Commémorant la crise du Cachemire, le Pakistan n’a jamais oublié que la Tunisie a toujours été à ses côtés. Son soutien auprès des Nations unies et de l’Organisation du congrès islamique était,
alors, sans appel.


Le 26 octobre de chaque année, l’ambassade de Pakistan à Tunis commémore la journée «Cachemire Black Day», une date révélatrice de massacres et d’injustice qu’avait, au fil du temps, vécue et subit encore cette zone de conflit Inde- Pakistan, depuis leur indépendance en 1947. 74 ans déjà, les forces armées indiennes n’ont pas fini de mettre à feu et à sang Jammu-et- Cachemire, légalement reconnus territoires pakistanais. Mais l’Inde continue, depuis, de faire fi des résolutions de l’ONU, selon lesquelles la population cachemirie à majorité musulmane a droit à disposer d’elle-même et de prendre son destin en main. En août 2019, l’Inde avait poussé le bouchon trop loin, en abrogeant les articles 370 et 35 A de sa Constitution en vigueur depuis 1954. Suite à quoi, les cachemiris n’ont plus droit à l’emploi, à l’éducation, à l’acquisition de biens immobiliers et l’installation permanente dans l’Etat. Soit une sorte de sanction prise à leur encontre pour avoir choisi de vivre au Pakistan. Drôle de cruelle violation du droit humanitaire international.

La société civile invitée au débat

Jeudi dernier, Tahir Hussain Andrabi, nouvel ambassadeur du Pakistan à Tunis, qui vient de présenter ses lettres d’accréditation au Président Kaïs Saïed, a voulu commémorer autrement cet événement. Il y a pensé sous le prisme protocolaire de la coopération internationale et le devoir de solidarité qui scelle les relations de fraternité séculaires tuniso-pakistanaises. Pour lui, il y a de quoi être fier : lutte pour la même cause de libération nationale et partage des valeurs d’entraide et de partenariat réciproque. Autour d’un cocktail typiquement pakistanais, un débat s’est, cordialement, instauré sur l’éternelle crise du Cachemire et ses impacts sur la politique étrangère du Pakistan. Y étaient invités des universitaires, des acteurs de la société civile nationale (Ltdh, Iadh..) et des représentants des médias tunisiens. L’idée est de les associer aux questions d’intérêt commun et les perspectives du développement des relations bilatérales, notamment au niveau économique et commercial. Projections à l’appui, la situation géopolitique du Pakistan dans son environnement immédiat et asiatique a été largement exposée, avec en point d’orgue ses conflits durables avec l’Inde sur Jammu-et – Cachemire. Une crise de position qui remonte à la décolonisation britannique favorisant, à l’époque, une hégémonie indienne sur cette région frontalière. «Et l’émergence de nouvelles grandes puissances voisines, la guerre froide entre les USA et l’URSS, la situation en Afghanistan et la lutte anti-terrorisme poussèrent à remettre de l’ordre dans nos affaires étrangères», rappelle l’ambassadeur. Et là, les relations avec la Tunisie ont été citées en exemple. Pakistan n’a jamais oublié que la Tunisie a toujours été à ses côtés. Son soutien auprès des Nations unies et au sein de l’Organisation du congrès islamique était, alors, sans appel. Bourguiba l’avait bien dit, en mars 1964 : «Notre position à ce sujet s’inspire des décisions prises par le Conseil de sécurité. Cela ne signifie pas que je soutienne une partie contre une autre, soit les musulmans contre les hindous ou le Pakistan contre l’Inde, mais elle émane du principe du respect de la dignité humaine et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes».

Le soutien constant de la Tunisie

Une telle position continue, jusqu’à nos jours, de susciter l’admiration et la considération du Pakistan pour la diplomatie tunisienne et son rôle dans la consolidation des relations politiques et économiques qui lient les deux pays frères. De même, l’ouverture, en 1964, de son ambassade à Tunis, avait donné à leur partenariat une nouvelle impulsion. Et la création d’une commission mixte du commerce et de l’économie n’a fait que renforcer leurs liens d’échange et de coopération. Déjà, les préparatifs pour sa tenue vont bon train. Ce serait l’occasion de repenser les besoins des deux marchés. Dattes, huile d’olive, agrumes et bien d’autres produits agricoles du côté tunisien. Textile et équipements médicaux de celui du Pakistan. Agir sur la diplomatie économique s’avère de mise. En attendant, également, la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de coopération islamique, dont la Tunisie est membre, prévue d’ici au début de 2022 à Islamabad. Débat ouvert, la parole a été donnée à la société civile tunisienne, afin de mieux comprendre l’épineux dossier du Cachemire et le traiter sous son aspect droit-de-l’hommiste. Ont été évoquées autant de questions liées à la position des organisations civiles à l’égard de la crise du Cachemire, la place de la femme dans la société pakistanaise, la défense des droits de l’Homme, les nouveaux enjeux stratégiques que le Pakistan devrait gagner, au vu des défis sécuritaires qui lui sont posés. A cette dernière question, l’ambassadeur a répondu, sans détour: «Nous sommes un pays de paix, mais cela ne veut pas dire que nous craignons la guerre…». Dans le contexte où il vit, le pays semble prêt à tous les scénarios. Du reste, l’idéal réside dans les pistes pacifiques. La légalité internationale l’emporte.

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