Le crime est terrible, incompréhensible, inexcusable et, bien évidemment, condamnable. Ezzahra, cette petite ville paisible de la banlieue sud de la capitale a vécu lundi une journée noire.


Un adolescent, élève du lycée Ibn-Rachiq d’Ezzahra, s’est sauvagement attaqué au professeur d’histoire-géographie, Sahbi Ben Slama, muni d’un couteau et d’un couperet. La scène du crime, survenu à 16 heures, est abominable. Sur place, élèves et personnel éducatif étaient paniqués. C’est la première fois que ce lycée, qui a vu défiler des élèves depuis des décennies, est le théâtre de cette violence inouïe. Dès que les parents ont eu connaissance des faits, ils se sont précipités pour aller chercher leurs enfants. La sortie du lycée Ibn-Rachiq, et du collège limitrophe, était noire de monde. «J’ai peur pour mes enfants, comment allons-nous faire ? Comment un élève armé peut-il entrer dans un établissement éducatif», se demande une grand-mère qui a pris l’habitude depuis quelque temps d’aller chercher régulièrement sa petite-fille.

Le choc de la population locale a très vite cédé la place à un choc national. Selon les dernières informations, le pronostic vital de la victime n’est plus engagé. Mais le mal est fait, et il n’est plus possible pour ces milliers d’enseignants, souvent victimes d’agressions plus ou moins graves, de le laisser dans l’anonymat le plus total. «Il n’y a plus cette déférence qu’avaient les élèves pour leurs professeurs, nous confie un enseignant. Nous sommes livrés à nous-même».

Traduisant cette colère du personnel, la fédération générale de l’enseignement secondaire a décidé d’organiser une grève de protestation dans les différents établissements éducatifs. Une colère notamment dirigée vers le ministère de tutelle qui, selon les grévistes, devra «prendre ses responsabilités» et tout mettre en œuvre pour prévenir ce type d’agression.

Sur les réseaux sociaux, certains regrettent cette décision, estimant qu’ouvrir les lycées, organiser une session de débat avec les élèves et pourquoi pas les parents, aurait été un meilleur acte de résistance.

De son côté, une enseignante, et ancienne directrice au sein de l’Education nationale, aujourd’hui à la retraite, rappelle qu’en 2011, dans une période de chasse aux sorcières, le ministre de l’Éducation de l’époque, Taïeb Baccouche, avait décidé d’écarter près de 1.500 directeurs (retraites et congés forcés), pour les remplacer par des gens inexpérimentés, le tout sous la pression des syndicats.

Pour les internautes, toujours à l’affût d’un coupable à sacrifier sur l’autel des réseaux sociaux, tout y passe. «La négligence de la religion est la seule et unique raison de ces actes barbares», écrit l’un. «C’est la conséquence de dix ans d’islamisme », commente l’autre.

Mais encore une fois, ce sont les médias et l’art qui sont les boucs émissaires. Pour bon nombre de citoyens, ce sont les médias tunisiens qui véhiculent, à travers les feuilletons, les germes de la violence chez les jeunes. Pour d’autres, ce sont les jeux électroniques et même «tik-tok» qui en sont responsables.

Dans un espace public marqué par l’émotion, certains arrivent tout de même à prendre du recul et à considérer qu’il est aujourd’hui important de comprendre ce qu’il se passe dans nos établissements publics d’éducation, notamment à travers une lecture sociologique dépassionnée. Selon eux, la meilleure approche est de considérer que les élèves sont également des victimes d’une réalité sociologique qui les dépasse et qu’ils subissent depuis plusieurs années.

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