La région a été marginalisée durant les dernières décennies, surtout en ce qui concerne sa richesse culturelle et patrimoniale, mais également agricole et environnementale, ce qui a freiné le développement du tourisme alternatif qui n’a pas été valorisé.

Le gouvernorat de Kairouan est considéré comme l’une des régions phares du pays en matière de richesses naturelles et de vestiges archéologiques, à l’instar des ruines romaines de Oueslatia et de Aïn Jloula, des sources thermales conseillées par les médecins, des vieux souks qui portent allégrement leurs sept siècles d’existence, des anciennes et spacieuses demeures avec leurs dribas, makhzens, citernes et caves, des zaouias aménagées en musées, des prestigieuses villes de Sahra Al Mansourya et de Makhada, de l’art équestre et de la gastronomie (makroudh, keftagi, beignets, couscous à l’agneau, etc.).

Néanmoins, la région a été marginalisée durant les dernières décennies, surtout en ce qui concerne sa richesse culturelle et patrimoniale, mais également agricole et environnementale, ce qui a freiné le développement du tourisme alternatif qu’on n’a pas valorisé.

Comment donc développer, aujourd’hui, le tourisme culturel alternatif au tourisme de passage, surtout en l’absence d’incitations fiscales bien spécifiques? Comment exploiter le patrimoine matériel d’un gouvernorat à fort potentiel touristique? Comment faire la différence entre tourisme et hôtellerie? Comment faire face aux lobbies de certains qui font la pluie et le beau temps en percevant des commissions illicites pour permettre aux marchands ambulants de glibettes et d’amandes, aux taxistes et autres artisans de travailler dans leur territoire?

Autant de questions qui attendent des réponses et des suggestions pouvant valoriser l’héritage patrimonial et diversifier le produit culturel.

De nombreux projets bloqués

Rappelons dans ce contexte les nombreux projets bloqués et qui n’ont pas été concrétisés. En effet, depuis 2017, un don saoudien de 15 millions de dollars a été consacré à la sauvegarde et à la restauration des besoins des Aghlabides, de la Grande Mosquée Okba et de la Médina de Kairouan. Or, jusqu’à présent, cela tarde à se concrétiser et cet important projet qui aurait pu préserver le patrimoine et l’architecture des monuments de Kairouan, inscrits depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, traîne. Délaissée au temps des Fatimides, puis sons les Zirides, la ville de Rakkada, située à une douzaine de kilomètres du centre-ville, était encore habitée lorsqu’elle fut entièrement dévastée par les Hilaliens.

Des fouilles menées dans les années 1960 ont permis de relever l’emplacement de certains édifices, palais ou bassins de décantation et de distribution de l’eau, mais le temps leur a été fatal vu leur construction en briques.

En 1970, on y a construit une résidence présidentielle destinée au Président Bourguiba et devenue le Musée national des arts islamiques qui se trouve en lisière des ruines d’autres palais plus anciens de 1.000 ans que les Fatimides ont constrruits au IXe siècle. Aujourd’hui, les salles de ce musée agréablement aménagées rendent compte du brillant passé de Kairouan et de ses villes princières annexes.

Malheureusement, ce musée ainsi que toute la ville de Rakkada sont très peu visités par les touristes.

Notons dans ce contexte que lors de sa visite, le 20 octobre à Kairouan, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Mohamed Moez Bellhassine, a indiqué que Rakkada pourrait constituer un site touristique important en mesure d’attirer de nombreux visiteurs tout au long de l’année. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, le département du tourisme coordonnera avec toutes les parties prenantes pour assurer la valorisation et la promotion du site Rakkada et son patrimoine culturel et archéologique. S’agissant du projet du circuit touristique Oueslatia-Aïn Jloula qui tarde à se concrétiser et qui est programmé avec l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), le ministre a affirmé qu’une étude est en cours d’élaboration pour déterminer l’itinéraire de ce circuit qui sera un projet touristique intégré englobant le transport, l’hébergement, la restauration et d’autres services.

Par ailleurs, le ministre a fait état des prémices de l’amélioration des indicateurs du tourisme, notamment avec le retour très prochainement des touristes allemands, britaniques et russes et cela grâce à l’amélioration de la situation sanitaire au sein de tout le pays et  la poursuite des opérations de vaccination afin de prévenir la pandémie du coronavirus.

Les lieux de culte méritent une restauration

Les festivités organisées cette année à l’occasion de la célébration de la fête du Mouled ont été exceptionnelles, ce qui a favorisé le déplacement de plus de 700.000 visiteurs désireux de s’imprégner de l’ambiance religieuse et historique de la cité aghlabide, mais aussi de savourer l’art culinaire et d’acheter les produits de l’artisanat dont le fameux tapis kairouanais, un produit de très haute qualité, ainsi que des ustensiles en cuivre. C’est pourquoi le festival du Mouled sera à vocation internationale, à partir de l’année prochaine.

Et pour promouvoir davantage le tourisme religieux et culturel, il faudrait entreprendre des travaux de rénovation et de restauration au niveau des petites et belles mosquées qui risquent de s’écrouler à tout moment, vu leur vétusté.

Par ailleurs, il est regrettable de constater qu’on assiste à Kairouan, depuis plus de 15 ans, à la démolition d’un grand nombre de maisons traditionnelles de la part de leurs propriétaires qui les ont reconstruites dans un style moderne en ne respectant ni les matériaux traditionnels, ni les proportions, ni l’harmonie architecturale de la Médina.

Quant au Souk El Majel qui date de l’époque hafside et qui a été restauré à plusieurs reprises, il est de nouveau retombé dans l’oubli et ses 72 boutiques reliées par des voûtes sont fermées et fissurées. Et les ruelles situées à proximité de ce souk sont devenues, le soir, une zone de non-droit étant le fief nocturne des alcooliques et des délinquants.

C’est pour toutes ces raisons que les citoyens souhaiteraient une plus grande implication de l’Etat et des institutions du patrimoine à Kairouan, cette ville qui a besoin qu’on valorise son tourisme culturel, surtout au sein de la Médina qui s’est transformée en images figées et insipides.

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