Par Ridha Zahrouni | Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves |

Suite à la déclaration du notre ministre de l’Education, il y a une dizaine de jours, relative au limogeage de cinq responsables du Commissariat régional de l’éducation de Sidi Bouzid pour une affaire de falsification de diplômes, l’Association tunisienne des parents et des élèves a publié un communiqué, daté du 16 octobre 2021,  pour exprimer son indignation en qualifiant les actes commis par ces responsables de crime contre la société. Un crime qui touche à la fois la crédibilité de notre école, le cursus scolaire des élèves ainsi que leur avenir.

L’association a également mis l’accent sur le défaut de vrais outils de bonne gouvernance du secteur, qui est à l’origine de ce préjudice qui dépasse le cadre de la corruption financière ordinaire pour toucher un domaine sacré pour l’ensemble de notre société, à savoir l’éducation de nos enfants et leur instruction. Et nous imaginons, sans grand risque de nous tromper,  que ce qui est dénoncé n’est pas exclusif à Sidi Bouzid, et que d’autres gouvernorats  pourraient  être concernés par ce genre de malversations.  En effet, cette affaire n’est que la conséquence de l’absence de procédures adéquates et rigoureuses à tous les niveaux de gestion, du national au local, c’est-à-dire de la tutelle jusqu’à l’école, le collège et le lycée, pour prospecter les besoins du secteur en ressources humaines, planifier et contrôler leur recrutement et  leur affectation et assurer, d’une façon continue, leur suivi et leur évaluation.

En fait, il nous faudrait voir plus profond que la partie émergée de l’iceberg, pour réaliser les dégâts occasionnés par le recours, devenu courant, de la tutelle aux enseignants suppléants. Il me semblerait que la seule motivation à imputer à cette procédure est purement financière. C’est un personnel sous contrat, qui représente un effectif non négligeable, sous-rémunéré en comparaison à leurs collègues attitrés, généralement payé en retard et affecté dans des régions et établissements à l’intérieur du pays ou en difficulté et qui n’est pas sûr de voir son contrat renouvelé. Et je pose dans cette logique d’idées la seule question qui me vient à l’esprit, qu’est-ce que la tutelle espère de cette catégorie d’enseignants comme rendement et motivation, à part les grèves, les sit-in et les absences répétées ?

C’est de l’inconscience ou de l’ignorance de la part de nos décideurs, en ignorant que la gestion de l’école dans cette logique d’austérité financière, n’est qu’un désastre. Ne pas investir ce qui est nécessaire pour le fonctionnement de l’école revient à investir dans l’ignorance et dans la discrimination, vu que la fossé entre régions et familles aisées et régions et familles démunies continue à se creuser et à s’élargir. Notre école a besoin plus que jamais d’un personnel qualifié, stable et rassuré sur l’évolution de son profil de carrière, en termes de formation, de recyclage, de rémunération. Un personnel respecté moralement et physiquement, mais qui a des comptes à rendre, il doit être suivi et évalué d’une façon continue et de très près, pour s’assurer de son acquittement de sa part du marché en termes de résultats et de taux de réussite.

Enfin, je reviens à la case de départ, à savoir la réforme de notre système éducatif en général et de notre école publique en particulier, qui est pressante, et la bonne gestion des ressources humaines en fait partie. A défaut de la mise en œuvre de cette réforme, nos enfants, nos petits-enfants, nos familles et tout le pays continuent à payer un lourd tribut imputé à leur droit à un meilleur avenir et à la dignité.

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