Bien sûr, dans un premier temps de stupéfaction, nous ne pouvons qu’être indignés et abasourdis par la décision prise mercredi 5 juin par le comité exécutif de la Confédération africaine de football de «rejouer le match retour de la finale de la Ligue des champions sur terrain neutre et d’appeler en conséquence l’Espérance à rendre le trophée et les médailles remis dans la soirée du vendredi 31 mai». Mais une fois l’orage passé, nous devons retrouver ce qui a toujours fait notre force et notre fierté comme Tunisiens : la lucidité, la sérénité et la dignité.
La stupéfaction et l’indignation ne doivent pas se transformer en affolement et en panique au point de nous faire perdre les pédales et de se tromper de cible. Notre cible est une décision que nous estimons injuste du comité d’urgence de la CAF et pas la CAF. Notre objectif n’est pas aussi de chercher des poux dans la tête de son président Ahmad Ahmad même si tout laisse penser qu’il est le tricoteur de cette décision mais de faire toute la lumière sur cette triste affaire et de réparer une injustice. Ça ne servirait à rien, ça ne pourrait que mettre de l’huile sur le feu de tirer à boulets rouges à juste titre ou à tort et à travers, sur la CAF en tant qu’organisme auquel nous appartenons et de se la mettre sur le dos surtout que la décision a été prise par une courte majorité et pas à l’unanimité. Puisque cette sentence a été prononcée par le comité exécutif ou comité d’urgence, nous n’avons qu’à soumettre ce litige à la cour suprême en matière de sport qu’est le Tribunal arbitral du sport (TAS), une juridiction indépendante, impartiale et compétente. La requête ne doit pas être ordinaire mais une procédure accélérée, en urgence pour montrer la gravité de la décision et l’énormité du préjudice commis qui en a découlé. Ne pas donc se tromper de cible est très important comme il n’est pas non moins important de ne pas se tromper également de système de défense. Même s’il n’a pas été cité explicitement parmi les raisons invoquées dans le bref communiqué pour justifier la décision qui a parlé seulement «d’insécurité et d’absence de garanties pour l’intégrité des joueurs», la VAR ou «Video Asssitant Referee», en termes anglais, est un élément-clé de l’affaire surtout que le président de la Fifa, Gianni Infantino, est un partisan acharné de l’assistance vidéo à l’arbitrage et de son impact positif sur le jeu et sur la crédibilité et la fiabilité du résultat. Il faut donc commencer le réquisitoire et la plaidoirie devant la chambre arbitrale d’appel du TAS par dégager toute responsabilité de près ou de loin de l’Espérance dans la non-présence ou le non fonctionnement de la VAR lors de la finale retour contrairement au match aller où elle a été un élément décisif dans la prise de décisions de l’arbitre sur certaines actions qui auraient pu en cas «d’erreurs claires et évidentes» influer le cours de la partie.
Avec un résultat très positif de 1 à 1 à l’aller et ce but très précieux inscrit à l’extérieur, l’Espérance avait au contraire intérêt à ce que la VAR serait présente au match retour et que c’est elle qui avait été lésée par sa non-présence comme en témoigne ce penalty flagrant non accordé lors de la première mi-temps surtout que le visionnage terrain aurait certainement permis à l’arbitre Gassama de changer son interprétation de l’action et de corriger sa décision «subjective» de départ qu’est le non accord de penalty. Cette introduction dans le réquisitoire est très importante car elle va faire objection qui ne sera pas rejetée par la chambre d’appel au cas où le WAC de Casablanca évoquerait les deux principes d’objectivité que sont le parallélisme des formes et l’égalité des chances dans une finale à deux manches (aller et retour).
Insister sur ce point névralgique de l’affaire, ce n’est pas tourner autour du pot comme ne manqueront pas de le souligner ceux qui veulent s’arrêter au seul motif «d’insécurité et d’absence de garanties pour l’intégrité des joueurs» invoqué brièvement et sans preuves à l’appui pour justifier et appuyer la décision. Car si la VAR avait été utilisé — et la CAF est entièrement responsable si elle n’a pas été opérationnelle à l’heure «H» — le WAC n’aurait pas eu le prétexte et la perche qu’il cherchait désespérement pour refuser de reprendre le jeu et de crier à «l’injustice» et le match n’aurait pas été interrompu pour abandon de terrain et serait arrivé à terme et ça nous aurait épargné toute cette mise en scène rocambolesque et désastreuse très mal orchestrée par un mauvais perdant. La bataille juridique de l’Espérance, comme l’a si bien indiqué le président de sa commission juridique Riadh Touiti, n’est pas dans les médias, ni dans les à-côtés ni entre les mains de juristes et «experts» en règlements sportifs qui de micro à micro radio et de plateau à plateau télé n’arrêtent pas d’envenimer le débat et de courtcircuiter le plan et la stratégie de défense de l’Espérance qui doivent être élaborés dans le secret le plus absolu et dans la sérénité, méticuleusement et avec soin pour convaincre la chambre d’appel du TAS de casser en dernier recours une décision qui a porté préjudice à l’image du football africain plus que la finale en elle même. On peut avoir la nostalgie des temps de Issa Hayatou et regretter d’avoir applaudi un jour sa sortie et voir en son successeur Ahmad Ahmad «le diable en personne» mais ce qui importe le plus c’est de ne pas sortir une finale de Champions League de son cadre strictement sportif et de ne pas réparer une injustice et un dégât sportifs aussi immenses fussent-ils par d’autres dégâts plus profonds et irréparables qui touchent aux relations bilatérales entre deux pays et deux peuples frères pour la vie.
Hédi JENNY

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