DE façon générale et sans faire de parallèle, le paysage politique qui a marqué la dernière décennie de l’histoire de la Tunisie est loin d’être moral. Il a été, et il est encore, sujet à débat, notamment lorsqu’il s’agit de soupçons de corruption. Et contrairement à ce que certains laissaient croire, les années qui ont suivi la Révolution n’étaient en aucun cas ni des perspectives nouvelles, ni des transformations bénéfiques pour le pays. Mais plutôt un accroissement de déficit, des défaillances et des dérives. Et essentiellement des irrégularités dans la gouvernance de l’Etat.

Mais parce qu’ils avaient un statut, que ce soit légal ou illégal, qui leur permettait d’être au-dessus des poursuites, certains se croyaient même dispensés d’avoir une morale. Ils ont triché et tout le monde s’était tu. Ils ont expliqué que cela était conforme aux règles et à la loi. D’ailleurs, les instances concernées s’étaient montrées incapables de trancher un bon nombre de dossiers de corruption. Quelques spécialistes en la matière avaient pourtant réagi. Mais ils n’étaient pas écoutés. Tout simplement parce qu’ils avaient raison !…

Le problème est grave. Il a d’ailleurs entraîné de lourdes répercussions sur les finances et le développement du pays. Autant de dépassements nous ont amenés à constater que le fléau de la corruption n’était pas une affaire marginale, qui concernait une minorité, mais qu’il faisait même système. Espérant une réconciliation pénale, certains hommes d’affaires ont dû subir la pression, le chantage, voire l’escroquerie de certains politiques leur promettant de classer les dossiers dans lesquels ils étaient impliqués, mais moyennant une contrepartie financière. Plus de dix ans après la Révolution,  la réconciliation espérée tarde encore, les dossiers sont encore ouverts et l’argent versé s’est évaporé. Il faut dire que  derrière tout ce que le pays avait enduré, il y avait une machine destructrice qui dévorait tout sur son passage.

Le projet de réconciliation pénale rebondit de nouveau. Il a été à l’ordre du jour du Conseil ministériel présidé jeudi dernier par le Chef de l’Etat. Avec cependant une condition majeure qui n’a pas manqué de rassurer les Tunisiens. « La réconciliation ne concernera pas seulement les personnes qui ont pillé le pays avant la Révolution, mais aussi celles qui ont pris la relève  depuis 2011 ». Plus encore : pour le Président de la République, la réconciliation n’aura de sens que lorsque l’argent du peuple lui sera rendu.

Au-delà des modalités de concrétisation de ce projet, dont les montants récupérés seront classés par ordre décroissant par une commission indépendante, il est évident que Saïed a introduit des approches jusque-là interdites. Nous sommes passés du statut d’acteurs, plutôt préoccupés par les considérations d’intérêt personnel et qui n’ont plus de liens de cœur avec le peuple, à un modèle de dévouement, d’attachement et d’appartenance.  L’impératif d’une possible réhabilitation impose nécessairement une thérapie et des règles bien définies. Mais aussi et surtout une véritable prise de conscience de la part des différentes parties prenantes. Une manière pour que la Tunisie rebondisse, même si elle a perdu beaucoup de temps…

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