Taoufik Rajhi, ancien ministre chargé des Grandes réformes

Si «le peuple veut» éliminer l’endettement, il doit faire don d’un jour de travail par mois pendant cinq ans. Ou s’agit-il simplement de faire du populisme avec de simples paroles pour la consommation politique locale… Qu’attendez-vous… Nous voulons éliminer l’endettement, et nous implorons la Banque mondiale pour un prêt de 300 millions de dollars à dépenser sous forme de transferts sociaux, alors que ce prêt devait ouvrir la porte à la résolution de la question de la compensation de consommation. Nous prenons ainsi des crédits, et nous disons que la dette a augmenté. On fait fonctionner la planche à billets pour environ 5.000 millions de dinars pour financer les dépenses budgétaires. Nous cherchons des financements des pays du Golfe pour nos augmentations de salaires, les subventions de carburant… En réalité, personne en Tunisie ne veut faire des réformes, aucun leader politique et syndical ne les aime, et le discours populiste ne peut donc pas mettre en œuvre ces réformes. Les forces politiques et sociales, en présence depuis les élections de 2014 et jusqu’à aujourd’hui, vont à l’encontre des réformes des finances publiques et des réformes en général. Peu importe ce que vous planifiez et essayez de mettre en œuvre, ce sont les forces du rejet des réformes qui dominent la scène et empêchent ces réformes, et elles continuent à « vendre le singe et à se moquer de ses acheteurs», comme dit le proverbe local. C’est un mélange de mafia politique, de chantage syndicaliste et d’intimidation populiste. L’économie est une question rationnelle qui n’est pas à laisser aux amateurs et aux stagiaires. Je n’ai jamais changé mon discours… Le discours des réformes. Et si les réformes que j’avais esquissées avaient été mises en œuvre, nous ne serions pas arrivés à cet état…».

Hamza Meddeb, chercheur en sciences politiques

«Les partenaires européens s’inquiètent quant à la situation confuse et ambiguë en Tunisie, particulièrement en l’absence d’une feuille de route après le 25 juillet et d’une limitation des mesures exceptionnelles dans le temps, d’autant plus que certaines informations relayées par des politiciens selon lesquels ces mesures peuvent être prorogées jusqu’à 2024. Est-il judicieux  de prolonger l’application des mesures exceptionnelles ? La communauté internationale a parié sur la démocratie tunisienne après la révolution et la Tunisie a été économiquement soutenue au cours de ces dix dernières années, et ce, que ce soit par l’Union européenne ou par les Etats-Unis. La Tunisie a réussi son expérience démocratique au moment où d’autres ont échoué, à l’image de l’Egypte, la Syrie et la Libye. Il est important d’être conscient de ce qui se passe dans les pays voisins, à savoir la Libye ou encore l’Algérie, dont les rapports avec l’UE et particulièrement la France sont de plus en plus tendus. L’absence d’une feuille de route en Tunisie a réveillé les craintes des décideurs européens, notamment avec la flambée du phénomène de l’immigration irrégulière, sachant que les pays du Golfe jouent un rôle beaucoup plus influent dans l’élaboration des agendas politiques des pays sud-méditerranéens. L’UE est un géant économique et un nain géopolitique vu son incapacité à intervenir effectivement dans les pays voisins. Aujourd’hui, son rôle se limite au seul volet économique à travers l’assistance financière. La Tunisie est un pays économiquement dépendant de l’UE et des aides financières des partenaires internationaux. Le rôle de l’UE en Tunisie est, en revanche, assez impactant. Malheureusement, la Tunisie est dans une situation embarrassante et les coalitions et les consensus font défaut, à cause de la fragmentation de la scène politique tunisienne. Je crois que le consensus demeure l’unique voie pour faire face aux pressions extérieures et trouver des solutions de sortie de crise…».

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