L’affaire de l’heure, bien sûr, est le drame du lycée d’Ezzahra. Du jamais vu par ici. Vrai. Avec des explications de partout et les mêmes questions posées à chaque fois : d’où résulte une telle violence ? Où mûrit une telle détestation ?

Professeurs, experts sociologues et une majorité de politiciens s’accordent à désigner « un système éducatif en régression » et un « système familial en perte d’autorité ». Le lien existe, mais pas au point de tout englober. Le cas d’un élève mineur qui prémédite et tente d’assassiner son enseignant à coups de couteau et de hache est autrement plus complexe et intègre sûrement une tout autre causalité.

La vérité est que dès après le drame, sans doute sous l’effet du choc, presque toutes les explications se seront suffi du « peu ».

Ou du plus visible, éducation et famille, ou encore de « dégradation des mœurs »et de « crise de valeurs ».

Détails à dire vrai. Effets, à bien y voir, d’une cause unique et absolue : l’absence d’Etat.

Tout ce qui se dérègle dans un pays revient d’abord à un manque d’Etat. L’Etat ne se limite ni à un pouvoir ni à une autorité. Essentiellement, fondamentalement, il est appelé à régir pour le mieux de toutes les composantes d’une société. Sa population, ses institutions, son développement, ses ambitions, ses intérêts.

 « Pour le mieux » est ce qui distingue, rehausse et accomplit l’action de l’Etat. A défaut, c’est l’Etat lui-même qui aura cessé d’exister. Exemple, hélas, de la Tunisie de ces dix dernières années dites de la révolution. Cette Tunisie-là s’est libérée d’une dictature, a engagé une démocratie, voté dix gouvernements, élu deux présidents, adopté une Constitution. Mais c’est celle-là même qui , chemin faisant, y a comme renoncé. Celle-là même qui voit ses élèves agresser des enseignants à la hache et au couteau. Cette même Tunisie où la drogue circule dans les écoles, où la violence et la détestation deviennent des modes de vie, sévissent à tous les âges, à tous les niveaux.

Cette Tunisie où les valeurs se perdent, où les institutions ne sont plus ni gérées protégées, où la politique est une foire d’empoigne, où les médias et les Arts mêmes (voir les dernières JCC) vivent de buzzs et d’affrontements, cette Tunisie ne peut plus en vouloir qu’à elle-même d’avoir laissé dépérir un Etat.

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