son gosse pour maintenir une relation de confiance avec lui. Abondant dans ce sens, Samia, la quarantaine, dont le fils aîné a 16 ans et le cadet 10 ans, affirme entretenir une relation complice avec ses deux enfants pour mieux les protéger. “La série Squid Game, il m’en a parlé. Heureusement qu’il n’a pas aimé du tout.

Mais avant cela, il y avait le jeu morbide de la baleine bleue. Et j’en ai parlé avec lui pour savoir si le jeu était à son goût ou non. J’essaie toujours de l’avoir à l’œil et de discuter avec lui de ses activités sur Internet. Je pense que c’est le meilleur moyen d’obvier à tous les cyber dangers”, a-t-elle témoigné.

Au-delà du phénomène “Squid Game”, Internet est une fenêtre sur un monde infini. Il faut expliquer aux enfants comment en tirer profit sans en abuser. Mais, à un âge précoce, il faut surtout les protéger de ses dangers.

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