L’exposition «Effet de serre», qui s’installe jusqu’au 30 décembre 2021, est une belle manière d’explorer et d’installer de nouveaux rapports à l’espace d’exposition, une nouvelle manière de rencontrer le public, mais aussi une belle occasion de donner vie à cette partie du parc occultée par les visiteurs.


Farah Khelil (née en 1980) est une artiste tunisienne qui vit et travaille à Paris. Elle a étudié à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis et est titulaire d’un doctorat en arts et sciences de l’art de l’Ecole des arts de la Sorbonne. Son œuvre allie livres d’artiste, vidéos, archives et display avec l’écriture et la recherche théorique.

De ses débuts aux Beaux-Arts, elle se souvient d’avoir eu accès aux œuvres exclusivement à travers des livres d’histoire de l’art ou des catalogues. Ce rapport à l’art, via l’écriture, la reproduction photographique ou l’apport de l’environnement quotidien, a nourri sa recherche et sa pratique artistique. Elle développe, ainsi, une approche conceptuelle de valorisation esthétique des outils de médiation (légendes, reproductions, cartes postales, archives…), recomposant des textes, des images et des objets dans des agencements polyformes et polysémiques. Invoquant différentes techniques et autres matériaux, ses œuvres interrogent le rapport de l’art à l’écriture, au langage et à l’information.

Farah Khelil a pris part à de nombreuses expositions collectives à l’international, entre autres à Paris, à New York, Milan, Londres, au Sénégal et en Tunisie. Plusieurs expositions personnelles lui ont été consacrées, entre autres au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle (Normandie, 2013), à l’Appartement (Paris, 2017) et à la Selma-Feriani Gallery (Tunis, 2018). Son travail figure dans les collections du Frac Normandie.

L’artiste a investi, depuis le 30 octobre, le Jardin des plantes du Parc du Belvédère de Tunis, pour y installer son exposition «Effet de serre», commissionnée par Clelia Coussonnet.

A  l’origine de cette exposition, le rapport de l’évolution botanique à notre histoire nationale moderne, plus précisément celle des eucalyptus. Endémiques d’Australie, ils ont été importés, comme le note la commissaire de l’exposition, aux quatre coins du globe à l’époque impériale, puis coloniale. La circulation de ces plantes a profondément bouleversé la physionomie de nombreux paysages, en affectant les écosystèmes où ils étaient implantés. «C’est en 2012 que cela saute aux yeux de Farah Khelil. Dans les mois qui suivent la Révolution tunisienne, penchée activement sur l’actualité, mais à distance, elle lit notamment ‘‘Orphelins de Bourguiba et héritiers du Prophète’’ (2012) de Samy Ghorbal où l’auteur revient sur la dualité entre tradition et modernité, exprimant, dans sa conclusion, la tension entre ces deux notions à travers une analogie botanique originale. D’une part, il évoque le palmier, arbre symbolique de la tradition coranique, de l’autre, l’eucalyptus, symbole de l’empreinte des colons. La plupart des milieux naturels apparaissent en réalité dessinés par l’action humaine. Combien de strates historiques l’étude de la flore pourrait révéler?», explique encore Clelia Coussonnet.

En partant de ce constat, Farah Khelil s’est intéressée à la présence des eucalyptus en Tunisie, l’écho fait à notre histoire nationale, aux traces coloniales. Interroger la flore et le vivant pour appréhender notre patrimoine, notre mémoire collective. Ne s’arrêtant pas à cette analogie botanique/histoire moderne, elle est allée fouiller du côté du patrimoine architectural de Tunis à travers l’étude du Palmarium et de ses archives. Investissant une serre horticole dans le Parc du Belvédère, «elle propose d’examiner les mécanismes de monstration occidentaux. La superposition, l’oscillation entre visible et invisible deviennent des composantes clés du projet», note encore Coussonnet.

L’exposition, qui s’installe jusqu’au 30 décembre 2021, est une belle manière d’explorer et d’installer de nouveaux rapports à l’espace d’exposition, une nouvelle manière de rencontrer le public, mais aussi une belle occasion de donner vie à cette partie du parc occultée par les visiteurs. En effet, comme le souligne la commissaire de l’exposition, l’artiste contribue, dans une esthétique du don au financement de la restauration de la serre du Parc du Belvédère, en espérant, qu’au-delà de la présentation de ses recherches et d’une publication, elle redynamise cette zone du parc. Grâce à l’action de Farah, la serre va accueillir des ateliers pédagogiques organisés pour les jeunes autour de questions environnementales.

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